[Interview] INÜIT

Jeunes, fougueux, créatifs et passionnés, les six musiciens du projet électro-pop nantais INÜIT se dévoilent pour indiemusic avant leur concert dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales et la sortie début 2016 de leur premier EP , « Tomboy ». Coline, Alexis, Pablo, Pierre, Rémy et Simon nous expliquent avec passion et raison leur processus créatif, l’importance pour eux de porter un projet collectif et leur vision du live. Après la lecture de cette entrevue, vous n’aurez plus qu’une idée en tête : « Vivement les Trans » ! On fait le pari ?

crédit : Chama Chereau
crédit : Chama Chereau
  • Nous en savons assez peu sur INÜIT : six musiciens installés à Nantes, la vingtaine passée, un projet monté en 2014. J’ai bon jusqu’ici ?

Tout à fait !

  • Comment est né le projet ? Qui l’a monté et vous souvenez-vous de votre première rencontre, du contexte et de la première fois où vous vous êtes dit : « Et si on montait un groupe ensemble » ?

La naissance du projet remonte à la fin de notre lycée. En fait, on se connaît, pour la majorité d’entre nous, de l’école de musique de Rezé. C’est seulement après quelques années à jouer, à se découvrir et se voir évoluer ensemble que l’on a décidé de construire quelque chose de plus « sérieux ». Finalement, ça fait quasiment sept ans que l’on se connaît et que l’on joue dans des projets communs.

  • Coline, tu as remplacé Clémence, la précédente chanteuse d’INÜIT, à la rentrée de septembre. Ce changement a-t-il eu une incidence sur vos compositions déjà écrites ? Autrement dit, êtes-vous repartis de zéro ou avez-vous continué sur votre lancée ?

Quand Clémence est partie, nous étions en pré-production d’un premier EP. Il a fallu stopper pour quelques temps le processus, ce qui était à la fois difficile à vivre et très stimulant. Coline nous a très rapidement rejoints et nous nous sommes rendus compte que, pour des questions de timbre de voix et de personnalité musicale, il fallait revoir nos arrangements : les deux étaient totalement différents. Finalement, nous sommes passés d’une voix noire contrastée par des arrangements lumineux à des arrangements plus sombres pour une voix devenue, elle, lumineuse. Donc, concrètement, nous avons, dans un premier temps, réécrit une première partie du set avec la base d’arrangements précédents réadaptés, puis composé ensemble. La seconde partie a été créée à partir de rien, ensemble. L’arrivée de Coline a aussi été, pour nous, l’occasion d’attacher une importance toute nouvelle aux textes. Ces derniers sont désormais décisifs dans notre manière d’écrire la musique. Nous avons d’ailleurs inversé notre « creative process » : on écrit la chanson avant la musique, alors qu’on avait tendance à faire l’inverse auparavant.

crédit : Chama Chereau et Alice Gregoire
crédit : Chama Chereau et Alice Grégoire
  • Avec une chanteuse et cinq musiciens, on pourrait vite tomber dans la caricature d’un « Coline + the Inüits ». Comment évitez-vous ce format de groupe ?

Justement, tout commence par l’écriture collective des chansons. Ce choix nous inclut automatiquement dans un rapport égalitaire au texte. Ainsi, nous sommes tous investis par ce que Coline va chanter. Elle est la voix d’INÜIT, au sens où elle délivre un message collectif. Mais aussi, c’est à travers l’arrangement de la musique que cette égalité se retrouve : Coline est tout à fait capable et légitime de proposer des idées pour les pupitres instrumentaux, au même titre que chacun des membres du projet.

  • Vous avez dévoilé tout récemment un nouveau titre live, « Dodo Mafutsi », tourné dans une piscine municipale de Nantes. Mais ce « Dodo Mafutsi », à quoi fait-il référence ?

« Dodo Mafutsi », c’est une chanson sur la paralysie du sommeil, d’où le « Dodo ». On tente de montrer le paradoxe entre la liberté offerte par un rêve lucide et l’emprisonnement qui précède l’accès à ce même rêve, caractérisé par un ensemble de symptômes comme l’impossibilité de bouger son corps, ou l’impression de voir une forme humanoïde noire qui tournoie autour de soi.

  • Vous avez adopté une organisation circulaire dans certains de vos clips. Est-ce que jouer au milieu du public ne serait pas la meilleure option pour l’un de vos concerts, en tant que public comme en tant que musiciens ?

