Les commandes déglinguées, le rouleau compresseur Fat Supper aux freins rongés reprend son imperturbable descente. Quarante minutes de riffs bétonnés, d’une basse implacable, d’une batterie indestructible et d’un chant graveleux qu’on ne pourra contre toute attente pas stopper en cours de route. Pas de doute, le quatuor rock rennais est toujours aussi énervé et ne compte pas se voir enterré avant d’avoir tout bien vécu.

Jubilation blues (Surrogate), noise au nirvana (Grotoro, Smell), stoner burné (Sandcastle, Basement) ; les qualificatifs ne manquent pas pour parler d’ « Academic Sausage », concentré sulfureux des rocks les plus durs à cuire.
Fat Supper est de ces groupes qui préfèrent la grillade au feu de bois à la cuisson au four, de ces projets qui n’aiment pas le confinement et qui préfèrent libérer le son au grand air, pour mieux évacuer toute leur tension intérieure.
À l’écoute, ce nouvel album n’a rien d’académique, tant son goût prononcé pour l’abrupt et le tantinet recherché nous conduit sur des sentiers souvent biscornus et impromptus (Narvana), sinon carrément tortueux mais pourtant savoureux une fois qu’on les a domptés (Clutter, Gonogo).
Déployant des structures instrumentales fouillées, méticuleuses, cravachées et bourdonnantes de pédales d’effets et de tripatouillages en tous genres (Odd Box), Fat Supper emprunte la voie peu encombrée mais difficile d’accès d’un rock en apparence sauvage, mais en réalité maîtrisé par quatre cowboys dans un bush poussiéreux et rude.
Tenancier d’un chant rêche, Léo Prud’homme invoque sa colère quasi légendaire, sous l’emprise instrumentale de collègues aussi agités du bocal et endurcis que lui.
Et, si on avait déjà subi par le passé le courroux fatal de Fat Supper sur court comme long format, c’était somme toute pour apprendre à éviter les coups droits. Ici, la formation expresse à la lutte dispensée au cours de ces dix leçons passe également par les coups bas et les prises de soumission. Rien de moins !
Qu’il s’avale d’un bloc, compact, ou s’ingère par petites bouchées, il faudra dans tous les cas aider le transit afin que ça passe. Digérer « Academic Sausage » demande de la préparation, une « mauvaise » éducation au rock suant sur les murs des recoins underground des grandes villes, où la bière se mêle à l’odeur des tee-shirts trempés du fait de la chaleur et de l’agitation de ces lieux.
Fat Supper ne cache d’ailleurs jamais la dimension ni les enjeux d’un jeu live sur cet album, qui pourrait à s’y méprendre témoigner de la fureur d’un passage sur scène pour ces Bretons.

Si « Academic Sausage » saura sans nul doute ravir les fans de la première heure, il pourra tout autant décimer des populations entières de pacifistes et emporter à parts égales les puristes du hard dans un élan de passion collective inattendu. Véritable défouloir, tendu et sans compromis, ce second album ne prône pas l’amour universel, mais répand avec une conviction inaliénable l’idée qu’on peut, en France, défendre cette autre vision du rock, loin de tous les schémas mélodiques et attendus.
Sur la défensive, prêt à bondir ou à exploser, « Academic Sausage » est, à la viande (trop) épicée, la poussée d’hémorroïdes qui s’en suit. Piquante et forcément douloureuse ; mais que ça ne nous empêche pas d’en reprendre !

« Academic Sausage » de Fat Supper, sortie le 5 février 2015 chez Les Disques Normal & Patchrock.