[Interview] Maakeda

Lors de la sortie de « The Shades », les Nordistes de Maakeda ont immédiatement donné l’impression d’avoir relu et corrigé leurs inspirations premières, déjà à l’œuvre sur le magnifique « Aksum Chronicle ». En effet, l’électro tribale et dansante du duo semblait avoir plongé vers les ténèbres, le temps d’un disque malin, profond et introspectif. Un art que le public du Crossroads Festival va bientôt pouvoir découvrir, et dont nous parle les musiciens avant leur proche passage.

  • Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous vous présenter, ainsi que Maakeda : ses origines, son évolution, ses ambitions ?

On est un duo originaire du Nord. Simon est aux percussions acoustiques et moi (Alex) aux machines. Le groupe existe depuis quatre ans mais on se connaît depuis qu’on est ados et ça fait très longtemps qu’on fait de la musique ensemble. Maakeda est le surnom par lequel les Éthiopiens désignent la Reine de Saba. Cette référence à l’Éthiopie est un clin d’œil à l’une de nos premières sources d’inspiration : la musique éthiopienne traditionnelle et moderne. Elle continue d’influencer notre musique; même si on a dernièrement pris plus de liberté par rapport à elle.

  • Il y a deux ans, vous avez sorti votre premier EP, « Aksum Chronicle » ; un concentré d’éléments électro discrets et cristallins, de rythmes tribaux précis et souples et de voix et échantillonnages aux consonances africaines. Pourquoi avoir décidé de vous engager dans cette voix, qui n’est pourtant pas si aisée ?

Notre envie est surtout de faire notre propre mélange de styles, notre musique, à partir des influences que chacun ramène et qui évoluent depuis le début du projet. On pourrait avoir une clé USB avec des morceaux super dansants et voyager avec une valise pour deux en tournée, mais ça ne nous intéresse pas. Nous avons aussi d’autres projets musicaux à côté, plus easy listening, donc nous pouvons nous amuser avec Maakeda à tester la curiosité des gens.

  • Le titre le plus impressionnant de cet EP est, à mon avis, le sublime « Tezeta » ; comment s’est déroulé son enregistrement, et pouvez-vous nous raconter votre collaboration avec Asrat Alayew et Selamnesh Zemene ?

Merci ! Asrat et Selamnesh sont des artistes que j’ai rencontrés à Addis Abeba en 2004, lors d’une tournée avec un autre groupe. Nous avons décidé de les enregistrer au Fendika (lieu incontournable à Addis Abeba) pour éventuellement faire un morceau avec eux. Deux ans plus tard, j’ai composé le titre autour du chant d’Asrat. Nous l’avons retravaillé par la suite pour le jouer avec Maakeda. « Tezeta » est un chant traditionnel éthiopien, mais aussi une gamme beaucoup utilisée là-bas et très particulière. Selamnesh est une grande chanteuse éthiopienne; elle a beaucoup tourné en France avec le groupe Badume’s Band par la suite.

  • Le 16 mars dernier est sorti « The Shades », votre nouvel EP. Et, dès ses premières notes (notamment le larsen d’ouverture), sur « Sombre », il semble planer un sentiment de ténèbres, dans un dépouillement sonore radicalement différent de son prédécesseur. Vouliez-vous explorer de nouveaux horizons à travers ces trois titres ?

Il est venu comme une évidence. Après deux ans très focalisés sur le travail du live, on a voulu rendre compte de notre évolution et marquer une rupture par rapport au précédent, où l’influence « world » était très présente. En fait, on le voit comme le versant occidental d’un diptyque dont le deuxième volet, où les influences africaines reviennent en force, est en préparation.

  • « The Shades » ressort de ce disque par son esprit et ses sons presque liquides, portant le murmure de votre chanteuse. De même, comment la progression de la chanson s’est-elle construite lors de votre processus de composition ?

Au début, le morceau était entièrement instrumental. Comme il y avait de la place pour le chant, on a voulu essayer une chanteuse dessus, donner un coté plus pop qui sort des chants africains, tout en gardant un univers sombre qui fait parti de Maakeda. Beaucoup de gens nous disent que la chanson est très sexuelle…

  • « Unforgiven », qui clôt l’EP, laisse apparaître un chant déformé par les effets, avant de laisser s’installer une longue plage à la fois calme dans ses nappes synthétiques et intense sans sa basse et ses quelques pulsations rythmiques, puis de reprendre. Ce pont harmonique est une première dans vos créations ; cela a-t-il représenté une expérience nouvelle pour vos travaux sur le son et la forme ?

L’idée, c’était vraiment de créer une séparation dans le morceau ! C’était, au départ, un arrangement pour le live afin de marquer la tension mais, finalement, on l’a aussi gardé comme ça pour l’EP.

  • Vous avez participé aux sélections des iNOUïS du Printemps de Bourges au début de l’année ; que retenez-vous de cette opportunité ?

C’était l’occasion pour nous de présenter notre nouveau live, avec les panneaux à LED et nos nouveaux morceaux.

  • Sur les photos de vos concerts, le décor qui se trouve derrière vous ressemble à la fois à une projection de spots lumineux et à la forme de la tôle ondulée. Que représente-t-il pour vos performances scéniques ?

Bien vu ! Justement, l’idée des panneaux, c’est d’appuyer visuellement notre set live et de rappeler les barricades de chantiers africains en tôle ondulée. Ce sont aussi des panneaux à LED synchronisés sur notre live que nous programmons nous-mêmes.

  • D’ailleurs, vous avez pu commencer à interpréter vos nouveaux titres devant les publics d’Arras et de Creil. Comment ceux-ci ont-ils été perçus ?

À Arras, c’était très agréable, puisque le public était majoritairement composé d’étudiants. Ils étaient vraiment très réceptifs à notre musique. Le problème avec la musique électronique c’est de ne pas pouvoir jouer les morceaux qu’on nous demande en rappel…

  • Lors des concerts, avez-vous tendance à expérimenter autour de vos titres d’origine ?

Oui, nous avons beaucoup de parties écrites en amont ; mais on veut se laisser des moments de liberté et d’improvisation, car nous venons de la musique live. Ceci dit, c’est vrai que la musique électronique assistée par ordinateur peut-être particulièrement frustrante à jouer par moments. Donc, de plus en plus, on a une base qui tourne sur l’ordinateur et on peut jouer avec en live.

  • Nous allons pouvoir vous découvrir sur scène lors du Crossroads Festival ; que signifie, pour vous, cette opportunité, et qu’en attendez-vous ou espérez-vous ?

On le connaît pour y avoir été en tant que public et, avant ça, de par sa réputation. C’est dire si, pour nous, c’est un honneur de faire partie de la soirée d’ouverture et de partager l’affiche avec tous ces artistes talentueux dans des lieux que nous aimons. C’est parfait ! (sourire)


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