[EP] Chicago May – Chicago May

En nous offrant des textes d’une intimité poignante, portés par des instrumentaux alliant chaleur et mélancolie, Chicago May va puiser l’essence de son art dans l’humain, le caractère de chacun de ses personnages, ses qualités et ses défauts. Avec, en fil conducteur, une passion et un amour de ces histoires du quotidien qui sont toujours plus belles en sa compagnie, qu’elle nous murmure à l’oreille afin de mieux nous y emmener, docilement, généreusement.

Parfois, un disque apparaît : un mirage qui devient enfin palpable, réel, s’imposant à notre regard et ressortant du lot, dans une force de séduction d’abord picturale avant d’être musicale. Sur la pochette du premier EP de Chicago May, deux silhouettes s’enlacent : l’une, de dos, féminine, embrasse un être qui est une constellation de points sombres, indistincts. Retenant immédiatement l’attention, cette scène aussi sensuelle qu’émouvante dissimule ce que cache l’artiste dans ses quatre chansons, laissant à chacun la liberté de les découvrir au moment opportun. Et, là, le phénomène s’accroît : les pistes débutent, tendrement, et forment une créature de chair et de cœur, vivante et vibrante sous nos doigts et dans nos esprits. Finalement, c’est notre visage que nous voyons sur ce dessin, et c’est bel et bien Chicago May qui nous serre contre elle.

L’innocence se fait caresse, confrontant l’homme à ses faiblesses ainsi qu’à une sagesse de tous les instants. De ce fait, « La fille à l’arrière des berlines », ballade hypnotique et rêverie d’une femme qui, de chaque regard, de chaque mot, fait une force, nous entraîne immédiatement à ses côtés, à travers une instrumentation sobre et valorisant le timbre si nuancé et pur de la chanteuse. « Contretemps » poursuit sur cette même lancée, mais en accueillant à bras ouverts le doute, les questions et, ainsi, les différences sonores qui en découlent, notamment dans la course limpide d’un piano habile et motivant, qui encourage à aller de l’avant sans se laisser entraîner dans l’abîme. « Tombée pour un visage » se fait confidentiel, confessionnel même, errance folk nous conviant à être les témoins de la séduction et de la jalousie ; de l’amour, pur, simple, ultime. « Peau aime », remarquable dialogue entre le chant et un clavier réconfortant et charnel, ferme la dernière page de cette nouvelle illustrée à la perfection, dessinant ses formes avec un trait délicat, réaliste et onirique.

Chicago May est une magicienne : elle obsède notre attention pour mieux nous confondre, nous égarer et s’offrir comme l’unique issue de notre perte d’individualité. Ses quatre odes, interprétées avec autant de réserve que de maturité, sont les poèmes expressifs de couleurs, d’images, de pensées, troublant notre vision et nous apportant autant d’humilité que de bienfaits. Avec ce premier disque déjà obsédant et difficile à lâcher, nous savons que l’aventure ne fait que commencer ; qu’il reste beaucoup de pages blanches à remplir, beaucoup de notes et de partitions à écrire, et beaucoup de beauté à admirer. Chicago May nous est chère, et nous la chérirons avec toute la bonté d’âme qu’elle nous permet de retrouver, en chacun de nous ; et, rien que pour ça, à nous de la remercier…

« Chicago May » de Chicago May, sortie le 11 mars 2017.


Retrouvez Chicago May sur :
FacebookTwitterBandcamp

Photo of author

Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.