[LP] Sampha – Process

Discret, Sampha Sisay n’est pas de ceux que le feu des projecteurs obsède. Et pourtant, après les EPs « Sundanza » (2010) et « Dual » (2013), le pianiste et chanteur anglais délivre un premier long format à la hauteur de ses collaborations passées : notamment avec SBTRKT, Jessie Ware, Drake, Solange, The xx ou encore Frank Ocean, pour ne citer qu’eux. Sampha n’en est pas à son premier coup d’essai avec « Process », où la voix de l’artiste ainsi que ses talents de compositeur sont plus que jamais mis en lumière.

« So many emotions. It’s been quite the journey so far. » Ce vendredi 3 février eut une saveur toute particulière pour Sampha, puisqu’il témoigne de l’ancrage musical du Londonien dans l’air du temps. Sentimentale, onirique, envoûtante, voluptueuse et si mystérieuse : les qualificatifs sont nombreux pour décrire une musique qui n’a jamais laissé indifférent un public toujours plus demandeur en la matière. Six ans après avoir déposé sa voix sur les productions de SBTRKT qui l’ont révélé, Sampha œuvre désormais seul. Premier long format couvé par l’artiste, ce disque aux musicalités originales est la première bonne nouvelle de cette année 2017.

« Process », un nom évocateur si l’on se penche sur le cheminement de l’artiste jusqu’ici : des collaborations à n’en plus finir et deux EPs largement plébiscités. Sampha semble avoir aiguisé sa lame, son « processus » comme il dit, avant d’arriver à un matériau fini remarquable. Se disant lui-même « Captain of my own ship », Sampha n’a plus peur de cacher sa voix pénétrante sur ce projet d’une grande intimité et dans lequel il se livre sans réserve.

On y retrouve des titres nappés d’une émotion vibrante, comme sur « No one knows me (like the piano) » ou encore « Take me inside », en hommage à sa mère Binty Sisay, emportée par un cancer en septembre 2015. Ce disque évoque une peur d’aller de l’avant après ce traumatisme ; et, pour une âme discrète telle que celle de Sampha, cela passe par le besoin d’extérioriser cette crainte de naviguer dans ce monde par lui-même. « I’m on this road now » ou encore « I’m so alone now / Swerving out of control now », entonne t-il sur un « Blood on me » d’une beauté déconcertante.

« No one knows me « like the piano » is dedicated to my mother, Binty Sisay. The more time that passes, the more I see the extent of her love for me. », confesse Sampha.

Dans un sens, « Process » sonne comme un album-concept sur lequel Sampha se redécouvre lui-même, revisite ses influences premières. Élevé dans la banlieue Est de Londres, il a été bercé avec la large emprise du style ambient/ minimal /garage, au gré d’artistes comme Brian Eno, Groove Armada ou encore The Clash.

Dix pistes (seulement) qui oscillent entre chansons sulfureuses aux beats r’n’b plutôt lents (« Under, Reverse Faults »), vibrations soul sur notes d’électro (« Blood on Me », « Incomplete Kisses »), de morceaux hantés (« Plastic 100% ») et une ballade aux percussions endiablées (« Kora Sings ») qui captivent du début à la fin par la richesse de leurs arrangements.

Impossible de ne pas succomber à la voix envoûtante de Sampha, fascinante dès les premières notes. À la fois touchant et émouvant, son timbre est reconnaissable entre mille ; grâce, entre autres, à cette facilité de s’approprier les styles et à jouer sur les nuances. Le chanteur aux airs de James Blake ou encore de Spooky Black devient officiellement l’ambassadeur d’une soul mélancolique et sensible.

À la fois à la composition et à la production sur « Process », l’Anglais démontre à nouveau toute l’étendue de son talent dans un disque obsédant, qui s’étoffe à chaque nouvelle écoute. Déjà plébiscité outre-Atlantique, le chanteur décollera pour son « Process Tour » international dès le 6 février 2017. Amis parisiens, une escale est prévue à la Cigale le 11 mars prochain. Soyez vifs !

crédit : Andy Parsons

« Process » de Sampha est disponible depuis le 3 février 2017 chez Young Turks.


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