[Live] Oxmo Puccino à Stereolux : éloge de la lenteur pour un chansonnier apaisé

C’est une tradition nantaise : Stereolux vibre d’une chaleur singulière lorsqu’Oxmo Puccino s’y installe. Vendredi dernier, les 1200 spectateurs l’attendaient, au point que les sifflets d’impatience ont presque servi de prélude à l’entrée. Mais le tendre parrain du rap français aime déjouer les attentes.

Oxmo Puccino © Fred Lombard
Oxmo Puccino © Fred Lombard

Le concert démarre par une pirouette élégante : piano, violoncelle et flûte traversière en guise d’écrin de velours pour annoncer l’arrivée du King. Une carcasse apparaît dans le noir, puis le rappeur s’anime. Le ton est donné d’emblée avec l’acéré « Les meilleurs » suivi de « Toucher l’horizon » où le public se prête déjà au jeu des essuie-glaces, dans une communion instantanée.

L’opus récent est à l’honneur, notamment avec l’envoûtant et éponyme « La hauteur de la lune », porté par le jeu d’ombres sur fond de ciel nuageux et l’écho spectral de Vanessa Paradis. Mais la véritable trame du spectacle est la philosophie du temps.

Oxmo prend la parole, revendiquant son rôle de griot : « Je vais essayer de conserver chaque seconde donc je vais bavarder un peu. » Les titres « 365 jours » et « Léger » (« toujours flatté quant on m’traite de bobo »), introduit par un medley de vieux classiques, dessinent son manifeste : rester décalé face au travers des réseaux sociaux passé la cinquantaine.

C’est sur « 2cm à l’heure » que la thèse prend tout son sens. Argumenté par un rapport à la guitare hispanique joué au ralenti, le morceau est l’apologie de la lenteur. Oxmo mime ses paroles, passe du clown au poète en un mouvement, alternant les classiques plus ludiques comme « Cactus de Sibérie » ou « Lipopette Bar ». Il se dit alors le « rappeur de l’amour », et la transition vers « J’te connaissais pas » résonne puissamment : « Ma vie était grise pour une seule raison, je ne te connaissais pas… ».

L’émotion monte d’un cran. La scansion se fait plus urgente sur « Mal au mic » ; l’image du poing gauche levé dans le halo de lumière blanche dit tout de l’énergie intacte, héritée de la « colère » du siècle dernier.

La séquence émotionnelle, intense, arrive avec la trilogie du cœur : « L’enfant seul », toujours magnifique, puis la poignante « Fête des pères »« avoir un père, on n’a pas tous eu la chance » — pour s’achever sur l’atmosphère jazzy et les samples de « Jardin d’hiver ».

Après « Sucre pimenté » et les remerciements, la scène se vide pour le moment de virtuosité technique : la performance solo de Mr Viktor. Triple champion du monde DMC, le musicien offre une démonstration de génie musical et de dextérité digitale, rappelant l’orfèvrerie qui se cache derrière chaque titre, avant de laisser Oxmo revenir pour le rappel sur « Mama Lova » et « Plus loin que soi ». Bienveillance et humilité.

Le rappeur nous quitte, ayant rappelé à 1200 personnes que le temps le plus primordial est celui que l’on choisit de prendre.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques