[Live] Scopitone 2016

Scopitone n’a pas failli à sa réputation en venant souffler ses quinze bougies autour d’une édition des plus rocambolesques. Le festival nantais à la coloration électronique, artistique et numérique revenait du 21 au 25 septembre 2016 dans des lieux à la hauteur de sa substance : Stereolux, les Nefs, le Château des Ducs, le Manoir de Procé et le Jardin des Plantes parmi d’autres. De jour comme de nuit, le festival avait pour mission de rendre un hommage saisissant à bon nombre d’artistes dans une atmosphère lunaire appelant à bousculer notre perception de la réalité. La soirée du vendredi 23 septembre dernier était placée sous la houlette explosive de sonorités technoïdes tantôt mélodieuses et douces, tantôt industrielles et acides.

crédit : Clack / David Gallard
crédit : Clack / David Gallard

Nous arrivons dans le manteau de la nuit au rendez-vous des cultures électroniques de cette rentrée. D’immenses boules à facettes ornent les plafonds des Nefs. Nous commençons notre exploration par « La Boîte », un espace extérieur tapissé judicieusement de tissus matelassés pour l’insonoriser. Malgré tout, la résonnance n’est pas au beau fixe, notamment durant le set de Danny Daze, premier artiste de la soirée ayant introduit ses ondes dans nos esprits. Nous restons en effet sur notre faim sur si peu de vibrations et un set globalement décevant ; le public s’adonnant même à quelques slows. Nous quittons alors la Boîte pour la salle-maxi de Stereolux.

crédit : Clack / David Gallard
crédit : Clack / David Gallard

Après quelques minutes d’attente, nous accédons à l’antre dans laquelle sévit le Parisien Molécule. Légèrement surélevé par rapport à la scène, le producteur-explorateur nous emmène avec lui en pleine tempête sonore. L’artiste excelle dans l’art de nous plonger dans un univers nourri du quotidien des pêcheurs du grand large où bruits stridents de métaux et grincements mécaniques viennent stimuler notre oreille tandis que nos yeux restent rivés sur des effets visuels saisissants projetés autour de lui. Deux bandes numériques, marquant la séparation entre la fosse et l’étage de la salle, véhiculent ces visuels d’un psychédélisme certain : des goélands tourbillonnants ou encore des effets de spirales hypnotiques qui nous entraînent dans un état de transe renversant. Une version live de « 60° 43′ Nord », toujours plus exaltante, est ainsi délivrée par l’artiste, pour notre plus grand plaisir.

Une ambiance intemporelle au bas mot. Qu’allait donc nous réserver la suite de cette belle nuit électronique ? Tout laissait penser que la houle présente dans la salle maxi n’allait pas cesser de sitôt. Du côté du commandement de bord, un changement de cap est pris : direction Hambourg en compagnie de la princesse d’une techno plutôt acid que basic : Helena Hauff. C’est avec une maîtrise parfaite que Frau Hauff prend la suite de son prédécesseur pour une performance full vinyle qui ravira les puristes. D’une présence toujours très remarquée sur scène, la productrice allemande nous fait traverser mers et océans vers des sonorités sombres, mais très rythmées jusqu’à en devenir dansantes. Nous retiendrons une sélection acid techno très panachée dont elle a le secret, surtout lorsqu’elle la partage au public avec une telle classe féline.

Il est presque 3h du matin lorsque nous décidons d’aller prendre une bouffée d’oxygène hors de la salle Maxi (devenue un bourbier entre bières renversées et transpiration excessive). Donner une seconde chance à La Boîte n’est pas de mauvais augure. La bonne surprise de la soirée nous y attend en compagnie de Jacques et d’Agoria, réunis pour former le duo inédit d’un soir. Doux mélange de sonorités machinistes et de riffs de guitare, les deux protagonistes construisent un live des plus planants et audacieux. Mêlé à une ivresse en devenir, le public apprécie ce moment de communion entre deux artistes que tout semblait pourtant opposer, autant sur le plan musical que capillaire. Des sonorités disco envoûtantes s’envolent deçà delà dans la Boîte, enchaînant des tubes exotiques tels que le morceau « Scala ».

crédit : Clack / David Gallard
crédit : Clack / David Gallard

Voyant l’heure de la fin de cette ode à la culture numérique s’approcher, nous décidons d’aller jeter une dernière oreille curieuse dans la salle Maxi. Là-bas nous attend une atmosphère proche d’un naufrage sous la vélocité d’une tempête faisant rage. La responsable ? Une certaine Paula Temple, bien décidée à épuiser les derniers ravers entassés dans l’espace. Répondant à une musique technoïde d’une intensité sans précédent, l’habituée du Berghain nous révèle une prestation côtoyant les étoiles. Paula Temple semble avoir le don de délivrer une terrible énergie à travers sa musique, si bien que le public puise dans ses dernières forces vives pour suivre le rythme des redoutables basses de la Berlinoise. Pouvant parfois être perçue comme un vrombissement sourd, la musique de l’Allemande reste une découverte inégalable et une prestation scénique de haut vol. Cette fin en apothéose dissipe ainsi la tempête présente depuis le début de la nuit sous Les Nefs, laissant entrevoir un retour à la réalité brutal, mais teinté d’une expérience intemporelle unique.

Scopitone ne cesse d’arpenter les vastes territoires des arts numériques et pas seulement sur le plan musical. Au programme, un ensemble d’œuvres digitales qui interrogent notre siècle, ses pratiques et ses visions. L’évènement nantais a rassemblé un ensemble d’œuvres et de créateurs qui ont pour dénominateur commun : la perception de la réalité, ou plutôt des réalités, par la manipulation, le détournement et le questionnement conscient. Parmi elles, nous retrouvons le perturbant et paroxystique « Constrained Curface » ou encore le stratosphérique et envoûtant « Unfold » du Japonais Ryoichi Kurokawa.

crédit : Clack / David Gallard
crédit : Clack / David Gallard

Scopitone 2016 fut une véritable réussite. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 53 000 spectateurs, 16 lieux, 67 artistes groupes et collectifs, 17 nationalités, 3 valises d’artistes égarées en vol, matériel compris, 240 sphères blanches suspendues dans La Boîte par le Collectif Coin, 187 bénévoles présents durant cinq jours, 200 boules à facettes, 42° dans la salle Maxi pendant le set de Molecule et 72° pendant celui de Paula Temple.

crédit : Clack / David Gallard
crédit : Clack / David Gallard

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