[LP] William Fitzsimmons – Charleroi: Pittsburgh, Vol. 2

Il suffit de peu, de vraiment très peu, pour que l’on soit renversé. Physiquement, non – parce qu’il ne faut pas exagérer – ; mais mentalement, oui. Depuis « Until When We Are Ghosts » (2005), William Fitzsimmons sème une pagaille émotionnelle immense. Son folk dépouillé est devenu l’étendard d’une sensibilité qui peut tirailler certains par sa mièvrerie, mais qui en ravit bien d’autres pour sa teneur mélancolique. Néanmoins, une chose met tout le monde d’accord : sa voix, éternellement ronde et enivrante, comme protégée par sa barbe qui ne cesse de s’étoffer. Seize ans maintenant que le grand Américain gratte sa guitare pour l’imaginaire de nos oreilles qui ne font que s’emplir d’étoiles et de chimères. « Charleroi: Pittsburgh, Vol. 2 » est le septième point de sa constellation.

William Fitzsimmons - Charleroi Pittsburgh Vol 2

Honte de constater que « Pittsburgh », son précédent album, passa presque inaperçu. Regret d’autant plus grand quand on voit que Charleroi se présente comme étant son deuxième volet. Cette logique de division, encore inédite chez l’artiste, se concrétise – et se vit indéniablement – quand on prend connaissance de ses motivations : « Charleroi est la seconde moitié de l’histoire Pittsburgh. L’album « Pittsburgh » parlait de la grand-mère que je connaissais. « Charleroi » parle de celle que je n’ai jamais connue. » Cette projection personnelle prend de l’ampleur, se teinte même de compassion et de nostalgie quand William Fitzsimmons déroule tendrement l’histoire familiale : « Mon père s’est retrouvé à l’hôpital, bébé, avec la coqueluche. Il est resté là plusieurs mois, orphelin. Finalement il a été adopté par un gentil médecin qui est devenu son père. Sans avoir jamais connu sa famille, le mystère resterait ainsi entier. Mais en 2015, après plus de soixante ans de questionnements et d’attente, on a enfin trouvé sa famille. Il avait été déclaré mort tout bébé par erreur, et sa famille biologique n’a donc jamais cherché à le retrouver. Malheureusement, sa mère est décédée plusieurs années avant d’avoir pu revoir son fils. Elle s’appelait Thelma et c’était ma grand-mère. Elle venait de Charleroi, en Pennsylvanie. Ces chansons parlent d’elle. »

On comprendra alors la plénitude musicale de l’album que William n’avait plus composée depuis ses premiers opus. Sa nature revient au galop. L’origine de son histoire rappelle ainsi l’origine de sa musique. Les effets synthétiques et rythmiques de « Gold In The Shadow » et « Lions » sont effacés et remplacés par les cordes et le piano, instruments que l’artiste ne semblait pas assumer par le passé. Cela ne pouvait que coller à l’émotion transcrite dans « Charleroi ». Nous retiendrons les morceaux « People Change Their Minds » et « A Part » pour leur justesse dans les intentions de l’artiste, mais aussi pour leur beauté à manier la tristesse comme la joie.

Au sud de Pittsburgh, sur les rives de la Monongahela, « Charleroi » referme les rêves de l’artiste, les moments qu’il aurait aimés vivre. « Charleroi » est son travail de mémoire. Alors que cette ville semble être comme les autres, sans histoires ni éloges, elle est bien plus pour William Fitzsimmons, et pour d’autres aussi. Comme ailleurs, les vies qui l’habitent valent mieux que son bitume. Celle de Thelma, pour sûr, inspire l’Américain et nous inspire en retour. Déesse sentimentale, muse inconnue ; ses traces sont désormais marquées à jamais.

William Fitzsimmons

« Charleroi: Pittsburgh, Vol. 2 » de William Fitzsimmons est disponible depuis le 1er avril 2016 chez Groenland Records.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante