Pixies à l’Olympia

On pouvait légitimement se demander si c’était bien raisonnable d’aller voir à nouveau les Pixies cette année.
On peut être pour ou contre les reformations, n’empêche revoir des groupes comme RATM, les Stooges, Soundgarden ou My Bloody Valentine reste toujours une expérience riche en émotion.

crédit : Arte
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Mais s’agissant des Pixies, cela fait maintenant 10 ans qu’ils arpentent les salles sur la foi de leur back catalogue sans apporter du neuf.
La dernière tournée avait tout du cadeau d’adieu parfait pour le fanboy : le groupe reprenant l’intégralité de son grand classique « Doolittle », et avec Kim Deal à la basse.
La belle est désormais partie et avec elle une partie de l’âme des Pixies.
La prestation live ne peut que s’en ressentir, puisqu’elle est la seule membre à apporter un grain de folie sur scène, alors que les autres restent statiques et concentrés.
Après ça, est-il vraiment opportun de retourner les voir une énième fois, et même plus avec le line-up original ?
On pourra toujours objecter que le groupe présente pour une fois des nouveautés, puisqu’il y a un mois sortait un nouvel EP dans l’indifférence générale. Mais est-ce suffisant ?

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Dans un Olympia plein à craquer pour le deuxième soir de suite, on commence doucement avec « In Heaven » suivi de la première chanson de leur dernier EP, « Andro Queen ». Dégagée du trop-plein d’effets qui la plombe sur disque, elle respire un peu ici et se montre plus agréable.
Le sol commence enfin à trembler avec « The Holiday Song », puis le public devient fou au bout d’un tiers de show avec « Broken Face ».
Il faut avouer que malgré tous les doutes qui nous ont envahis avant le début du show, la joie de les voir enchainer tout un tas de chansons uniques et excitantes reprend rapidement le dessus.
Car les Pixies sont quand même un sacré groupe, qui a sorti 4 classiques en 4 albums, et des chansons qu’Alex Turner des Arctic Monkeys ne pourrait composer même dans ses rêves les plus fous.

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Une moyenne de 2-3 minutes par morceau permet un beau passage en revue de leur carrière, avec quelques surprises par-ci par-là. Ainsi, le meilleur moment du show, un « Alec Eiffel » hallucinant, sucrerie dont le groupe avait perdu l’habitude de gratifier son public lors de ces années de reformation.
On a le droit à beaucoup d’extraits de « Surfer Rosa » et « Come On Pilgrim », véritable épine dorsale du show. Un choix avisé qui met invariablement la foule en transe et permet à Joey Santiago de sortir ses riffs rasoirs les plus acérés.
Autre grand moment, « Bagboy », le sous-estimé single sorti au début de l’été, au refrain imparable et seul nouveau titre qui peut se targuer d’être aussi bon que le Pixies des grandes années. Quand Joey Santiago et Frank Black se lâchent (« Baaaaaagboooooooooooooy !!!»), le résultat ne peut être que bluffant.

La nouvelle bassiste, qui a probablement le job le plus cool du monde, se fond dans le moule, en essayant de reproduire le plus fidèlement possible les voix de Kim Deal, malgré une basse un peu sous-mixée (hérésie, tant elle constitue la base du son Pixies). Mais le public ne boude pas son plaisir malgré tout et saute dans tous les sens. Nul besoin de la part des musiciens d’être extravertis, les chansons parlent pour eux.

crédit : Arte
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Pour conclure, « Where is my Mind », certes convenu, mais terriblement efficace. Il n’y a pas à dire, le gros sait gérer ses rappels. Malgré le poids des années qui pèse un peu sur sa voix, Frank Black est toujours capable de crier comme si sa vie en dépendait, et ainsi emmener l’auditoire dans une frénésie jubilatoire. Toujours aussi peu disert (il ne lâchera pas un mot de toute la soirée), il s’exprime avec brio par ses lignes de chant, mettant la foule à ses pieds comme un dictateur.

Pixies setlist

OK, on les a vus 50 fois depuis 10 ans, OK Kim Deal n’est plus là, OK les morceaux de l’EP sont loin du matériel original, mais on s’en fout, on sort le sourire aux lèvres. Ce soir on a vu les Pixies.

pixiesmusic.com
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Sébastien Weber

chroniqueur attaché aux lives comme aux disques d'exception