Le silence comme influence, comme instrument, comme lieu. Peter Broderick continue son introspection à grands pas de géant. Faisant suite à son fabuleux « Partners » sorti quelques mois plus tôt, le compositeur et multi-instrumentiste américain s’enferme entre quatre murs d’église pour transcender la sérénité du lieu, mais aussi de son art, toujours prêt à être étudié, torturé et exalté dans le son organique. En véritable continuum, « Grunewald » est une somptueuse révérence à 2016.

Une seule nuit suffisait pour capturer l’essentiel. Né entre les quatre murs de la discrète mais flamboyante église Grunewald, située dans la périphérie de Berlin, le nouvel EP de Peter Broderick est un raffinement de l’espace occupé, une exploration du partenariat de l’espace acoustique et de la performance solo du musicien au piano et au violon. « Entre 2008 et 2011, cet église berlinoise fut un haut lieu pour tout un groupe d’amis musiciens », nous confie Broderick. « Cela a commencé quand Nils (Frahm) l’a repéré pour enregistrer son album « The Bells ». Et puis, à tours de rôle, nous étions là tous les mois ou deux pendant un certain temps, soit pour des enregistrements, soit pour des concerts. Pour tous ceux qui aiment la réverbération, Grunewald est un rêve devenu réalité. Sa combinaison avec un bon vieux piano Bösendorfer a en fait un endroit parfait pour l’exécution et l’enregistrement de cet EP. »
Réfléchissant à la grandeur de la pièce et à l’interaction naturelle entre les instruments et leur environnement, les cinq morceaux de « Grunewald » sont un hommage à cet endroit inhabituel, vite devenu un havre de création pour toute une génération de compositeurs contemporains, mais aussi de paix car à contre-courant des mouvements d’une époque essoufflée et en quête de sérénité. Comme souvent chez Broderick, le recueillement que procure l’art musical est synonyme d’un travail en profondeur, riche de sens tant dans son expérimentation que dans les émotions qu’il procure. Les boucles répétitives de « It’s A Storm When I Sleep », relevant la part méditative et extatique de son œuvre – comme chez ses confrères Nils Frahm et Max Richter –, servent de contre-pied à un environnement d’un calme absolu (« Goodnight »), dans ces moments de lenteur et de pauses silencieuses où les notes peuvent enfin respirer et prendre une envergure jamais atteinte.
La profusion des harmonies, qui pour certains serait synonyme de qualité, est absente du travail de Broderick ; non pas par prétention, mais simplement par respect et servitude pour la musique. Il s’en sert uniquement et ne se la procure jamais. Il essaie de la connecter aux éléments pour ainsi lui rendre son âme originelle. Beau parti pris qui pourrait paraître fumeux et métaphysique, mais qui reste néanmoins salutaire et fondamental, surtout quand tout s’effrite autour de nous.

« Grunewald – EP » de Peter Broderick, disponible le 9 décembre 2016 chez Erased Tapes Records.
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