[Création #19] The Wooden Wolf

À peine a-t-on lancé l’écoute du premier titre de l’album de The Wooden Wolf que l’on se sent dès lors emporté dans une bulle d’intimité et d’humanité. Album de l’apaisement, des amours passés et de la réconciliation, nourri d’une mélancolie sereine, le songwriter alsacien cintre l’armature de son folk boisé au naturel, au fil des onze pistes essentielles de son septième album. Enregistré en solitaire, lors du premier confinement, dans sa maison à Ribeauvillé au nord de Colmar, sur un enregistreur Tascam 4 pistes, Alex Keiling s’attendait à retrouver le craquellement des vieilles bandes. Ce sont finalement les retrouvailles avec ses souvenirs d’adolescents qui ont rattrapé le jeune loup de 35 ans, qui livre sans artifice ses sentiments sur des chansons honnêtes et vibrantes, qui se susurrent à nos oreilles et se révèlent universellement à nos cœurs ouverts. À l’occasion de la sortie de ce nouvel album, Alex retrace pour indiemusic le processus d’écriture très personnel de son septième opus.

crédit : Aëla Labbé

Je n’ai jamais trop parlé du processus technique de mes enregistrements car il ne m’a jamais véritablement intéressé. L’importance du medium dans l’art me semble toute secondaire. Cependant, il arrive que ce soit la démarche technique dans certains cas qui engendre l’œuvre.

J’ai toujours voulu retrouver l’ambiance, l’énergie de mes premiers enregistrements, de quand j’avais 14 ans, que j’enregistrais sur cassette avec des moyens dérisoires. Le premier confinement m’a donné cette occasion, de retrouver peut-être cette forme un peu plus brute et spontanée que ce que je fais désormais. Le « lo-fi » pour moi a toujours tenté d’apprivoiser, de capturer une forme de vie, quelque chose de fragile et volatile qui s’échappe en un instant, au moment même où il naît. Le lo-fi c’est se baser sur l’essentiel, comme lorsqu’on enregistre vite fait un air sur un dictaphone pour ne pas l’oublier. Le son est cracra mais l’énergie est là, vibrante, et souvent lorsque tu essayes de « mettre » ça au propre, eh bien tu la perds justement cette énergie…

Voilà pour l’idée, je me suis donc procuré un vieux Tascam Portastudio et quelques cassettes vierges et puis j’ai fait joujou… Très vite, je me suis rendu compte que ça sonnait beaucoup mieux que je ne le pensais. En fait, je trouvais que ça sonnait même mieux que tout ce que j’avais déjà fait auparavant. Voilà comment l’idée d’un album lo-fi s’est volatilisée en un instant ! Des morceaux que j’envisageais très bruts en guitare/voix, se sont vus étoffés de nombreux instruments (basse, violon, contrebasse, Minimoog, batterie, chœurs, etc.) grâce à la méthode du « bouncing »…

La déception de ne pas enregistrer un album brut et crado s’est finalement envolée grâce au plaisir d’enregistrer sur cassette, à cette texture enveloppante, moelleuse de la bande, et pis, il y a quand même ce petit souffle réconfortant qui me rappelle l’idée de départ…

Au niveau de l’écriture des textes, rien de foncièrement nouveau, si ce n’est peut-être un gain en maturité (eh oui, on vieillit, on devient papa etc.), les démons du passé sont toujours prégnants mais on les cajole différemment, on ne s’en effraie plus en tout cas. Une nouveauté dans les textures, c’est le Minimoog sur certains morceaux. J’avais envie de franchir sobrement une certaine barrière, celle du folkeux qui ne fait rien d’autre que toucher à des cordes. De me rapprocher tout doucement d’un univers un peu plus noise, un semblant moins organique, mais ça demeure assez discret par rapport à ce que j’envisageais…

« Songs of the night Op. 7 » est un hommage à la nuit, que ce soit pour ses rêves, son obscurité ou simplement pour s’y recueillir et se laisser envelopper. C’est aussi un hommage à nos relations intimes, faites d’étincelles dans la nuit, car dans un couple nous sommes tels deux morceaux de silex qui se frottent l’un à l’autre, que ce soit pour se faire l’amour ou pour se faire la guerre. À croire que nous avons besoin de ces étincelles pour trouver un peu de lumière…

« Songs of the Night Op. 7 » de The Wooden Wolf est disponible depuis le 10 décembre 2021 chez #14 Records, Médiapop Records et Araki Records.


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