[Interview] RIVE

« Vermillon » avait tout simplement laissé une partie de la rédaction d’indiemusic sous le charme, envoûté par ces musiques et textes profonds, délicats et terriblement prenants. RIVE est ainsi devenu, rapidement et avec un talent rare, l’un des projets les plus captivants de ces derniers mois ; une expérience sensorielle capable de paralyser l’auditeur afin de mieux le métamorphoser, lui faire voir le monde et les individus qui l’entourent à travers le prisme de la vérité. Avant leur passage au Crossroads Festival, retour sur le parcours étonnant de Juliette et Kévin.

crédit : Pablo Kharroubi
  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Votre actualité est bouillonnante depuis le lancement de « Vermillon » l’année dernière. La cadence est-elle dure à suivre ou, au contraire, une énorme dose d’adrénaline ?

Juliette : Oui, on peut dire que c’est assez intense puisque depuis la sortie de l’EP, on couple à la fois des tournées (en Belgique l’année dernière et cette année au Québec et en Chine) et la préparation de notre premier album. Mais ce projet nous porte tellement, nous rend tellement heureux que nous essayons de donner le maximum tout en profitant des concerts, des moments de création, des rencontres, des voyages. Tout cela est précieux.

  • « Vermillon » nous avait présenté RIVE comme un duo sensoriel, dont les mélodies et arrangements touchaient l’auditeur au plus profond de son cœur. Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble et à suivre cette voix si originale et particulière, notamment grâce à l’usage du français dans vos textes ?

Kévin : Je suis content que notre musique vous touche ! C’est une combinaison de facteurs. Tout d’abord, une volonté claire de la part de Juliette et moi de continuer à travailler ensemble, à deux seulement, pour nous recentrer sur qu’on a chacun à apporter ; et puis, ce sont aussi des rencontres, des découvertes musicales, la mise en place d’une autonomie technique quasi totale pour composer et enregistrer, et une envie de cohérence vis-à-vis de nous-mêmes en écrivant en français, notre langue maternelle…

  • Le terme « Vermillon » semble porter tout l’EP, la couleur apparaissant souvent de différentes manières, qu’elle soit peinte ou à l’origine d’un embrasement nocturne. Comment avez-vous décidé d’orienter le disque autour de cette teinte précise ?

Juliette : Le vermillon, c’est une couleur intense, qui renvoie à l’amour, à la passion et à la vie, mais aussi au sang, à la souffrance, à la peur… ce qui nous anime et nous hante toutes et tous, en fin de compte. On retrouve cela sur l’EP : la peur de la rupture mais l’espoir d’un nouvel amour, sur le morceau « Vogue », par exemple ; la capacité à retrouver un peu de bonheur face à la violence du monde, comme dans le titre « Justice ».

crédit : Julie Joseph
  • La pochette du disque est aussi bien chargée d’onirisme que de lutte, ce qui fait de vos chansons la bande-son d’une transition, d’une métamorphose…

Juliette : Nous vivons à une époque charnière, ne serait-ce que d’un point de vue écologique. Que ce soit en France ou en Belgique, et malheureusement dans beaucoup de pays du monde, une caste dirigeante s’approprie les richesses, casse les acquis sociaux et, au lieu de chercher à améliorer la situation de chacun et chacune, s’enferme dans des positions ultra conservatrices. La situation est urgente, il faut changer le fonctionnement de nos sociétés, réinterroger nos façons de faire, nos façons de penser.

Se pose alors la question du collectif, parce que l’histoire des luttes, féministes par exemple, nous apprend que ce sont les mouvements sociaux qui ont permis l’acquisition de nouveaux droits. Sommes-nous capables, suis-je capable, de m’engager collectivement, de sortir de ma zone de confort ?

Le morceau « Rouge » pose cette question: après le déni ou la sidération face à la violence, les questionnements : « le temps est-il venu ? », temps d’agir ou temps de regarder, impassible, les choses se dégrader ? Ces questions me taraudent, difficile de ne pas se sentir impuissante face à l’urgence de la situation…

La chanson « Nuit », quant à elle, ramène de l’espoir. Elle parle des marches féministes « Reclaim the night », réappropriation de l’espace publique par les femmes, pour l’émancipation de chacun et chacune.

  • Vous avez enchaîné les récompenses et prix avant et depuis la sortie de « Vermillon ». Comment ressentez-vous une telle reconnaissance, celle-ci étant largement méritée ?

Kévin : Merci de dire que c’est mérité. Nous avons eu d’autres projets, et nous savons que c’est un métier difficile, composé d’une bonne dose d’incertitude. C’est pourquoi nous profitons de ce que nous vivons en ce moment. Mais nous savons qu’il y a encore beaucoup de travail, que rien n’est bien sûr acquis. Nous essayons de rester sincères avec nous-mêmes dans ce que l’on fait, en espérant que cela puisse toucher d’autres personnes.

  • L’illustration visuelle du clip accompagnant « Vogue » prolonge les intentions de la pochette. Parlez-nous de votre collaboration avec Julie Joseph.

Juliette : Julie Joseph était notre colocataire à l’époque, c’était le tout début du projet, et elle comme nous testions des choses. C’était donc son premier clip, et nous avons été très très émus quand nous l’avons visionné pour la première fois, puisqu’elle nous l’avait caché pour nous réserver la surprise. Sans doute que le fait de vivre ensemble a pu nous inspirer les uns les autres.

  • Visuellement, « Justice » va encore plus loin en mélangeant ses images en noir et blanc presque nostalgiques avec des visions colorées issus du virtuel de cet homme seul dans une rame de métro. Un court-métrage superbe et qui prolonge, sans prévenir, vos volontés artistiques. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce clip, très justement récompensé lui aussi ?

Kévin : Ce clip a été réalisé par d’autres amis, Temple Caché, avec qui nous avions déjà travaillé sur d’autres projets. Nous leur avons laissé une totale liberté de réalisation, avec juste pour consigne le fait qu’il y ait autant de personnages féminins que masculins (sourire). Nous sommes fans de leur travail, de leur univers, épatés par leur créativité. Ils préparent d’ailleurs un nouveau clip pour la rentrée.

  • Vous participez à de nombreux festivals loin de votre Belgique natale, notamment en Chine et au Québec. Comment se passe votre relation avec un public grandissant et au-delà de vos frontières ? Avez-vous une ou des anecdotes particulières à nous confier que vous auriez vécues sur la route ?

Juliette : Nous découvrons un public, en Chine ou au Québec, amoureux de la langue française et attentif à notre musique. Cela nous touche beaucoup. Et pour l’anecdote, voici un souvenir qui s’est passé il n’y a pas très longtemps, au Québec. Il faisait 40 degrés. Sur la table de catering où était disposée la nourriture, à coté des bouteilles d’eau, une bouteille de jus de mandarine. Kévin s’en empare et boit une immense gorgée tant il avait soif… et là, il recrache tout ! … c’était du détergent ! On aurait vraiment dit un jus de fruit ! Nous voici donc une heure avant le concert à appeler le centre anti-poison… Heureusement, c’était seulement un produit irritant… On a quand même eu très peur… (rires)

  • Votre prestation au Crossroads Festival arrive à grands pas. Qu’attendez-vous de ce concert en particulier ?

Kévin : Comme d’habitude, nous espérons que notre musique parlera au public. Nous espérons aussi que des professionnels auront envie de nous programmer en France, où nous avons très peu joué pour le moment.

  • Quelle est la suite de vos aventures, aussi bien discographiques que visuelles et scéniques ?

Juliette : Un nouveau clip qui sortira à la rentrée, sur une nouvelle composition ; assez différent de ce que nous avons déjà fait, même s’il s’inscrit dans l’univers de « Vogue » et « Justice ». Et notre premier album qui sortira à la fin de l’année en Belgique, en France et au Québec.


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