[EP] Novo Amor – Woodgate, NY.

Novo Amor brasse son ardeur musicale aux poésies estivales de « Woodgate, NY. ». On rêve par procuration, intensément.

Novo Amor - Woodgate NY

La contemplation permet de s’évader dans d’autres réalités. Oublions les affaires religieuses ou pseudo-intellectuelles. On parle ici de simples projections utopiques, personnelles et grandement subjectives que la musique peut stimuler. Selon la candeur de l’âme, ces images libèrent des pulsions normalement réprimées et permettent de s’oublier, le temps de quelques minutes, dans la songerie. « Woodgate, NY. » est la traduction sonore du rêve d’Ali Lacey aka Novo Amor, qui s’est reclus durant un été dans l’inspirante chaleur de cette petite ville de l’État de New-York, loin de son Cardiff frileux. « Ce fût l’une de plus belles périodes de ma vie. Aussi une révélation et un certain tournant de mon existence pour diverses raisons. Cet EP est tendrement basé sur des évènements survenus cet été-là. Woodgate est une véritable source d’inspiration ; l’environnement et les souvenirs que j’en garde sont magnifiques. Cet endroit fera toujours partie de moi. »

Influencé par l’ardeur de ses contemporains (Bon Iver, Keaton Henson, James Vincent McMorrow), Ali ébouriffe ses sons dans l’instrumental. Son premier EP « Drift » était coincé dans une acoustique naïve, mutilée par x déceptions existentielles qui forçaient le tire-larmes. Non sans mal, cette intimité est utile à sa construction et il s’en sert de base. Les échos de guitares se font plus longs et sa voix s’étire suivant la ligne d’une orchestration affutée au coton. Une musique alt-folk moins repliée sur soi, plus ample et sensitive, qui se bonifie avec l’âge des souvenirs. Ses 22 ans ne l’empêchent pas de voir grand et sa maturité sonore talonne celle de beaucoup d’artistes encore scellés dans le ciment formaté du succès. Ali est modestement ivre d’aspirations. La merveilleuse « Cold » s’immole dans de subtils arrangements. Des bribes de voix angéliques, des notes de piano éparpillées et de doux pincements électroniques emmènent la piste à son apothéose, à ces quelques secondes finales où le bric-à-brac sidéral rappelle le magnifique capharnaüm de Jónsi dans « Go ». Le reste des pistes ne fait que relever le goût irrésistible de l’EP. « Weather » subjugue et « Holland » fait en 2 minutes ce qu’un Terrence Malick peut faire en 3 heures. Un charme qui n’en finit plus, pouvant virer très vite au sacrement.

On pourrait penser que l’ensemble Bon Iver-esque serve de tréteaux à une musique volée et désossée de toute originalité, mais « Woodgate, NY. » est authentique et généreux. L’EP prouve que des influences musicales bien menées peuvent exclure les futiles a priori sur la singerie organisée. L’horizon est large et la mélancolie d’Ali infinie. Plonger dans les nuées estivales de ce tendre vingtenaire est une chose aisée, et si le fait d’y croire n’est pas envisageable, la musique salace et ratée est toujours là pour vous cocufier. Autant vendre votre âme aux puces.

Novo Amor

« Woodgate, NY. (EP) » de Novo Amor sortie le 31 mars 2014 chez Brilliance Records.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante