La Suède devient avec Wooden Songs le territoire d’une meute de loups affamés, un lieu où le folk torturé, noir encre et à la tension constante a installé son campement.

Derrière une voix grisonnante et démente, Old Kerry McKee donne au folk une consistance bien moins douce et apaisée que celle qui a fait sa renommée. Comme si la death music avait croisé le folk et l’avait dévorée dans son antre pour mieux le posséder. C’est en tout cas ce qui ressort des premiers titres de Wooden Songs dont le terrifiant « Earthlings », au son saturé et aux chœurs ténébreux et hantés, et « Death, Oh Death », plainte folk torturée. Ensuite, « Broken Leaf » reviendra à un folk toujours autant à fleur de peau, mais moins sombre, où l’émotion nous subjugue totalement et où l’on se délecte de l’accompagnement à l’harmonica et aux cordes des guitares grattées avec ardeur.
Idem pour le touchant « Hell Within My Chest », aux textes noirs, mais à l’émotion intacte. Qu’on n’oublie pas enfin d’écouter « The Rocking Chair » et son ambiance americana dure et fascinante avec ses débordements intensifs d’émotions brutes. On découvre ou redécouvre chez Old Kerry McKee un songwritter à la plume noircie sorte de The Tallest Man on Earth du côté sombre. Conclusion et confirmation de ce ressenti global sur la dernière piste « Untitled » ou la captation sonore d’un abattoir. Vision d’horreur, bonsoir.

Il ressort de ces neuf titres une apprêtée possessive dont le grain en fond sonore n’a jamais aussi bien servi l’ambiance. Wooden Songs est un recueil d’histoires noires où l’odeur de la mort peut se faire sentir même si l’imprégnation n’est pas totale, pour un enregistrement aussi timbré que son principal auteur.
Wooden Songs, premier album d’Old Kerry McKee est disponible auprès du label suédois The Greatest Records fervent défenseur du DIY.