[Live] Robert Plant aux Nuits de Fourvière

« There’s a feeling I get, when I look to the west », chantait Robert Plant, en 1971, dans « Stairway To Heaven ». Dommage, ces mots auraient pu constituer une parfaite introduction Mais c’est bien vers l’Est que file mon TGV, ce lundi 27 juillet 2015. Angers-Lyon aller-retour dans le cadre d’un partenariat entre indiemusic et le groupe AccorHotels. Comment tourner le dos à une telle offre ? La ville est belle. L’hôtel confortable, idéalement placé, et surtout l’artiste mythique !

crédit : Sébastien Michaud
crédit : Sébastien Michaud

Lyon écrasé de chaleur, les eaux vertes du Rhône et de la Saône : la petite ballade depuis la gare jusqu’à l’hôtel vaut bien quelques photos. Plant se souvient-il de la venue de Led Zeppelin en cette même ville, en 1973 ? Pas sûr. Son groupe pratiquait à l’époque une forme de tourisme rock’n’roll où le nom des groupies laissait sans doute plus de traces dans les mémoires que celui des cités visitées. Dans le quartier de la Place de la République, le Mercure Plaza m’offre quelques heures de cocooning. Accueil souriant, lit moelleux, télévision écran large et moquette épaisse : je souris en songeant au sévère traitement qu’aurait sans doute infligé à ce type de chambre le gang de Plant, un quart de siècle plus tôt…

À quelques heures du concert, après en avoir fini avec un gâteau de foie de volaille et un verre de Cote du Rhône, un jovial patron de Bouchon me rappelle involontairement l’importance de ma mission : « Déjà fini votre assiette ? Vous êtes un rapide vous ! Vous avez rendez-vous avec des filles ou quoi ?! » « Non, avec Robert Plant ! », « Qui ça ? », « L’ancien chanteur de Led Zeppelin… », « Ah oui quand même !!! ».
À mon arrivée au théâtre antique de Fourvière, surplombant la ville, des milliers de Lyonnais, eux non plus, ne semblent pas avoir oublié le pedigree de notre homme. Dans des arènes copieusement garnies se côtoient ex-babas cool, bons pères de famille venus éduquer leur progéniture aux saints évangiles rock’n’roll, jeunes metalleux. Les légendes, même solo, font toujours recette. Pour chauffer tout ce petit monde, le franco-italien Don Cavalli et ses musiciens distillent durant près d’une (trop longue) heure un blues rock dont seuls quelques effluves de substance prohibée venues des gradins parviennent à rompre la monotonie.

Les Nuits de Fourvière par Sébastien Michaud

« And now, ladies and gentlemen… ». Dès son arrivée sur scène, le héros de la soirée confirme qu’il en a encore sous la semelle. Entouré de ses Sensational Space Shifters, six musiciens de haute volée recrutés dans les entourages de Brian Eno, Portishead, ou encore Tinariwen, Robert Plant et son look de barde celte balance d’entrée un « Trampled Under Foot » propre à rassurer les plus nostalgiques.
Du Led Zep’, oui, mais à la sauce Plant 2015 ; traduisez un brin déroutant pour les puristes. La voix est là, intacte, mais à soixante-six ans passés, notre homme n’a pas l’intention de se la jouer simple « juke-box » et livrera durant la quasi-intégralité du set une version hybride, revisitée (world et électro) de son glorieux passé. À prendre ou à laisser.

Le concert est équilibré, entre standards de Led Zeppelin (« Black Dog », « Whole Lotta Love »…) et titres solos, issus en partie de « Lullaby And The Ceaseless Roar », son dernier album en date. Si l’intervention sur certains classiques du musicien gambien Juldeh Camara, muni de son riti, violon traditionnel africain à une corde, fait parfois grincer quelques dents, la présence du guitariste Justin Adams, elle, s’avère déterminante pour insuffler au show sa dose réglementaire de rock’n’roll. « Sans le blues du Mississippi, j’aurai sans doute fini expert-comptable », lance Plant.

Au premier rappel, « In My Time Of Dying », vieux standard repris par Led Zep’ en ses heures de gloire, vient nous confirmer que le chanteur n’a toujours pas le nez dans les chiffres. Point de batailles de coussins en revanche, dans les gradins, pour les derniers instants du set (une tradition pourtant bien ancrée pour les habitués de Fourvière) : Mister Plant, dit-on, en a fait la demande express… Peu importe, les plus âgés des festivaliers présents ce soir, à l’issue d’un « Rock’n’roll » cuvée « Led Zeppelin IV » exécuté en dernier rappel, n’auront eu aucune peine à retrouver leur âme d’adolescent.


Retrouvez Robert Plant sur :
Site officielFacebook

Photo of author

Sébastien Michaud

Journaliste radio sur Angers depuis une vingtaine d'années et auteur de biographies rock aux éditions du Camion Blanc.