Rencontre avec Le Vasco

Ils sont cinq et à l’occasion de l’Aoutside, indiemusic les a rencontrés. Le Vasco est sur son fief et content d’y être. C’est sur des canapés improvisés, autour d’un dictaphone qui tourne et qui tente désespérément de faire abstraction des concerts qui se jouent, qu’ils répondent aux questions. Vingt minutes pour comprendre que le groupe dépasse, bien au-delà, les cadres et les codes de la musique.

Le Vasco

  • On vous a découverts au Fnac Live, parce qu’on a interviewé les Concrete Knives, qui dans les groupes à découvrir vous ont cité. Ils vous ont décrit comme un groupe «  qui fait du… ça n’a pas de nom ». Ce côté indéfinissable, c’est vous ?

Louise : C’est vrai que nous-mêmes, déjà, on n’arrive pas à définir ce que l’on fait, parce qu’on s’interdit tellement rien dans notre musique, qu’on peut aller du hip-hop au ragga, à la musique bulgare…

Nils : Même, je crois, que plus précisément, on ne s’intéresse pas aux langages musicaux, enfin si, on s’y intéresse, mais plus dans un sens où on joue avec. Ce qui fait qu’on ne cherche pas à faire un style de musique, à s’inscrire dans une mouvance ; on travaille la musique comme une matière. On va prendre telle ou telle matière et on va essayer de la modéliser. Quand on compose par exemple, on va partir juste d’un son, d’un petit gimmick et à partir de là tout le monde va créer quelque chose autour, va créer une ambiance. Et au moment où on a l’ambiance, Louise s’en imprègne et va chercher à écrire des paroles et après on va faire une forme. Ça veut dire que du début à la fin, il n’y a aucune réflexion sur quel style de musique on fait. C’est chacun qui apporte sa pierre à l’édifice. À partir de là chacun vient avec son vocabulaire. Et à la fin, c’est pas possible de décrire précisément ce qu’on fait.

Le Vasco

  • Vous venez tous du conservatoire, du coup j’imagine que vous avez de solides bases. Ce sont ces bases-là qui vous permettent de vous affranchir de toutes contraintes ?

Nils : Je pense que c’est vrai, oui. On a eu un cours, nous les quatre garçons (Louise n’a pas fait le même conservatoire) c’était un cours de Marc Barron, qui est un musicien d’improvisation libre, qui nous a amenés à réfléchir sur le langage, sur la tension dans la musique et qui nous a ouvert les yeux sur plein de manières de faire de la musique et de ne pas la faire aussi.
Louise, en même temps, avait des cours de théâtre assez avancés, qui l’ont amenée aussi à réfléchir sur le langage de l’art, sur le fait d’utiliser des matières pour former autre chose.
Au fur et à mesure des discussions qu’on a eues, ce sont ces réflexions qui ont formé la base du groupe. On est vraiment parti d’un fond commun, de ne pas partir d’un style, de travailler sur des matières…

Louise : Ce n’est pas seulement une histoire de matières, car au fond on va faire une musique qui nous plait et donc on utilise tout ce qu’on a envie. Voilà.

  • Et Le Vasco dans tout ça, ça existe depuis combien de temps ?

Baptiste : Ça fait cinq ans, globalement, qu’on joue ensemble. Mais avant, c’était un autre groupe, on faisait pas du tout ce genre de musique, avec un batteur aussi. Et puis justement, c’est après avoir viré ce batteur qu’on a créé Le Vasco.

Nils : On avait plein de compos, mais on a décidé de tout recommencer au début. De ne plus jouer les compos qu’on avait, sauf quelques-unes, une ou deux.

  • Et depuis le début, vous savez où vous voulez musicalement aller ?

Louise : On ne sait pas où on veut aller. Justement, c’est pour ça qu’on se laisse aller à tout ce qu’on a envie. Mais ce qu’on s’est dit en créant Le Vasco, il y a un an et demi en fait, c’est qu’on voulait en faire notre métier. Et ça, ça impose une autre exigence.

