[Interview] LABOTANIQUE

Certains disques ont peut-être besoin d’un mode d’emploi, pour être appréciés à leurs justes valeurs ? Le deuxième EP, « 47e parallèle », du duo LABOTANIQUE ne nous aura pas de suite révélé toute sa subtilité et son intelligence. Mais comme par magie, notre travail consciencieux précédant l’interview de Ronan et Thomas, à quelques jours de la sortie de ce délicieux format court, nous aura progressivement ouvert les portes d’un univers passionnant et foncièrement original, et l’œuvre entière de deux artistes talentueux et réellement inspirés. Retour sur cette belle rencontre téléphonique, et le début d’un de nos coups de cœur 2019, aussi bien humain que musical.

crédit : Nicolas Plessis & Elliot Jlvt – Collectif Cela
  • Thomas, Ronan, pour commencer, je dois vous avouer que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans « 47e parallèle ». Ce disque a été finalement ma première rencontre sonore avec vous. J’ai dû repasser par la case de « L’aventure des plantes », où j’ai trouvé que les codes du rap sont peut-être plus présents que sur ce nouvel EP. Il a facilité mon immersion dans votre univers. Il existe une vraie évolution stylistique entre ces deux disques, comment pouvez-vous l’expliquer ?

Ronan : Je vais répondre plus du côté du texte, et je vais laisser Thomas répondre pour l’aspect instrumental. De mon côté, j’ai toujours été influencé par le rap, mais aussi par la chanson française, celle de Brassens, Moustaki, Alain Souchon. Ce sont vraiment des artistes que je considère presque comme des amis, car je les ai énormément écoutés. J’avais envie que transparaisse ce côté chanson française sur mes textes et sur ma diction, qu’elle soit rappée, chantée, slamée. J’avais envie d’offrir ces possibilités à ma voix et développer un peu plus ce côté chanson française. Du coup, c’est beaucoup plus hybride qu’avant, et certainement moins rap.

Thomas : Pour compléter, ce que dit Ronan, c’est vrai que ce premier EP, « L’aventure des plantes », est peut-être plus accessible, parce que nous sommes plus dans les codes du rap, textuellement, mais aussi musicalement. Et son titre rappelle aussi directement notre nom. Mais avec ce nouvel EP, « 47e parallèle », c’est peut-être une prise de risque : nous sortons de la jungle et nous explorons les villes. C’était aussi notre ambition que d’évoluer vers des sonorités plus hybrides, et peut-être plus actuelles, notamment par rapport à ce rap qui se métisse de plus en plus à la chanson française, et amène d’autres esthétiques musicales comme l’indie pop sur « Bleu cobalt », des sonorités synthwave sur « Polaris ». Il y a aussi une évolution musicale, qui nous paraît assez naturelle, par rapport aux musiques que nous pouvons écouter actuellement et toute la tendance pop urbaine que nous aimons beaucoup.

  • À l’époque du streaming, de l’écoute de la musique comme un flux, peut-être que la clef pour pénétrer dans « 47e parallèle » serait de l’appréhender comme un tout, et ne pas nécessairement chercher le hit, même si « La boîte à musique » pourrait jouer ce rôle. Quelle a été l’idée de départ de ce disque ?

Ronan : Juste pour rebondir, c’est marrant que tu dises ça, parce le titre « La boîte à musique » est un titre que nous pensons clipper, parce qu’il nous semble être le plus fédérateur et le plus accessible. Effectivement, cet EP, il est pensé comme un voyage en différentes étapes. L’idée directrice est liée au fait que Thomas et moi, nous avons passé du temps à l’étranger, moi au Pérou et Thomas en Russie. Nous avons fait un constat en revenant de ce long moment, presque six mois chacun pendant nos études. Au moment du retour en France, quand l’avion se pose, il y a un sentiment assez déroutant et assez agréable en même temps, de se sentir touriste dans son propre quotidien. Être dans sa ville, dans ses souvenirs, dans des endroits familiers, avec sa famille, avec ses amis, mais, en fait, regarder les choses tout à fait autrement, comme étant d’un autre pays. C’est ce sentiment que nous avons voulu explorer : se sentir touriste. C’est pour ça que nous avons appelé cet EP, « 47e parallèle », parce qu’il fait penser aux parallèles sur la terre, à la géographie, et donc aux voyages. C’est vraiment l’idée de départ, qui est d’ailleurs expliquée dans le générique de l’EP, ce retour ici, de ce côté de l’Atlantique et le fait de porter un regard extérieur à notre vie de tous les jours.

