[LP] Lenparrot – And Then He

Deux ans ont suffi au Nantais Romain Lallement pour faire mûrir son épopée solitaire. Véritable rêve éveillé, son premier album, « And Then He », nous transporte dans un univers sonore où résonne une musique qui jongle entre émotions vives et tribulations passionnées, toujours portée par sa forte singularité vocale.

Réminiscence. Le 10 avril dernier, je me réveille avec un goût amer en bouche. Comme si on m’avait enlevé quelque chose. Quelque chose que je transportais avec moi et qui donnait de la couleur à mes journées. Quelque chose de beau. Rappel des faits : la veille, je me tiens debout dans la salle micro de ce cher Stereolux, en train d’applaudir de tout mon être un groupe achevant un concert d’une amplitude et d’une énergie remarquables… chargé en émotions, de surcroît. Oups, « concert d’adieu », aurais-je du préciser. Champagne et larmes furent au rendez-vous pour le quintet nantais Rhum For Pauline. Entre deux giclées, je réceptionne un des deux maracas du groupe lancé à la volée par son chanteur Romain Lallement, dans un élan de communion avec le public. Depuis cet instant d’anthologie, je conserve au plus près de moi le maraca marqué « Main gauche – LUV R4P 9.4.16 ♡ ». Aujourd’hui, en novembre 2017, la percussion me fait toujours face en écrivant ces lignes. Si les émotions de l’époque appartiennent dorénavant au passé en restant figées sur cet objet, celles qu’il éprouve aujourd’hui sont très certainement palpables dans son nouveau long format, « And Then He ».

Avec une carrière solo déjà remarquée lors de la sortie de son premier EP, « Aquoibonism » (2015), et un deuxième coup d’essai avec « Naufrage » (2016), Lenparrot revient aujourd’hui accompagné de son premier long format, intitulé « And Then He ». Produit par Julien « Aquaserge » Gasc et mixé par Pierre-Alexandre « Yuksek » Busson, il marque le paysage pop français d’un souffle de fraîcheur qui intrigue. Si les terrains d’inspiration de l’artiste sont riches et variés, la substance de son projet semble prendre racine dans les premières amours musicales d’un certain Baxter Dury. L’Anglais, qui intitula son premier album « Len Parrot’s Memorial Lift », apparaît comme la Grande Ourse dans le ciel étoilé que le Nantais nous présente ici.

crédit : Gregg Brehin

Le périple de Lenparrot commence par un atterrissage sur « Monday Land ». Un titre qui pourrait logiquement s’apparenter au néologisme « Aquoibonism ». Une entrée en matière sous le signe de la confrontation et de l’aveu, comme l’annonce notre protagoniste d’entrée de jeu : « I once tried to stand up against your man ». De sa voix suave et pénétrante, il pose le décor d’un premier album qui s’annonce dès lors détonnant.

La suite nous porte vers un univers intemporel où s’impose une mélancolie profonde. « A Boy with a Golden Smile » est un titre planant qui n’hésite pas à puiser dans des instruments classiques pour lui donner une dimension sensible et mélancolique. Sur « Inner Place », on retrouve ce même univers. Définitivement, ce dernier atteste d’une introspection mise en avant par les boucles furieuses de synthétiseur dont l’artiste a le secret. Le voyage ne s’arrête pas ici et prend une tout autre dimension sur « Masculine ». Fermez les yeux, la fiction est au rendez-vous : une touche jazzy, un décor qui semble en mouvance et une intrigue contée par la voix rocailleuse de Romain pourraient constituer les ingrédients d’une bande-originale de film.

Avec « 3 », ce qui suit prend des airs d’interlude sublimé par la voix omniprésente du Nantais, qui nous offre une performance épurée mais efficace. Les hostilités reprennent sur de longues notes de clavier aux allures de drone qui semblent figer le temps. Le sixième titre, « Spidermouth », puise ainsi dans des sonorités hypnotiques progressant vers un état de plénitude avancé. Une belle transition s’amorce avec « Vincent » : comme lorsque l’on lorgne sur une boîte à musique abritant une petite danseuse étoile en son sein, on est capable de sentir la profondeur et l’émotion d’un souvenir ravivé. Et c’est ce que la voix de Romain s’attache à nous faire ressentir, tout en semblant si loin de nous. Sur cette même vague d’intenses émotions, on retrouve le progressif « Woe Betide You », où le piano et les percussions mènent la danse vers un avenir rayonnant et hédoniste. Cette utopie ne sera que de courte durée, les deux titres suivants donnant une tonalité dramatique au fil rouge de l’album : les très bons « My Gardener », « Nowhere Slow », avant l’œuvre collective « Ur Boat » en bien belle compagnie féminine de Juliette Armanet, Fishbach, Cléa Vincent et Michelle Blades. La clameur de l’été, les pensées dérivantes nous noient à chaque vision de ce clip sublime.

« Gena », c’est une autre affaire : c’est cette fille-là, la même qui fait des apparitions dans tes rêves les plus charnels. La musique choisie par Lenparrot pour la mettre en volume est ivre d’originalité et ne tarde pas à marquer les esprits. Les notes de synthé donnent un ton rétrograde à l’univers dépeint par l’artiste. Par ailleurs, l’entame « And then the bartender told me to go home » signe un clin d’œil complice au « And Then He » inscrit sur la pochette de l’album.

La clôture de l’opus a, elle, des allures de symbiose. Ce sont en deux parties que se déroule ce dernier acte. La première est honorée toute en instrumental, le synthétiseur s’adonnant à des tonalités très cosmiques, puis « And then he », titre comme album, prend fin avec quelques mots de son auteur et la complicité d’un piano, symbole de son éternelle sensibilité.

Lenparrot invite ses plus fidèles aficionados à venir célébrer la sortie de ce premier album au Point Éphémère le 18 novembre prochain.

« And Then He » de Lenparrot est disponible depuis le 10 novembre 2017 chez Jour Après Jour Records.


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