  • Du coup passer du côté des « professionnels », justement ça donne des concessions à faire ?  D’oublier certaines libertés ?

Nils : Moi, je dirais que ce n’est pas tellement le fait d’être professionnel qui s’est imposé, mais plutôt le fait de vraiment faire quelque chose qu’on aimait profondément et de n’avoir aucune concession à faire sur la musique, de vraiment faire un truc qui nous plaisait. Et là, on s’est rendu compte qu’on avait trouvé un truc qui nous plaisait vraiment très fort, tous les cinq et qu’on avait envie de le défendre jusqu’au bout. D’où l’envie d’en faire quelque chose de professionnel. À partir de là, l’exigence et le travail sont venus assez naturellement. On ne se force jamais à travailler quand on n’en a pas envie, sauf qu’on travaille tout le temps parce que ça nous plait !

Le Vasco

  • Vous me parliez d’une réflexion sur l’art, vous avez un site qui est carrément beau, c’est quelque chose qui, au-delà de la musique, vous plait d’explorer, de travailler ?

Nils : C’est pareil, on fait ce qu’on aime. On aime faire des vidéos, des photos. On ne se prive pas de faire d’autres choses, même si à la base on n’est pas particulièrement plasticiens. On essaye de faire avec ce qu’on a, on fait tout nous-mêmes. Par exemple, c’est Raph et Nico qui ont codé le site pour que la vidéo apparaisse. On a tous réfléchi à la mise en page de la pochette. Je crois que ça nous plait vraiment de pouvoir maîtriser toutes les données, du début à la fin de ce qu’on fait.

Baptiste : Jusqu’au moment où on trouvera les personnes qui nous conviennent et avec qui on a vraiment envie de travailler. Et de les intégrer, comme s’ils faisaient partie du groupe. Des personnes en qui on peut avoir confiance. On ne s’est jamais privé, mais c’est vrai qu’on aime bien faire les choses nous-mêmes, c’est un fait. Mais je crois qu’on agit de la sorte, parce qu’on n’a pas encore trouvé les bonnes personnes dans les autres domaines.

Louise : Mais on ne fait pas tout nous même, il y a des photos ce n’est pas nous… On a rencontré déjà certaines personnes.

  • Pour rester dans le côté dimensionnel, visuel de la chose, travailler l’image, notamment la projection de vidéo pendant les concerts, ou tout simplement le travail des lumières c’est quelque chose qui vous intéresse ?

Louise : On essaye de temps en temps la projection vidéo, mais pour l’instant on fait un peu ça à l’arrache, mais ça mérite d’être creusé.

Nils : On a fait une tournée dans les Balkans, un peu en mode ghetto, des dates dans des squats, dans des bars, avec des conditions un peu difficiles, mais c’était vraiment l’occasion de tester plein de trucs, et notamment on a pu tester pas mal de trucs avec de la rétroprojection.
Il y a des moments, où c’est assez cool et des moments où c’est vraiment naze. En fait, ça nous fait un peu peur, car par exemple, la rétroprojection c’est vraiment un truc quitte ou double. Soit c’est super et ça donne quelque chose, soit c’est complètement raté. Mais parfois, on se dit qu’on ferait mieux de commencer par faire un travail de lumières, avec de vraies lumières, avant de se prendre la tête plus loin.

  • Ce week-end vous jouez en festival, à l’Aoutside, c’est des concerts qu’on appréhende différemment ?

Louise : C’est quelque chose de très agréable. Et puis j’aime bien le côté plein de groupes qui fait un mélange et du coup il y a une bonne ambiance.

  • Vous jouez à la maison, vous connaissez bien Opération Maxi Puissance, quel est votre regard sur l’Aoutside ?