On adore jouer en cercle, en effet. C’est la manière dont on se place en répétition et c’est celle qui se rapproche le plus de la façon dont nous vivons au quotidien : fraternelle, très liés et ouverts les uns aux autres. Nous avons eu l’occasion de nous placer comme ça plusieurs fois en concert. Les highlights de notre vie d’Inüits en cercle sont sûrement les minis BPM, qui nous ont offert la possibilité de dévoiler notre musique à un public plus électronique. Il est d’ailleurs possible que ce nouveau public ait eu une influence sur notre envie d’écrire plus d’arrangements techno.

  • Votre premier clip, « Tomboy », est sorti ce lundi 23 novembre. Pouvez-vous m’en dire plus sur ce morceau et sur la vidéo qui  l’accompagne ? Un petit mot sur Axel Vanlerberghe, qui est derrière bon nombre de vos clips ?

« Tomboy », c’est l’histoire d’une fille qui va assumer son homosexualité ; elle s’apprête à faire son coming out et imagine tout ce qui va se passer après cette révélation. Le clip de « Tomboy » met en scène Coline et un danseur, Julien. Habillés dans les mêmes tons, ils peuvent être considérés comme des alter ego. Julien peut représenter l’esprit de Coline, notre Tomboy, en train de se libérer des chaînes du secret de l’homosexualité.

Axel, c’est un ami d’enfance. Pour le moment, il a fait les vidéos de nos projets, même avant INÜIT ! La collaboration n’est pas prête de s’arrêter, étant donnée la qualité de son travail.

  • « Tomboy », c’est également le nom de votre premier EP à paraître fin janvier. Quelle sera la couleur dominante de cet enregistrement, s’il en a une ? Que pouvez-vous nous en dévoiler ?

« Tomboy », c’est un concentré de la partie la plus pop de notre musique. À vrai dire, nous avons composé en deux mois un set entier, les enregistrements ont été faits dans la foulée, les morceaux sont tous frais. Il est, à notre sens, un peu tôt pour avoir un regard lucide sur ce qu’on peut appeler une « couleur ».

  • Vous serez en concert jeudi 3 décembre, à l’Étage, dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales. D’abord, ça vous fait quoi de rejoindre cette programmation ? Et ensuite, qu’est-ce qu’on peut attendre de vous sur cette, date et pourquoi faut-il venir absolument vous voir sur scène ?

Forcément, nous sommes ravis d’être programmés aux Trans. C’est le meilleur festival de découvertes français. Tous les ans, c’est un plaisir de découvrir la programmation et d’aller digger les morceaux sur le Net ; tu tombes toujours sur des trucs complètement random. Et parfois, il y a des pures pépites : Fyfe en 2013, une référence absolue pour INÜIT. Cette année, nous avons bien tripé sur Clarence Clarity et Rival Consoles (Erased Tapes, pur label). Il y a aussi Binkbeats, surtout pour ses vidéos pour la « Boiler Room » avec les covers dingues de Flying Lotus, Baths et Amon Tobin.

En ce qui concerne INÜIT, ce sera notre troisième concert pour ce set avec Coline. Il résonnera forcément comme un aboutissement. En fait, on brûle totalement d’envie d’aller défendre notre musique le 3 décembre prochain. Bien sûr, festival de découvertes oblige, nous espérons aussi qu’il sera un moyen d’accroître la visibilité du projet auprès des médias, de se faire connaître des labels et des diffuseurs.

crédit : Chama Chereau
crédit : Chama Chereau
  • Quel regard portez-vous sur la scène musicale nantaise ? Et quels sont les groupes locaux avec lesquels vous nouez de fortes relations ?

À Nantes, il y a plein de familles musicales qui parviennent à cohabiter, voire à collaborer. Chacun a ses lieux de vie et de jeux définis. Si tu veux voir les gens du rock, tu vas au Café du Cinéma ou au Chien Stupide. Le Dynamo, c’est le territoire du funk et de la soul. Pour le jazz, tu as le Pannonica et les bœufs du Melocotton. On a aussi une belle scène expérimentale autour du Blockaus et des Ateliers de Bitches. Depuis quelques temps, il y a une énorme prolifération des soirées techno, comme Get Horses ou Chronic, qui font venir du beau monde de la musique électronique à Nantes ; ce qui est plutôt cool.
Sinon, on a trop hâte d’écouter le nouvel album de Von Pariahs ; nous avons adoré le premier.

  • Dernière question : que pense INÜIT de N U I T et de Minuit ?

Désolé, on ne sait pas trop quoi dire… On n’est pas hyper fan des enregistrements que l’on a écoutés, mais on est quand même assez curieux de voir Minuit à Tissé Métisse le 28 novembre !


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques