Intrigant et hors du commun, le premier album de Nick Hakim fait de l’électro et du blues ses sources d’inspiration premières, tout en les déformant pour les redéfinir avec talent et passion. Le résultat est indescriptible, émotionnellement éprouvant mais éminemment libérateur et cajoleur.

Repéré par les plus grands médias dès la parution de ses deux premiers EPs auto-produits en 2014, le musicien et producteur new-yorkais Nick Hakim avait d’ores et déjà imprimé une marque de fabrique s’écartant délibérément de tout ce que le petit monde de la musique électronique pouvait nous offrir ; à savoir, faire intervenir, au milieu de rythmes syncopés et chaloupés, des éléments humains, qu’ils soient vocaux ou instrumentaux, donnant à l’ensemble une dimension onirique et fertile, source de plaisirs sonores dont on ne se lasse jamais. En franchissant le cap du premier album avec « Green Twins », le compositeur se donne les moyens de ses ambitions, mais livre avant tout un album personnel et touchant, empreint de mille sentiments brumeux et réconfortants. Une visite dans l’apaisement de l’œil du cyclone, bien que quelque chose menace et rôde au-dehors.
Le titre éponyme, qui ouvre l’opus, laisse résonner des chœurs introductifs libérant, en quelques secondes essentielles, l’âme d’un enregistrement qui ne sonnera comme rien de connu. Par nostalgie autant que par hommage, Nick Hakim déforme les sons, semblant issus d’une cassette usée à force de multiples écoutes ; un testament autant qu’une profession de foi, qui trouvera des réponses chatoyantes et duveteuses dans les possédés « Bet She Looks Like You » et « TYAF », où la soul s’invite au bal sans prévenir mais en prenant toute la place qu’elle mérite. Il demeure cependant, tout au long de la découverte de chacune de ces douze pistes formant une cohérence indiscutable, cette impression troublante d’entendre des moments de vie mis en mélodies et harmonies, des instantanés tantôt francs et sensuels (« Cuffed », ou le dialogue voix-saxophone chargé de tendresse et d’excitation de « Miss Chew » et « Those Days »), tantôt habités d’une identité chimérique, d’un rêve éveillé que les timbres multiples, s’alliant pour ne plus former qu’un unique langage, injectent dans nos âmes comme autant de mantras et de phrases sur lesquels méditer et construire sa propre réflexion, son être le plus simple et informel (« Needy Bees », « Farmissplease »). Aérien et fantomatique, le style incomparable que nous ressentons s’enroule, serre fort sans jamais étouffer, paralyse pour mieux ouvrir l’esprit.
« Green Twins » pourrait être vu par certains comme un hymne passéiste à des genres que beaucoup cherchent à reproduire. Mais il est bien au-delà de si faciles considérations ; céleste et chargé de mille songes et d’une introspection nécessaire pour son créateur, cet opus s’éloigne des rives salutaires du tout-venant artistique pour explorer des mers inconnues, écoutant le chant des sirènes avant de le réinterpréter, non sans y avoir laissé quelques bribes de son moi le plus profond. Aventurier et poète, Nick Hakim signe une œuvre unique et irremplaçable, qui laissera longtemps un éclat permanent sur nos rétines et dans nos neurones.

« Green Twins » de Nick Hakim est disponible depuis le 19 mai 2017 chez ATO Records / [PIAS].
Retrouvez Nick Hakim sur :
Site officiel – Facebook – Twitter – Soundcloud