Nils : On respecte beaucoup ce que fait Matthieu [organisateur d’Aoutside]. Moi je participe beaucoup au festival, j’ai essayé d’y mettre le maximum d’investissements dedans avec vraiment tout le monde. Après, ce qu’on voit, nous, ici, c’est surtout localement à Palaiseau, une envie de beaucoup de jeunes de faire un truc et donc il y a un festival super qui se fait, avec beaucoup d’envie, mais je ne sais pas si c’est vraiment parce que c’est les jeunes. Je pense qu’il ne faut pas tomber dans le truc : « parce que c’est les jeunes, c’est super et parce qu’il y a des vieux qui font des concerts, c’est  moins bien ». Tu vois, là c’est super, Matthieu est super motivé, ses potes sont super motivés, ils font un super festival, il y a une super ambiance, mais à côté il y a des jeunes qui font des trucs et c’est de la merde. Il y a des vieux qui font des super festivals aussi.

Louise : On n’est pas trop dans le côté engagement et local. Matthieu a vraiment des idées sur la politique du territoire, moi ce sont des choses qui me parlent peut-être un peu moins.

  • Sur l’Aoutside, vendredi c’est DJ set Le Vasco et samedi soir, c’est Le Vasco en concert. Pourquoi ces deux concepts ?

Baptiste : Les DJ set Le Vasco c’est un peu comment on le voit, comment on le sent, en fonction de l’endroit. Nicolas, il fait des choses plus bass music, avec des trucs un peu plus hip-hop. C’est un peu la musique qu’on écoute. Des fois, c’est Nicolas, des fois c’est moi. Et puis, c’est vrai, je me suis posé la question de pourquoi rattacher le nom Le Vasco au DJ, je sais pas trop…

Nils : Pour être très honnête, c’est pour participer à des événements…

Baptiste : Ouais je l’ai pas dit, je n’osais pas, mais c’est parce qu’on aime beaucoup la fête, qu’on aime passer de la musique et faire écouter autre chose plus électronique et puis voilà. Et comme on nous propose d’en faire, on est ravi !

  • Vous avez déjà un EP à votre actif, côté studio il y a de nouvelles choses à prévoir ?

Nils : Là on commence tout juste à enregistrer des nouvelles chansons. Mais on ne sait pas encore totalement ce que ça va donner. On est peut-être parti sur un album, mais c’est encore flou.

  • Et dans cette phase d’enregistrement, vous pensez déjà au live ?

Louise : Oui, des fois, il y a des petits détails. On se dit « c’est cool, ça va nous permettre de faire ça sur scène ».

Nils : Et puis même, on compose pour que ça soit joué en live.

Le Vasco

  • Et pour les autres, à côté de Le Vasco, il y a des projets ?

Nils : Oui ! Louise fait du théâtre et elle est sur le projet d’une pièce, où elle est à la fois comédienne et à la musique. Une adaptation de La maladie de la mort…

Louise : de Marguerite Duras. Et en ce moment on cherche des résidences.

Nils : Et puis sinon, Raphaël il fait des prods pour des rappeurs.

  • Et ma question cheap, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

Nils : De faire des concerts et de devenir intermittents !

Baptiste : Oh non, arrête !

  • Et pour finir, chez indiemusic ce qu’on aime vraiment c’est faire des découvertes, alors qu’avez-vous à nous proposer ?

Louise : Je pense que vous connaissez, c’est J.C.Satàn.

Nils : C’est un truc vraiment ouf. Sinon, il y a un groupe qui a sorti une chanson il y a pas longtemps, en vidéo, que j’aime beaucoup. Ça s’appelle Moodoïd, et la chanson c’est « Je suis la montagne ».

Louise : J.C.Satàn !

Baptiste : J.C.Satàn !

Nils : J.C.Satàn ! Sinon Petit Fantôme, mais c’est déjà connu.

Louise : J.C.Satàn et Petit Fantôme !

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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes