[Interview] Marion Mayer

En plein durant la frénésie des Rencontres Trans Musicales, nous avons rencontré Marion Mayer, jeune surdouée du folk, installée depuis peu à Rennes. Malgré une carrière encore naissante, la compositrice, musicienne et chanteuse a déjà toute une collection de stickers étonnants sur le flight case de sa guitare préférée. Des duos et des premières parties avec les Stranglers, Angus Stone et Arthur H, deux EPs, une victoire au Tremplin Label Mozaïc, un songbook et des projets à foison.
Celle qui n’a que vingt-deux printemps affiche un charisme et une détermination à toute épreuve, stimulés par des références au firmament
et par sa maman à qui elle doit certainement beaucoup. Une oreille musicale, un sens de l’écriture et de la mélodie, une aptitude à maîtriser les instruments (elle joue indifféremment de la basse, de la guitare sèche et de la guitare électrique entre-deux ras de batterie) font d’ores et déjà d’elle une grande artiste pop-folk, prête à assumer la relève des Dylan, Young, Drake et autres Browne.

crédit : Chris Taylor
crédit : Chris Taylor
  • Bonjour Marion. Tu as sorti ton deuxième EP « Together Alone » le 27 novembre 2015. À quand remontais déjà le premier ?

Il remonte déjà à mai 2014. C’est un cinq titres intitulé « Leave » que j’avais sorti toute seule en autoproduction. J’avais fait un crowdfunding via Ulule qui avait très très bien marché (NDLR : 165% des objectifs).

  • Ce premier EP était dans la même veine que le nouveau ?

C’était tout à fait dans cette ambiance folk. Après c’est vrai que j’étais encore jeune, c’était mes premiers enregistrements. Je pense qu’on doit sentir vraiment une différence avec « Together Alone », mais c’était dans la même lignée, avec aussi des morceaux arrangés basse-batterie. Je n’avais rien présenté au préalable, je me suis présenté avec mes titres à l’ingé son Romain Baousson (ancien batteur des Wankin’ Noodles et actuel batteur de tournée des Bikini Machine). On s’est retrouvé, car il avait enregistré le premier EP des Same Old Band, un groupe dans lequel je joue aussi. Romain m’a enregistré pour les deux EP et c’est lui aussi qui fait les batteries sur « Leave ».

  • Parle-nous de Same Old Band…

C’est un groupe de blues-psyché de Lorient. C’est, à la base, un power trio qui a remporté une tournée il y a plus de deux. C’étaient de bons copains du lycée et ils avaient besoin d’un quatrième membre pour jouer du synthé, de la guitare et faire des chœurs. Suite à cette tournée, je suis restée avec eux.

  • Sur ton projet solo, quel(s) poste(s) occupes-tu ?

Je fais tout en fait. Romain à qui j’ai fait appel sur le deuxième EP et qui est aussi un grand amateur de folk a vite compris ce que je voulais. Par contre, contrairement au premier EP, j’ai passé beaucoup de temps à le maquetter avec mon petit home studio. J’avais fait tous les arrangements des guitares et des voix. J’ai ensuite présenté les morceaux à Romain et à son bassiste qui officie aussi au sein des Madcaps et qui m’accompagne maintenant sur scène. On a trouvé les parties de batterie et de basse qui ont donné naissance à « Together Alone ».

  • Tu baignes dans le folk depuis longtemps ?

Ma mère est très fan, elle adore Cat Stevens, James Taylor, Jackson Browne. Ça a toujours été très présent à la maison. C’est venu assez naturellement. Quand j’ai fait des premiers concerts, vers 14 – 15 ans, j’étais inspirée par plein d’autres choses aussi et cela s’éparpillait un peu, mais je suis revenue rapidement vers ce style musical, qui plus est parce que je joue de la guitare et que je chante.

  • Tu as donc été déterminée très jeune à jouer du folk et à en faire ton métier !

J’ai tout de même mis du temps à me dire que je voulais faire cela de ma vie.
Ça me faisait peur, j’étais bonne à l’école donc on me disait plutôt d’aller faire des écoles de commerce, des prépas… J’ai commencé par faire plein d’études différentes pour essayer de trouver quelque chose. Et après cinq années d’études, je ne savais toujours pas ce que je voulais faire et je ne me voyais pas bosser dans une entreprise. Les rencontres à Rennes ont aussi été déterminantes, je suis rentrée dans un monde d’intermittences et de musiciens qui galèrent et cumulent les petits boulots pour pouvoir vivre de leur musique. Je me suis vraiment dit que c’était ce que je voulais faire.

  • La ville et la vie à Rennes ont donc été déterminantes ?

Cela faisait quatre-cinq ans que je me baladais entre Lorient et Paris. Avec les Same Old Band, nous sommes allés aux Trans Musicales et l’actu du groupe a pas mal bougé. En venant grâce à eux sur Rennes et en y passant du temps, c’est là que j’ai rencontré toutes ces personnes, tous ces jeunes comme moi qui rêvaient d’être musicien.
C’était la première fois que je rencontrais des gens qui vivaient vraiment la même passion.
Je n’étais plus en décalage avec ceux qui voulaient faire des études. Cela m’a poussé à m’y mettre à fond… sans compter toutes les salles ici et les dispositifs.

  • « Together Alone » est un EP plutôt joyeux et revigorant, qu’est ce qui t’inspire pour ton travail ?

Pour les paroles, je me nourris des rencontres que je peux faire. J’aime bien observer les gens, les relations. Je suis contente que tu me dises que tu trouves l’EP joyeux.
Le titre est une contradiction plutôt sombre, comme ici aux Trans Musicales où on parle à beaucoup beaucoup de monde avec des petites conversations assez courtes. Mais bien qu’entouré de plein de gens, on se sent tout de même bien seul. C’est tout cela que j’ai essayé de retranscrire dans cet EP. Donc beaucoup d’expériences personnelles sachant en même temps que je ne connais pas beaucoup d’artistes qui ne parlent pas d’eux dans les paroles…

Pour la musique, je me suis pas mal nourri de ce que j’ai vécu avec les Same Old Band. Ils m’ont apporté un côté très électrique, très psyché ; une scène que je ne connaissais pas beaucoup avant. J’avais envie d’expérimenter là-dedans, dans les arrangements aussi…

  • Tu tournes avec des grands comme actuellement avec Arthur H. Vas-tu chercher de temps en temps le ressenti, l’œil, l’oreille de gens comme lui qui ont plus de métier ?

Ce qui est super est que ses musiciens ou Arthur viennent écouter presque tout le temps quand je fais leur première partie. Je ne leur demande rien, j’attends plutôt qu’ils viennent me donner leur retour. Ils sont très enthousiastes, ils me soutiennent. Arthur peut me dire après un concert que telle ou telle chose allait bien ou n’allait pas. C’est hyper enrichissant.

crédit : Chris Taylor
crédit : Chris Taylor
  • Un LP se profile-t-il ?

J’ai bien envie de passer du temps en studio, pas très loin de Rennes, donc ce sera probablement pour cet hiver. Avec des copains, car cela compte beaucoup pour moi pour l’album. Ça va être une grosse étape donc je n’ai pas envie d’être larguée avec des gens que je ne connais pas. J’aimerais que cela reste familial et être à l’aise comme dans un petit cocon. Il y a aura aussi des collaborations ; j’ai déjà plein de noms en tête sur la compo et les arrangements. On fera des prises live, à l’ « ancienne ».

  • Tu te crées aussi un monde au travers de tes photos, tes vidéos…

Pour les photos, j’ai eu la chance de travailler avec Chris Taylor des Eagles Gift qui a vite compris l’esthétique de ma musique. On a d’ailleurs composé un morceau ensemble qui sera sur l’album. Il m’a aussi aidé sur les maquettes. Et donc étant très doué avec son appareil photo, il m’a fait de magnifiques clichés ainsi que la pochette du second EP…
Pour moi, le visuel est très important et pas mal de choses passent par là dès que l’on veut faire un peu de promo. Rod Maurice m’a fait aussi une très belle vidéo à l’Aquarium de St-Malo. C’est quelqu’un dont j’apprécie vraiment le travail depuis longtemps.

