Une alternance profonde et marquante entre la puissance des riffs et harmonies et un sens de la mélodie terriblement poignant ; « Offshore » est une œuvre sur le fil, tendue dans ses intentions mais splendide dans son interprétation. Un canevas inédit, créant rien de moins que le reflet d’âmes en peine et en quête de rédemption.

On peut se souvenir de secondes existentielles durant lesquelles notre esprit oscille entre la colère et le calme ; cette tangence fragile et chargée d’un suspense terriblement angoissant mais, plus que tout, vital pour se sentir exister. « Offshore » prend les choses à bras-le-corps, sans jamais essayer de modérer des ardeurs qui se doivent d’exister et d’être exprimées. Le disque, en lui-même, est une histoire à part entière, sans pour autant être conceptuel. Il est une thérapie passant autant par la confrontation que par l’écoute, tout en n’hésitant à aucun moment à s’écarter des sentiers usés du rock pour apporter une touche émouvante de sensibilité apprivoisée. La quête personnelle de The Blind Suns s’exprime dans toute son intime splendeur, nous parle, nous pousse en avant. Pour mieux survivre et se métamorphoser.
Doser les six cordes, les batteries, les voix et les chœurs pour retranscrire tous ces paysages et individus qui parsèment le chemin de l’opus : dès l’explosion sonore de « Alligators », l’installation d’un paysage où les orages et les accalmies se disputent leur droit de passage est d’une sincérité à toute épreuve. Plus loin, « Brand New Start » offre à une piste pourtant dynamique et dense un refrain observant la pop et ses éléments les plus utiles. Savant sans être cérébral, « Offshore » démontre un sens de la précision dans le travail de composition et d’arrangement qui va en laisser beaucoup sur le carreau : « Ride » irrite les épidermes pour mieux s’insinuer dans nos neurones ; tandis que, plus loin, « Hush » progresse sans qu’aucune seconde ne ressemble à une autre, les claviers se muant en un fil solaire au milieu des nuages. Le vent synthétique de « Crystallized », froideur paralysante de l’amour et de la passion, pèse sur nos cœurs et nos âmes, complainte de l’absence et de la désillusion. Ne se jetant jamais à corps perdu dans le shoegaze, The Blind Suns pèse chaque dialogue entre les instruments et les chants, traçant au fer rouge une ultime quête exutoire grâce au titre éponyme (sans oublier la superbe version acoustique de « Astral Flight », prouvant que les éclats amplifiés peuvent aisément être modérés et émotionnellement prenants).
Le mouvement, la lutte, le combat pour une libération des pressions humaines et sociales ; « Offshore » fait du hors-piste, surfe au milieu de vagues immenses et parvient toujours à garder un équilibre exceptionnel dans les symboles qu’il sculpte. Un disque d’une force évocatrice et imagée dont on se remet difficilement, tellement sa parole s’adapte à nos craintes et à nos envies d’imploser. Et de devenir ce que nous sommes.

« Offshore » de The Blind Suns est disponible depuis le 20 avril 2018 chez Deaf Rock Records.
Retrouvez The Blind Suns sur :
Facebook – Twitter – Bandcamp