Dimanche 15 mars à Nantes, Monkey3 et Mars Red Sky ont fait étape au Ferrailleur pour jouer leur projet commun Monkeys On Mars. Deux formations ne faisant qu’une le temps d’un EP, puis d’une tournée européenne, propulsant le stoner et le rock psychédélique dans une autre dimension.

La file d’attente déborde jusqu’à la terrasse du Ferrailleur ce dimanche soir. Alors que le soleil se couche sur les quais des Antilles, il y a déjà du monde. Les beaux jours sont de retour. Devant le stand de merch installé dehors, on lorgne les pochettes psychédéliques des vinyles des deux groupes. D’autres trinquent après avoir fait leur devoir de citoyen. Car après avoir voté, en ce dimanche de premier tour des élections municipales, quoi de mieux que de quitter notre belle planète bleue en direction du cosmos le temps d’un concert ? Et qui de mieux que Monkey3 et Mars Red Sky pour nous propulser hors de la stratosphère et nous faire oublier, l’espace d’une soirée, nos problèmes de terriens ?
Le concert affiche complet depuis des semaines, preuve de l’attente suscitée par la venue de Monkeys On Mars. Ce projet, c’est la fusion de deux groupes francophones : les Suisses de Monkey3 et les Bordelais de Mars Red Sky. À l’automne 2025, la rencontre entre ces deux poids lourds de la scène stoner a donné naissance à un EP exceptionnel. S’en est alors suivi une tournée au concept simple : sur scène, les deux groupes se succèdent, avant de fusionner pour un set final en commun.
Monkey3, décollage imminent
19h30 pétantes. Les lumières tombent d’un coup et la salle bascule dans le noir. Difficile de se frayer un chemin, c’est plein à craquer. Il faut dire que la venue de Monkey3 était particulièrement attendue. Le souvenir de leur passage au Hellfest l’été dernier est encore frais : avec leur stoner psychédélique, les Suisses avaient propulsé tout le public de la Valley dans l’espace. En arrivant tels des héros sur scène, ils ouvrent leur show de la même manière ce soir.
Difficile de garder les pieds sur terre lorsque les premières notes de « Collapse », immense fresque de 12 minutes extraite de leur dernier album Welcome to the Machine, viennent secouer la salle. Le quatuor de Lausanne investit la scène derrière des écrans de fumée. L’ambiance est épique. Le public est saisi et monte volontiers à bord du vaisseau. Ici, pas de chant. Seuls les instruments parlent. La basse et la batterie sont réglées comme des horloges suisses. Caché derrière les verres teintés orange de ses lunettes, Boris, à la guitare, déploie son jeu d’une précision rare : aérien, planant, épique, hypnotique, spatial… Les superlatifs ne manquent pas. Puis derrière, les claviers enveloppent et densifient le son très « Pink Floydesque » du groupe.
En un peu moins d’une heure, Monkey3 nous livre un set parfait. C’est comme si la bande de David Gilmour s’était mise au stoner le temps d’une soirée, histoire nous offrir un moment hors du temps. La Terre est déjà loin derrière nous, et on n’a pas envie d’y retourner.
Mars Red Sky, dans les tréfonds de l’espace
Comme une épreuve de relais aux Jeux Olympiques, la transition se fait sans interruption. Ce soir, sur la scène du Ferrailleur, la mécanique est la même. Alors que Monkey3 achève son voyage instrumental, les Bordelais de Mars Red Sky montent progressivement sur scène. Ils sont désormais sept sur le plateau : deux batteries, deux guitares, deux basses et un clavier. Le temps d’un jam, la fusion prend forme et offre au public un premier aperçu de ce qui l’attend en fin de soirée. Puis, dans une lente dérive orbitale, Monkey3 s’efface progressivement, laissant la scène encore brûlante à Mars Red Sky.
Après l’euphorie collective, le trio calme le jeu et impose une nouvelle trajectoire : décollage immédiat vers une autre planète. Centrée sur le riff, la musique de Mars Red Sky accroche dès les premières secondes et ne lâche plus. Plus progressive, plus sombre et plus insidieuse, elle alterne entre envolées planantes et décharges doom massives, nous scotchant par moments au sol. Le contraste est permanent, parfaitement maîtrisé. Dans une atmosphère quasi introspective, le groupe déroule son set face à un public totalement acquis, où la guitare fuzzée règne en maîtresse absolue. Massive et vibrante, la basse fait littéralement trembler l’air, tandis que la batterie agit comme une tour de contrôle précise et hypnotisante.
Joué en osmose totale, le set de Mars Red Sky atteint des sommets lorsque la voix de Julien Pras, à la guitare, achève de nous transporter, notamment sur le titre « The Light Beyond ». Mélodique et doux, on croirait entendre une incantation venue d’ailleurs. Par moments, il est rejoint au micro par Jimmy Kinast, à la basse. Ensemble, les Bordelais, qui fêteront leurs 20 ans de carrière l’année prochaine, déploient un son tentaculaire, dense, et profondément immersif. Le set est maîtrisé de bout en bout pour notre plus grand plaisir.
Monkeys On Mars, fusion cosmique
Les Terriens dans la salle en redemandent. L’atmosphère est électrique lorsque Monkey3 regagne la scène. C’est l’heure du bouquet final, et la complicité entre les deux formations, qui se connaissent depuis longtemps, saute aux yeux. Sous ses allures d’immense jam, le concert prend alors une autre dimension : celle d’une rencontre entre deux entités qui ne font qu’une. Cette fusion devient inévitable, presque naturelle, comme si elle avait toujours été programmée quelque part dans la trajectoire des deux groupes.
Le sublime EP signé par Monkeys On Mars, sorti l’automne dernier, avait déjà posé les fondations de cette rencontre évidente. Sur scène, la promesse prend vie. Elle explose de manière bien plus massive que sur le disque. Les sept musiciens imposent d’emblée un véritable mur de son. On se prend de plein fouet le morceau « Seasonal Pyres », où le chant quasi liturgique de Mars Red Sky embrasse la puissance cosmique de Monkey3. Entre transe psychédélique et lourdeur du stoner. Les deux batteries et les deux basses cohabitent avec une évidence déconcertante. Le son est hypnotique, massif, organique, et le public est happé par cette fusion.
Le moment semble suspendu dans le temps. Le voyage prend fin après près de 2h15 de musique ininterrompue. Lorsque les lumières reviennent, personne ne semble totalement revenu avec elles. La Terre, elle, attendra encore un peu.



















