[Live] Zenzile à la collégiale Saint-Martin d’Angers

Berlin aurait-elle volé la vedette à Zenzile, ce mercredi 21 janvier, à la collégiale Saint-Martin d’Angers ? C’est bien probable. Et tant mieux. Savoir s’effacer derrière le mythe d’une ville, la refléter corps et âme par la seule force des instruments n’est pas une mince affaire.

Zenzile © Fred Lombard

Mercredi soir, à l’occasion de ce ciné-concert (concept auquel ils s’étaient déjà attaqués il y a quelques années avec le « Cabinet du Docteur Caligari », polar expressionniste allemand de 1919), les membres de Zenzile ne se sont pas simplement « servis » de Berlin pour captiver leur public. Non, ils ont fait mieux. Ils ont joué pour elle. Cinq musiciens de l’ombre au service d’un jaillissement perpétuel de vie, capables de faire oublier instantanément aux 400 privilégiés de cette soirée la solennité du lieu (une ancienne église carolingienne) pour les plonger au cœur d’une cité des années 20 en pleine révolution industrielle. Sacré tout de force.

En l’espace d’une heure et quart, profitant d’une acoustique parfaite, Alex Raux (guitare), Mathieu Bablée (basse), Christophe Wauthier (batterie), Raggy (flûte et saxophone) et Vincent Erdeven (clavier) ont offert au film de Walter Ruttman, « Berlin, symphonie d’une grande ville », un souffle d’une modernité absolue. Respirations classiques sur fond de piano et flûtes, post-rock à consonance indus’, planeries psyché, guitares new wave, dub et jazz hybrides, lignes de basses élastiques : 24h en accéléré dans la vie de Zenzile tout comme dans celle de Berlin.

Une musique intemporelle et inclassable, en perpétuelle mutation, faite de tableaux sonores en totale adéquation avec la frénésie des grandes artères de la capitale allemande, le vacarme régnant au sein de ses usines, la ferveur émanant de ses cabarets et théâtres à la nuit tombée, le parfum de nostalgie exhalant de ses scènes de rue, de grands restaurants, de promenades au zoo, de marchés ou d’ateliers, le portrait furtif de ces hommes et femmes endimanchés ou de ce petit peuple d’anonymes en bleu de travail, vieillards, enfants, chevaux tractant des carrioles… de l’aube au crépuscule, l’immersion est totale. Une plongée pleine de rêverie et de poésie au sein d’un monde à la fois proche et lointain. « Ich bin ein Zenziler ! »


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Sébastien Michaud

Journaliste radio sur Angers depuis une vingtaine d'années et auteur de biographies rock aux éditions du Camion Blanc.