On ouvre cet album comme on pousserait les portes vermoulues d’un vieux saloon. Un saloon bien crade. Mais joli dans son authenticité et sa simplicité…

The « Healthy Boy » est sûrement quelqu’un de pas si healthy que ça en fait. L’album s’ouvre sur une magnifique ballade intitulée « Our story’s grave ». Dans un style très épuré, un vieux briscard nous raconte une belle histoire. Sur un ton mélancolique, et il est vrai, un peu fataliste. « La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté » disait Romain Rolland. Je ne pense pas que cela soit une vérité incontestable. Mais cet homme, avec une voix suave à faire pâlir le plus pédant des playboy, n’est pas rongé par la fatalité. Peut-être a-t-il d’autres douleurs. Mais ce n’est pas ce qui importe lorsqu’on écoute Carne Farce Camisole.
« Our story’s grave » est une ode à la mélancolie, une chanson déclamée avec panache. C’est peut être pour cela qu’elle est très poignante, et un peu déconcertante. Surtout sur la fin…comment analyser un concerto de batraciens (mêlé à une pluie fine pour unique fond sonore) me direz-vous ? Et bien je ne sais guère. Mais j’apprécie le mystère planant sur ce titre et je vais le dire franchement : j’aime beaucoup cette chanson. Le choix de la mettre en premier sur l’album me semble d’autant plus judicieux.
Voilà comment commence Carne Farce Camisole. La deuxième chanson est marquée par un rythme plus enjoué. « Boneman », c’est une panthère insipide. La rage est réelle, et traduite par une ligne de basse sombre et un rythme sauvage. L’artiste chante le destin d’un homme fabriqué d’ossements, un peu macabre comme thème…
« I’m not gonna loose you » s’apparente à un cri du cœur. La détresse y est palpable. Néanmoins, l’on sent dans le chant une certaine assurance. Ou du moins une certaine distance. Cette posture, sans doute volontaire, donne un charme à ce titre. En outre, les phrasés de guitare accompagnent à merveille la voix du healthy boy !
La quatrième chanson est intitulée « Triumphs and victories ». Très sobre et ayant, pour moi, moins d’intérêt que les autres titres. Disons plutôt qu’elle se démarque moins ; le chanteur laissant toutefois apprécier son timbre suave et sculpté par des années de whisky et de tabac brun (si vous voulez mon avis). Malgré tout, le charme agit toujours et la beauté de cette voix laisse oublier mon naturel tatillon.
« I’ll never take you along in my fall » : un aveu magnifique et touchant. Il nous raconte l’histoire d’un vieux briscard qui regrette un amour inconnu. Une chanson dédiée à toutes les femmes que nous n’auront jamais, mais qui pourtant, sont là. Toutes proches. Cruelle décision que celle de prendre une décision… À la manière d’un Hemingway des grands jours, Healthy Boy et ses badass motherfuckers nous ramènent à la raison. Peut-on aimer une seule femme ? Peut-on obliger une femme (ou un homme bien entendu) à se priver d’autrui ? L’amour est unilatéral. La chanson parle du dur choix qu’est la vie. Aimer c’est aussi entraîner quelqu’un dans sa chute. Le prix à payer, tout le monde le connaît mais personne ne l’accepte. Et c’est normal.

« Portrait » est plus légère. Plus instrumentale, très belle également.
« Grapes » ! Alors là, on sent la patte des badass motherfuckers. Une chanson qui part dans le burlesque. Les musiciens nous offrent un tableau groovy et très sombre. Génial. Un petit riff à la Ten Years After qui se détache, très appréciable. Cette chanson est une fusion mécanique où s’entrechoquent le vent, la terre et le feu. Un paysage de landes brûlées et de rochers qui s’effritent pour mieux exploser. Le titre se termine par une pluie naturelle et froide, annonçant la fin de l’album.
« Hey man ! Hey gal… » et c’est déjà fini. Pas une apothéose en soi, ce titre.
L’album en lui-même est excellent par contre. The Healthy Boy and the Badass Motherfuckers ont réalisé un coup de maître. Ils ont réussi à combiner le songwriting folk et l’énergie du blues rock. Le souffle salvateur des guitares et le rouge d’un soleil couchant, sans fioritures. Un groupe à suivre, c’est certain. La voix rocailleuse du chanteur oscille entre un Johnny Cash désabusé et un White Buffalo. Un chercheur d’or damné car condamné à vivre…

En bref, le groupe a joliment réussi à insuffler une rage maîtrisée dans les veines de la scène musicale nantaise.
« Carne Farce Camisole » de The Healthy Boy & The Badass Motherfuckers sera disponible le 20 février prochain chez Kythibong et La Baleine (sortie digitale et vinyle).