De leur sublime avant-gardisme, Volcano Choir assainit avec « Repave » le minimalisme craquelé de leur début.

Une poule aux œufs d’or. C’est bien ce que Justin Vernon pond à chacune de ses sorties : de l’or brut. Après sept années de déferlement actif sur la vague rock/folk progressive et expérimentale avec beaucoup de minutie et, toujours sans prétention, l’Américain enchaine les créations les plus imprévisibles. Entre le blues de The Shouting Matches, le collectif louche de Gayngs, le folk de DeYarmond Edison et la belle renommée de Bon Iver, il essaie d’assouvir sans limites son imagination hyperactive en déjouant les convenances musicales. En vain. Il revient sous Volcano Choir avec la vague scélérate « Repave », grandiose.
Plus accessible que son prédécesseur « Unmap », le second LP du sextet, qui rejoint Justin et le post-rock de Collections of Colonies of Bees, déploie huit chansons matures, le produit de la conviction et de la confiance croissante d’un groupe entièrement opérationnel. Bien que « Unmap » soit une inhalation expérimentale casse-gueule, « Repave » abandonne toute impureté après quatre années de maturation. Là où le processus inédit de leur début était mesuré, mais stagnant, les musiciens de Volcano Choir se dirigent maintenant vers une structuration transparente des instruments électroniques et acoustiques, une apothéose sonore amplifiée par le timbre et la technologie de la voix humaine qui rentre et sort de l’équation.
La gracieuse tristesse de « Repave » est légitime, car l’album met l’accent sur l’amour et la liaison entre les membres de ce chœur volcanique, de comment leurs amitiés se sont solidifiées au fil de l’écriture et de l’enregistrement des titres. Toutes les chansons en sont l’étendard. À chaque verset, une guerre des sentiments survient, les envies divergent et la solitude se confond à l’association des chairs et des sons. « Tiderays » et « Alankans » rappellent la formule post-folk de « Michicant » ou « Holocene » de Bon Iver, tandis que « Comrade » libère un ensemble de voix castrées éblouissantes et un auto-tune final déconcertant. Le crescendo « Byegone » reste le tuteur de toute cette éblouissante folie. Dans un ensemble plus conventionnel, les notes survoltées de guitares se fondent crescendo au chant fortifié d’un Justin en état de transe.
D’emblée, « Repave » est rassurant, car il se rapprocherait de l’écoute d’un troisième album de Bon Iver. Néanmoins, l’éloignement (pour le moins infime) du minimalisme d’« Unmap » est-il le résultat d’une perte d’identité ou d’une évolution assurée ? Au diable ! « Repave » cimente l’obsessionnelle poésie en haillons de six généreux amis. Un soupçon d’âme et de cœur. Pour chacun d’entre nous.

« Repave » de Volcano Choir est disponible depuis le 3 septembre 2013 chez Jagjaguwar.