  • Est-ce que cet EP raconte à sa manière, votre ville Nantes ?

Ronan : Oui, un petit peu, dans le sens, où la ville de Nantes est celle où nous vivons. Dans la chanson « Ma ville a son charme », le texte parle d’une ville, mais en fait, nous avons voulu la construire pour que chacun puisse y reconnaître sa ville, mais en tout cas, pour nous, cette ville, c’est Nantes, parce que c’est des souvenirs, des expériences, des petits détails. « Ma ville a son charme » est construite sur plein de détails, comme une sorte de ballade dans la ville. Ces détails viennent effectivement de la ville de Nantes. Et le 47e parallèle passe au-dessus de Nantes, c’est pour ça que nous l’avons choisi.

  • Je n’ai pas ressenti votre propos comme une véritable déclaration d’amour à cette ville, mais plutôt comme des sortes d’instantanés poétiques et sensibles. J’ai l’impression, vu de loin, que Nantes est en pleine expansion, qu’elle se transforme en permanence et très rapidement. Est-ce que ce disque est aussi une façon de se réapproprier cette ville qui, quelque part, vous échappe ?

Ronan : Moi, personnellement je n’ai pas grandi à Nantes, donc j’en ai une vision finalement très récente. Je n’ai pas vraiment de recul.

Thomas : Je pense que cette chanson, « Ma ville a son charme », il faut la comprendre comme une déclaration d’amour aux villes dans lesquelles nous vivons, et plus particulièrement les métropoles dans lesquelles des millions d’habitants sont entassés. Mais une déclaration plutôt du style « Je t’aime, moi non plus ». C’est à la fois ces moments d’amours très forts que nous pouvons avoir, ainsi que ce sentiment d’appartenance et en même temps, ces envies de rejets qui sont liées à la surpopulation, nos modes de vie. C’est un mode de pensée, qui pourrait se substituer à celui de Parisiens. En fait, que ce soit Ronan ou moi, nous sommes originaires de la banlieue parisienne. Maintenant, nous habitons à Nantes depuis un moment, mais voilà comment notre pensée s’est construite autour de ce morceau.

Ronan : Mais effectivement, nous pourrions faire un parallèle avec les chiffres : on nous annonce, je ne voudrais pas dire de bêtises, l’arrivée de plus de 500 000 personnes d’ici 2050 à Nantes. Ce qui est gigantesque. Ces villes auxquelles nous sommes attachés, qu’est ce qu’elles sont en train de devenir ? Dès le début de la chanson, se construit comme une relation avec une femme.

(Il se lance dans une interprétation a capella proche du slam en reprenant le texte de la chanson).

« Relation ambigüe avec cette ville, une bagarre incessante, balafrée d’indifférence, je souhaite souvent te quitter, lassé de ta silhouette, de tes rythmes effrénés. Mais loin de ton égocentrique planète, je cesse de tourner. »

Thomas : On se rend compte que dans ces villes, il y a des débordements, de la pollution, plein de choses qui ne se passent pas bien, plein d’éléments qui feraient que nous pourrions les haïr, mais en même temps, elles nous attirent toujours autant. C’est le cas de Nantes, car elle est en train de changer, les vrais Nantais doivent s’en rendre compte, ceux qui ont grandi là. Mais en même temps, ils sont tellement amoureux de leur ville, qu’ils ont du mal à faire la part des choses entre le négatif et le positif. Finalement, c’est des trucs un peu insaisissables, je trouve, le fait d’aimer un endroit. Comme disent les Allemands, le « Heimat » je crois, ce n’est pas forcément l’endroit d’où l’on vient, mais l’endroit où on se sent chez soi.

  • Dans les interviews, nous avons peut-être trop souvent recours à des comparaisons stylistiques, qui peuvent être réductrices. Peut-être que nous oublions que chacun peut être influencé par une multitude de choses. Qu’est-ce qui vous a profondément inspiré lors de la création de ce disque ?

