Ce soir direction le Théâtre National de Bruxelles pour applaudir Odezenne, trio bordelais indépendant, dont les compositions ponctuent notre vie depuis près de dix ans. À notre arrivée, le lieu semble comble. Il y règne l’ambiance joyeuse d’un samedi soir qui s’annonce fiévreux, et peut-être plus surprenant que nous n’osions le penser…

À peine les lumières se tamisent que déjà le public se masse, répondant à l’appel d’Alix. Les synthétiseurs et la batterie s’élèvent, comme s’ils étaient le prélude d’« Au Baccara ». Puis les premières notes du titre résonnent. Ses paroles et le rythme créé par la répétition successive des premières syllabes de chaque mot donnent au concert des airs de rassemblement mystique, de grande messe habitée par un esprit nerveux. Le public scande les textes, religieusement, commence à se mouvoir et applaudit avec force et cris. Ce n’est que le début, pourtant Bruxelles semble être avoir été pris par une passion fébrile. Odezenne ne s’est pas encore remis du concert de la veille, donné en région parisienne, mais l’énergie dégagée d’emblée par la foule a un effet enchanteur. « Caprice », « Géranium », « Hardcore » réjouissent l’audience qui semble bouillir de plus en plus jusqu’à « Bitch » qui marque l’explosion du pogo.
Nous ne saurions nous détacher du champ lexical de la religion et du mysticisme tant la ferveur qui règne dans la salle est semblable à celle d’un prêche survolté. On y retrouve l’amour, la bienveillance, l’écoute, la beauté, la colère. Mais ici aucun Dieu n’est invoqué, au plus le destin est interpelé et jamais pour être salué ni imploré. La fièvre est latente.
Quand les mélodies se font plus feutrées : ce sont les mots qui sortent les dents, comme de petits poignards. Les punchlines résonnent jusque dans les silences qui les suivent. L’alchimie entre Jaco et Alix est tacite et douce, chacun écoute l’autre et ses émotions. Les corps se délassent, tanguent sensuellement sur « San Pellegrino », s’entrechoquent sur « Bouche à lèvres », bondissent sur « Souffle le vent ».
Le public s’époumone dès les premières mesures, chantant même la mélodie. Le sermon atteint son zénith à « Je veux te baiser ». Jaco hèle les fidèles : « C’est de l’amour mes frères. C’est de l’amour mes sœurs ». L’assemblée jubile, des plus jeunes auditeurs à ceux de longue date. « Bleu Fuschia » sonne la fin du premier round, le rappel ne se faisant pas attendre. Mais « Matin », l’un des titres emblématiques de la formation, ne rassasie pas la foule qui en demande encore. La régie aussi insiste pour un deuxième retour du groupe, faisant de véritables appels de phares. Alors Odezenne remonte sur scène pour tenter une ultime composition tirée de « 1200 mètres en tout », dernier opus du groupe, rarement joué sur scène. Il s’agit de « Vu d’ici » dédié à Marie-Priska, sœur d’Alix partie un an plus tôt. Jaco se met délicatement en retrait. Plein d’émotions se mêlent sur scène. Les briquets et portables se dressent, comme le témoignage humble de son écoute, de son soutien, de sa présence.
Plus que jamais Odezenne démontre que l’indépendance dans l’industrie musicale (le groupe s’autoproduit et dirige sa maison de disque Universeul) peut être un choix solide, durable, faisant part à la créativité et l’hybridation des sonorités, des inspirations et des écritures. Pour les dernières dates de sa folle tournée, le groupe se produira le 28 octobre aux Nuits Courtes de Fontenay-Le-Comte et le 29 octobre aux Bulles Sonores de Limoux.
Retrouvez Odezenne sur :
Site officiel – Facebook – Twitter – Instagram – Bandcamp


















