Gasandji – Gasandji

Parlons bien, parlons météo. Même si les chaleurs estivales ne sont pas encore vraiment là. Même si  on se demande si elles viendront cette année. Il y a des musiques qui nous rappellent les saisons. Il y a des musiques qui font échos à des températures. Une mélodie, un chœur ronronnant, comme un souffle moite sous le cagnard. Esprit manichéen. Autant l’hiver, je veux bien pleurer. Autant cet été, je veux fredonner. Autant sous un ciel gris, les riffs convulsifs me comblent. Autant aujourd’hui, je veux le chant chaud de Gasandji.

Gasandji - Gasandji

Son nom signifie « celle qui éveille les consciences », alors un album éponyme suffit pour être fasciné.
Sorti le 25 avril dernier. Deux mois passés déjà. Onze titres qui se dégustent sans urgence. Un son qui prend son temps. Ne parlons pas de tubes estivaux névrosés, mais de mélodies tendrement berçantes. Africa. Un vrai son de douce oisiveté.

L’album commence comme un murmure susurré au réveil. « Libela ». La voix de Gasandji qui marche avec attention sur de légères percussions et une guitare ensorcelante. Ne pas brusquer l’éveil après une longue nuit. Notre corps découvre les pulsations enivrantes et clémentes, comme il aurait redécouvert les sens, au petit matin. Des voix et des enfants viennent vivifier le son, en milieu de  morceau. Délicate ivresse et bruits de vaisselles. Se faire tirer du sommeil par le vivant. S’ensuivent des chœurs veloutés sur une cadence des plus rapides. Fougueux rires convulsifs.

La suivre ou pas ? La question ne se pose plus. Gasandji nous amène dans son voyage. En terres africaines et bien plus loin. Là, où la musique se sublime de tout son naturel. Groove et paix. « Na Lingui Yo ». La jeune femme s’enveloppe de voix. Ce tissage est chaleureux et heureux. Mille sonorités enrichissent les mélodies. Les textures se font belles sur chaque piste. Navigant entre deux eaux. Navigant entre racines et envolées contemporaines. Puis les rivières se rejoignent. Gasandji étonne et ne marche dans les sillons de personne. Pose sa voix sur une flûte. Ose la rencontre avec la guitare d’Hervé Samb. Spontanée.

« Help me » et la jeune femme quitte le lingala pour l’anglais. Tube enivrant. Hymne à la fraternité. Pulsions universelles. Sa musique est baignée de tendresse et d’amour. Gasandji se fait magnétisante par son pouvoir de ramener le son de sa voix à l’humain. C’est beau. Très beau.

Voguant sur des parfums aux teintes métissées de cultures et de références, « Le temps » se chante en français. Une guitare plus nerveuse, une voix plus percutante, mais toujours ces chœurs et ces anaphores. Chanson harmonieuse toujours, mais conquérante à souhait. « Tout court » et le temps est là. L’existence racontée par l’amour et l’absence. Par les mots de Gasandji. Purs.

« Lobiko » telle une berceuse des plus charmeuses. « Lobiko » annonce trois morceaux des plus doux. Une fin d’album plus apaisée, où peut-être Gasandji se fait moins joueuse, mais terriblement généreuse. La jeune femme transcende la mort pour offrir la vie sur « Maman ne m’a pas dit ».

Morceau final « Hypno Transe Susu », les voix font corps avec la musique. La boucle est faite et tout est dit dans le titre. C’est la transe qui nous aspire. Cadeau organique ou orgasmique. Tenter un lâcher-prise et entrer dans l’exaltation.

Gasandji

Avec cet album, Gasandji nous offre un rêve exquis, une ballade dépaysante, loin de tous fracas. Apaisant, mais pas anesthésiant. Toujours un œil ouvert. Un œil conscient ouvert sur le monde.

Le premier album éponyme de Gasandji est disponible chez Plus Loin Music depuis le 25 avril 2013.

gasandji.com
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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes