[LP] Ulan Bator – Abracadabra

Un nouvel album d’un noir d’encre, nous laissant pénétrer dans la complexité toujours aussi fascinante de cette formation intemporelle. Immersion totale ; inspirez et plongez.

Ulan Bator - Abracadabra

Chaque nouveau disque de Ulan Bator est un événement pour ceux qui les suivent depuis bientôt 25 ans. Car, dans les méandres de l’industrie phonographique, les opus du projet parisien ne se ressemblent jamais, fouillant toujours plus loin dans les profondeurs d’une musique en retrait, cérébrale sans être intellectuelle. Viscérale serait un mot plus juste ; on s’imprègne de chaque piste, passionnément, intensément. Et « Abracadabra » ne déroge pas à la règle, tout en offrant une production encore plus précise et dense. L’ambition devient dès lors évidente : la création et son interprétation passent par un souci du détail quasiment maniaque, afin de pousser une certaine idée du rock dans ses derniers retranchements.

Les sons, dissonants et parfaits, s’immiscent en nous comme le plus vicieux des venins. Des premières pulsations labyrinthiques de « Chaos » à la marche en avant portée par des chœurs martelés ou autres claquements de mains de « Golden Down », tout ici transpire la densité, l’absence de lumière au milieu d’une forêt perdue, sombre et hantée. La progression inéluctable de « Coeurrida » se fait profonde, immersive et merveilleusement insidieuse. De même, « Saint Mars » est une parenthèse inattendue et progressive, dans laquelle l’orgue tient un langage à la hauteur de paroles inquiètes et personnelles, troublantes de justesse et de confession. Ce que les mots ne peuvent exprimer, murmurés et confidents, dans la torpeur moite d’une intimité corrosive (« Evra Kedebra »), ils en découvrent la définition sur le sublime « Radiant Utopia », pièce essentielle d’un album qui marque autant que le plus ténébreux des tatouages. Six minutes entre psychédélisme et excitation des sens, entre volupté et saturation.

En réunissant tous ces éléments, mais en les laissant aussi respirer et s’exprimer en toute liberté, Ulan Bator offre un disque lumineux, admirable de concision et d’émotion. Car, même sur ces plages étirées et suspendues dans le temps et l’espace, l’ennui ne se fait jamais sentir et la fascination opère immédiatement, avant de circuler dans nos vaisseaux sanguins et nos neurones pour mieux nous posséder. « Abracadabra » est certainement l’un des meilleurs LPs du groupe, une lecture parfaite d’un quart de siècle d’existence et de la dévotion que le projet a pour une musique à part, extraterrestre et troublante. À ne pas mettre entre toutes les oreilles, tant l’on sait que certains seront sûrement hermétiques à l’art ici proposé ; ce qui serait dommage, au vu de la perfection de ces odes à la jouissance et à la peur.

crédit : Francesca Di Battista
crédit : Francesca Di Battista

Une superbe réalisation aux multiples formes et visages. Décidément, Ulan Bator demeure inclassable et surpasse bon nombre de productions actuelles ; n’est-ce pas ce qu’on leur demande, finalement ? Avant de les remercier pour ces fragiles et graciles moment de jouissance.

« Abracadabra » de Ulan Bator, disponible depuis le 26 janvier 2016 chez Acid Cobra Records.


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