Ronan : En premier, je citerais le livre « Tristes Tropiques » de Claude Lévi-Strauss. Pendant que nous composions ce disque, je le lisais. Enfin je le relisais, parce que c’est à peu près la quatrième fois que je le commençais. Mais cette fois-ci, j’avais vraiment envie d’aller au bout, mais je ne savais pas vraiment pourquoi. Il y a un passage à l’intérieur du livre, où il parle d’une forêt, il la compare à une ville. C’était assez marrant, parce que nous étions en pleine composition, je me suis rendu compte que c’était ce passage que je cherchais dans le livre. Inconsciemment bien sûr, j’ai eu l’impression que c’était un peu une révélation qui m’était faite par cette lecture. Je pense que nous pouvons avoir des révélations dans plein d’œuvres, car quand nous cherchons quelque chose, nous pouvons le trouver un peu partout. C’est un élément important ce livre de Lévi-Strauss. Je suis assez fan de littérature, et pas mal d’auteurs m’inspirent : Saint-Exupéry avec « Terre des hommes » que je prendrais en exemple. Il est dans son petit avion tout seul, il est hyper libre, il regarde ce qu’il se passe en dessous, il y a un point de vue omniscient sur les choses, le fait d’observer. Dans mon écriture, il y a pas mal cette observation, le fait de regarder ce qui se passe, avec des notions d’errance, de ballade. D’un autre point de vue, il y a une question que je me pose souvent dans ma pratique, c’est le lien entre le langage et le visuel. Je me demande toujours si j’ai d’abord des images ou d’abord des mots. Vraiment, c’est quelque chose qui me questionne beaucoup ce lien entre les deux. Du coup, je suis très attaché à la peinture, je vis avec des artistes comme Van Gogh, les impressionnistes ou même le surréalisme. Il y a vraiment plein d’influences. Si nous prenons l’exemple de « Bleu cobalt », nous pouvons faire le lien avec Yves Klein. Mais aussi des influences du film « Pierrot le Fou » quand il se peint en bleu. Je pense que le point commun entre toutes ces œuvres, c’est cette liberté et cette volonté de résister contre l’instinct grégaire, si je puis dire.

  • Il y a vraiment une symbiose entre le texte et la musique dans votre création. Est-ce que chacun de vous deux a son domaine réservé ou au contraire, chacun peut mettre son grain de sel dans le domaine de l’autre ?

Thomas : Nous avons chacun notre domaine de prédilection, pour ma part, la musique, pour Ronan, l’écriture, l’oralité. Auparavant, nous avions une façon de travailler qui était vraiment celle du monde du rap, à savoir une instru sur lequel est posé un texte, qui est une expression assez forte, puisque c’est c’est presque un texte qui vient s’écraser sur l’instru ou écraser l’instru ; cela dépend comment nous le voyons. Sur ce disque, nous avons vraiment pris le temps d’échanger, d’interroger le processus créatif, l’intention créative de l’autre, même si nous n’avons pas toujours les mots, et que tout ça touche beaucoup à l’ego. Mais nous avons beaucoup travaillé à remettre en question nos acquis pour produire quelque chose d’atypique, d’original, qui nous correspond, mais tout en s’appuyant sur des références externes, et pas forcément des références musicales d’ailleurs. Je prends un exemple trivial, mais l’utilisation de couplets aux mesures impaires : dans la musique, nous pourrions dire « ben non, quand c’est du 4/4, nous faisons les mesures paires ». Potentiellement, ce sont des choses qu’en tant que musicien, nous ne remettons pas trop en question. Mais ce qui est intéressant c’est que Ronan, il va venir questionner ça. Il va dire « Mais, moi, je trouve que ce décalage est intéressant par rapport à celui présenté dans le texte ». Ou à l’inverse, sur de l’écriture, de refrains par exemple, sur des choses à simplifier, cela m’arrive d’être force de propositions auprès de Ronan. Nous essayons de plus en plus d’avancer comme ça, pour avoir une création qui est celle d’un duo et pas celle d’un beatmaker plus un rappeur.

Ronan : Disons que Thomas a un langage beaucoup plus musical que moi du fait de sa formation. Et moi, peut-être plus spontané vu que je suis autodidacte. Nous avons vraiment une volonté de mettre en commun ces deux langages, de les faire dialoguer, pour créer une entité qui est LABOTANIQUE. Il y a vraiment une notion de groupe dans ce projet.

