[EP] Yan Kaylen – City Stellar

Après quelques tracks sur les compils de différents labels et des remixes uploadés sur Soundcloud, le producteur parisien Yan Kaylen se lance dans le grand bain et dévoile « City Stellar », un premier EP non loin du mini-album, avec ses 36 minutes de voyage en pleine zone en friche, sombre et industrielle.

Yan Kaylen - City Stellar

Acteur de la nuit parisienne depuis quelques temps déjà et multipliant les sets technoïdes au Concrete, au Tresor ou à La Machine du Moulin Rouge depuis 2013, Yan Kaylen est désormais un producteur accompli, avec cette petite bombe parue chez le collectif et label Exploration Music. L’artiste nous a concocté, en six pistes, un mélange intense et enivrant de son vocabulaire sonore, à mi-chemin entre ambient, indus et techno. Terrain d’expérimentations perpétuelles, cette œuvre navigue vers le beau, à contre-courant de nos habitudes. Particularité de sa musique ? La techno n’y est pas simplement physique ; elle parle également à l’esprit, tout en ne s’enfonçant pas dans un délire arty. Nous nous laissons prendre avec plaisir dans les volutes cérébrales de ses claviers, qui nous enveloppent complètement une fois sur le dancefloor. En bon musicien éduqué à la techno germanique et aux sonorités UK, Kaylen est avant tout un artisan développant sa propre vision artistique tout en se dégageant des saillies bruitistes et de la grammaire classiciste des fondateurs.

Le titre éponyme nous accueille dans un univers indus en forme de spirale électrique, où se mêlent et se démêlent l’ambient et le drone. Point d’entrée commun mais efficace, qui informe tout de suite l’auditeur de ce qui va suivre. Et nous voilà embarqués dans « Suspension of Disbelief », qui se révèle déjà bien plus intéressant, avec sa jolie suite de boucles hypnotiques, lentes et ténébreuses, incrustée de samples vocaux en filigrane, pour un rendu organique et deep. « Ancients Colony » arpente les méandres d’une techno filtrée par de multiples couches synthétiques éthérées, invoquant les contours d’une obscure Warehouse (NDLR : Night-club de Chicago, considéré comme le berceau de la house music) tout à fait glaçante ! « Fields » se charge ensuite de nous redonner des couleurs à travers ces nappes ambient dans lesquelles s’écoutent la beauté toute simple du monde, mais également avec l’usage de field recording où résonnent des voix d’enfants qui semblent en train de jouer. Un interlude remarquable et assumé où les harmonies et les textures délaissent l’exuvie tellurique de « City Stellar » et contemplent les bribes d’une époque bénie. C’est alors que « Mirage X84 » nous rattrape avec sa lente et obsédante montée en puissance, traversée de beats étouffés, avant le grandiloquent « The Last Quadrant », qui distille une atmosphère mystérieuse et inquiétante, parcourue de spasmes extatiques puis impose le silence par une dernière nappe des plus intenses.

Yan Kaylen plonge dans les nuages de bruits pour en tirer une matière sonore dense, qu’il façonne ensuite au gré de ses humeurs. Ne s’engouffrant jamais dans l’expérimentation gratuite ou sans saveur, il nous délivre six mélodies d’ambient-techno où se croisent le minimalisme, l’indus et le dub, avec toujours une science et une rigueur dans l’agencement des rythmes qui nous offrent un spectacle sans commune mesure. Basculant sans cesse du design sonore brumeux aux textures les plus solides, du primitivisme presque tribal à la sophistication la plus clinique, Kaylen taille les contours d’une vibration électronique tortueuse. Et sans pour autant être impénétrable, le bastion sonique de « City Stellar » sonne bien moins club que ses précédentes productions, avec son lot de réminiscences pointues, Moritz Von Oslwald et Aphex Twin en tête. En bref, voilà une musique étonnamment lente et méticuleuse, d’une précision chirurgicale.

Yan Kaylen

Témoignage d’une modernité implosée qui se tourne, en tâtonnant, vers l’inconnu, cet enregistrement singulier parvient à souder des climats assez différents, sans perdre en cohérence. L’heure n’est plus à la demi-mesure. « City Stellar » est un futur sombre, presque tragique, de même qu’un horizon plein de secrets. On attend la suite avec impatience !

« City Stellar EP » de Yan Kaylen, sortie le 27 avril 2016 chez Exploration Music.


Retrouvez Yan Kaylen sur :
FacebookSoundcloud

Photo of author

Etienne Poiarez

Étudiant en master d’information-communication à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle. Éternel adepte de Massive Attack et passionné de cinéma, d'arts plastiques et de sorties culturelles.