  • Tu as donc tout ce qu’il te faut dans tes bagages pour peut-être aussi aller voir ailleurs comme aux États-Unis ?

(Rires) Mes valises sont prêtes. J’ai eu la chance de faire déjà deux séjours touristiques aux USA, dont un d’un mois en Californie. Et c’est en rentrant de ce voyage que j’ai enregistré « Leave ». Mais cette fois-ci, je veux y retourner avec ma guitare pour y faire des concerts même s’il reste encore énormément de choses à faire en France ! Rien qu’avec la tournée avec Arthur H, c’est super de pouvoir se balader un peu partout. Il y a quelques jours, j’étais à Hazebrouck et je ne savais même pas que cette ville existait !
J’ai envie d’aller au Canada, le berceau de Neil Young…

  • Et faire sa première partie ?

Ouh là, j’aurai tellement la trouille…

  • Ou celle de Jackson Browne dont on retrouve un peu la couleur sur l’EP ?

Je suis allée le voir en juin dernier avec ma mère, on a pris les places les plus chères qui pouvaient exister ! Ça a été un grand moment, j’ai pleuré pendant tout le concert.
Juste d’entendre sa voix dans le micro me faisait m’effondrer. Travailler avec un gars comme lui, cela doit tout juste être magique.

Il y a aussi un artiste que j’ai vu il y a quelque temps au Trianon à Paris et à qui je dois beaucoup. C’est Ryan Adams. On en parle pas beaucoup en France, c’est quelqu’un que je suis depuis l’âge de 12-13 ans. Je ne le cite pas beaucoup, mais je dois dire qu’au final, ma première source d’inspiration a été ce mec-là !


Together Alone. Marion Mayer n’y va pas par quatre chemins avec ce quatre titres déterminé et revendiqué folk, qui sonne et résonne sans déraison, et nous sonne écoute après écoute.

crédit : Chris Taylor et Marion Bourgeon
crédit : Chris Taylor et Marion Bourgeon

À l’intersection de la ballade, de la dream pop, de la chanson nostalgique et du slow langoureux, Marion nous emballe et nous trimballe dans ses turpitudes dont on ressort heureux avec certitude. Arrangé comme un bon vieux rhum auquel tous les chemins mènent, elle se veut plus électrique et éclectique pour notre bonheur et pour son honneur. Celui de revendiquer une musique, certes venue de l’Ouest américain, mais qui ne reste pas échouée sur la côte. Côte qu’elle gravit magnifiquement avec ce « Together Alone » qui ne la laissera désormais plus jamais seule.
« Fade », « Together Alone », « Walk Away » et « Blue » sont autant d’odes à Jackson Browne, aux Wings, à Alanis Morrissette, à tous ces artistes qui chassent le cafard en un tour de notes.
On ressent les heures de travail, de composition, d’arrangements qui font de cet EP une référence pour qui sait tendre l’oreille et se laisser transporter dans des méandres mélancoliques, bucoliques, vaporeux et tourbillonnants.

Aidée certes par quelques amis pros du son, on savoure avec délice cet amour de la musique bien faite, celle qui vient du cœur et du corps, celle qui laisse des marques et se démarque, celle que l’on emporte dans ses bagages pour voyager un peu plus loin encore.
« Together Alone » de Marion Mayer est certainement le signe de vie le plus beau qu’il nous ait été donné en cette fin d’année meurtrie. Laissons tous une place à Marion dans notre discothèque, sur nos platines, dans nos baladeurs. La savoir à portée d’oreilles ne pourra que nous aider à continuer la vie avec un grand sourire. Et aussi beau que le sien.

« Together Alone » de Marion Mayer est disponible depuis le 27 novembre 2015.


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