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[LP] Artùs – Ors

Dans un déluge sonore alternant envolées échevelées et instants contemplatifs, Artùs signe un disque ne ressemblant à aucun de ses semblables, entre tradition et innovation. Une perle rare et exceptionnelle, pour un parti pris artistique loin de tout domaine musical connu ; le résultat n’en est que meilleur et admirable.

crédit : Thomas Baudoin

S’enfermer, hiberner tel l’animal qui hante « Ors », disque des Palois d’Artùs : c’est le défi créatif que se sont fixés ces musiciens avides de découvertes intérieures, de confrontation à un semblable naturel se battant, comme l’homme, pour une survie qui lui est refusée. Ainsi, la bête sommeille dans chacune des cinq pistes à la fois cinglantes, sombres et charnelles qui composent un opus hors norme, posé dans nos oreilles tel un archet sur nos veines, grattant les chairs et la peau pour mieux s’y insinuer. En suivant des chemins de traverse inexplorés, le sextet dérive dans la tempête avant de toucher terre et de marquer, de son empreinte affirmée et indélébile, ces territoires encore vierges et, bientôt, enflammés puis cultivés.

Dès l’intrusif et tectonique « Desvelh », l’auditeur se retrouve submergé par des émotions contradictoires mais parfaitement mises en valeur et unies à la perfection, au détail près, au milieu de tourments de cordes, de basses incisives et de rythmiques impulsives et puissantes. La sensation d’entendre, même si cela semble difficile à prouver, un rock tribal et régional (si tant est que le terme puisse exister) se mouvant dans des matières nobles et précieuses est constante lors d’une écoute active et motivant l’intellect autant que l’émotionnel. Conviant au banquet des pistes spectrales et insidieuses (« Chasse Party », « La Hòla ») ou des mystères mélodiques sinueux et dissimulant de secrètes distorsions temporelles imprévisibles et torrentielles (« Auròst »), Artùs déconstruit les structures afin de les exposer sous un soleil de plomb, à nu et prêtes à recevoir la gravure d’un art à la fois savant et guerrier. L’album devient alors dystopique, errant dans des époques oubliées mais remarquablement modernisées sous les doigts de ces compositeurs passionnés et dévoués (« L’ors Dominique »).

Il faut bien admettre que les choix harmoniques d’Artùs risquent d’en déstabiliser plus d’un, de même que le chant occitan fait montre d’autant de richesse mélodique que de trouble de l’audition, habituée à des langues plus populaires. Mais c’est bel et bien dans cette décision unanime de laisser paraître, alors que les premières chaleurs du printemps offrent à une nouvelle espèce des terrains de chasse inédits, un élan instrumental imprévisible et original, qu’il convient de saluer les prouesses de ce collectif riche et essentiel, donnant à savourer des tonalités encore jamais entendues et en marge du tout-venant actuel. Mêler l’ancien et le nouveau ; telle est la force d’Artùs. Et à nous de les remercier pour ce voyage spirituel et onirique.

crédit : Nicolas Godin

« Ors » d’Artùs est disponible depuis le 10 mars 2017 chez Pagans.

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