[LP] Romare – Love Songs: Pt. Two

Révélation 2015 de la scène électronique anglaise avec son 1er album « Projections » chez Ninja Tune, nommé LP de l’année dans DJ Mag et encensé par de nombreux médias, Archie Fairhurst alias Romare continu sur sa lancée un an après avec « Love Songs : Pt. Two ». Un album de house où le jazz et le blues de ses débuts se mêlent au funk et au psychédélisme.

Romare - Love Songs: Pt. Two

Découvert en 2012 avec « Meditations On Afrocentrism », cet EP programmatique installait déjà le style et les idées du jeune producteur, adepte des samples issus de la musique noire-américaine et de vieux documentaires. Sur une musique électronique downtempo, il développe des instrumentations dans la lignée du trip-hop des années 90. Puisant dans une riche histoire, Romare construit ses morceaux avec l’idée du collage hérité de son maître à penser : le peintre et écrivain américain Romare Bearden (1911-1988), chantre de l’art afro-américain qui mêlait dans ses toiles photos ethnographiques, peinture naïve et collages contestataires. De la superposition des images, nous sommes entrés dans la superposition des sons, d’un aller-retour entre le passé et le présent, à la manière d’un homme-orchestre qui pioche çà et là ce qu’il souhaite dans une vaste mythologie musicale, pour nous projeter dans une nouvelle réalité.

Ce nouveau projet est la suite d’un EP baptisé « Love Songs : Part One », paru en 2013 chez Black Acre. Sous la forme d’un album, Romare continu son cheminement sur le thème de l’amour : « des besoins sexuels primaires aux tendres premières rencontres, des amourettes aux vraies histoires ». Véhiculant une house où le rythme est ciselé avec précision, l’album surprendra par le tournant opéré le temps d’une seule année, développant davantage des boucles hypnotiques et minimalistes, sans délaisser fort heureusement ce même groove qui l’habite depuis toujours. « Who To Love » nous introduit à cette nouvelle architecture musicale, minimisant les effets de style au profit d’une voix féminine répétant langoureusement le mot « love », sur fond de claviers psychédéliques. « All Night » retourne dans cette veine afro-funk mêlée de percussions ancestrales, s’équipant au passage d’une basse ronde à souhait et récupérant quelques gimmicks du 1er album.

Et si l’on parle souvent d’électro-érudit pour qualifier son style très riche en référence, « Je T’aime » ne dérogera pas à la règle avec un sample du film de Truffaut « Jules et Jim », introduisant à cette mélodie des boucles traversées de micro-variations, jusqu’aux dernières minutes où la mélodie mute vers des formes délicates et langoureuses. Et si cette nouvelle vision psychédélique de sa musique s’entiche de la répétition comme sur « New Love », d’autres ballades synthétiques rappelant les nouvelles idées de St-Germain comme « My Last Affair » qui nous emportent dans un ensemble à la fois homogène et nuancé. Et n’oublions pas au passage quelques hymnes clubs tout en délicatesse, comme le sensoriel « Come Close To Me » ou le disco-psyché « Who Loves You ». Vous l’aurez compris, il est difficile de rendre justice à ce nouveau disque de par la qualité de ses compositions et la richesse qu’elles cachent, se combinant dans une nouvelle perspective artistique qui désarçonnera surement certains auditeurs, adeptes avant tout des échos jazz et blues de ses anciens projets.

Mais un artiste de sa trempe va forcément chercher à se réinventer et ne pas se laisser aller à la facilité d’une production calibrée. Une prise de risque sur ce « Love Songs: Pt. Two » qui s’avère complètement maîtrisée et nous emmène dialoguer avec les esprits, les voix et les sons d’un autre temps qu’il s’est réapproprié de façon très personnelle. S’il n’est pas le seul artiste à se remémorer la fin des années 90 et le tout début des années 2000 – époque où les samples fleurissaient un peu partout dans la musique avec une flopée d’artistes qui se renouvellent difficilement et s’incarnent surtout à travers le prisme de la nostalgie – Romare a su entreprendre une vaste archéologie de la musique afin de réinventer sa modernité. Il puise dans différentes traditions pour irriguer ses accords de claviers et nous offrir un paysage sonore harmonieux et vaste, nous rappelant avec d’autres comme Den Sorte Skole ou Nicolas Jaar, une chose simple : le sampling et l’électronique érudit ont encore de beaux jours devant eux.

Romare

« Love Songs : Pt. Two » de Romare, disponible le 11 novembre 2016 chez Ninja Tune.


Retrouvez Romare sur :
Site officiel – Facebook – TwitterBandcamp

Photo of author

Etienne Poiarez

Étudiant en master d’information-communication à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle. Éternel adepte de Massive Attack et passionné de cinéma, d'arts plastiques et de sorties culturelles.