  • En faisant des recherches sur vous, j’ai découvert plein de dimensions dans votre projet. Cela m’a permis d’écouter différemment votre EP par rapport à la première écoute, j’étais certainement plus disponible pour me laisser bercer par le rythme très particulier du disque, presque nonchalant, et bien sûr de me laisser embarquer par vos histoires. Je vois du coup en vous, avant tout des conteurs que ce soit d’un point de vue littéraire et musical.

Ronan : C’est marrant, en écoutant ta question, je pensais justement à notre live, nous lui avons donné le nom « Voyage au-dessus du 47e parallèle ». Notre idée est de raconter des histoires et d’amener l’auditeur dans des contrées, où il ne va pas forcément. Du coup, je pense effectivement que la notion de conte peut être accolée à notre musique et à notre manière de faire.

crédit : Nicolas Plessis & Elliot Jlvt – Collectif Cela
  • Cela veut dire qu’il y aura un dispositif particulier sur scène ?

Ronan : Pour l’instant, nous travaillons surtout sur l’interprétation scénique, nous avons un gros boulot, sur la construction du set. Nous n’avons pas encore travaillé à une mise en scène particulière, mais en tout cas, il y a vraiment la notion de partir d’un point A et d’aller à un point B avec le spectateur. Il n’y a pas plein de morceaux de façon éclatée, il y a vraiment une histoire qui se raconte, et du coup, les inter chansons sont très importantes dans le spectacle. Nous n’irons pas jusqu’à dire que c’est du théâtre, parce que nous n’avons pas cette prétention, et cela reste avant tout de la musique. Mais en tout cas, il y a cette volonté d’emmener le spectateur d’un endroit à un autre, de le balader sur terre et dans l’espace.

Thomas : Ce qui est intéressant sur le live, ce que nous proposons à la fois des titres du premier EP « L’aventure des plantes » qui ont été réadaptés et ceux de « 47e Parallèle ». Nous avons donc cette progression de la jungle vers la ville. Et à la manière de deux explorateurs, Ronan et moi, nous développons, nous décrivons les tableaux qui se présentent à nous. C’est finalement, une proposition de concert, mais elle s’envisage comme un tout, avec un début et une fin. C’est pour ça que nous aurions tendance à parler de spectacle.

  • On s’éloigne donc carrément de ce que nous pourrions retrouver classiquement dans l’univers du rap, qui serait de l’ordre du show.

Ensemble : Carrément !

Ronan : C’est sûr que quand nous citons des rappeurs, nous irons vers Gaël Faye et Odezenne, qui sont déjà à la marge du rap, enfin, disons qu’ils pratiquent un rap particulier. Mais par contre, cela a déjà été fait par des rappeurs, je pense par exemple, à Oxmo Puccino avec les Jazzbastards, pour son album sur Blue Note, « Lipopette Bar » (NDR : sorti en 2006) où il racontait toute une histoire sur fond de mafieux, voilà ce genre d’approche existe aussi dans le rap… (Thomas, suggère à Ronan en chuchotant) et Alice au Pays des Merveilles, son projet avec Ibrahim Maaloouf (NDR ayant donné lieu au disque « Au pays d’Alice… » sorti en 2014).

Thomas : C’est une très bonne question. C’est une prise de conscience qui s’est révélée à nous avec le travail scénique et la réalisation de ce deuxième EP, disons plus pop : LABOTANIQUE ce n’est pas du hip-hop au sens fondamental du terme. Nous n’allons pas crier « Put your hands up » pour faire lever les mains dans la salle. (Rires) Ce n’est pas notre envie, ce n’est pas notre propos.

  • Les musiques populaires ont souvent été marquées par des phénomènes de starification, une quête de notoriété… Et chez vous, au contraire, je perçois dans votre univers, sur votre site, vos artworks une forme de sobriété, qui place au premier plan, votre œuvre avant vos personnes. Je trouve ainsi que vous avez trouvé un bon équilibre entre création, innovation, médiation et j’aurais presque envie de dire militantisme. Quel rôle ont, selon vous, les musiciens, et plus généralement les artistes dans la société ?

 Ronan : Ouh, la grande question.

  • Peut-être plus simplement, quand vous montez sur scène, quand vous composez un disque, est ce que vous avez l’impression que vous avez un message à faire passer au public ?

Ronan : Forcément, ne serait-ce que dans ce disque, il y a pas mal d’idées qui se baladent. Mais en tant que groupe, en tant qu’artistes, nous avons toujours cette volonté de ne surtout pas être donneurs de leçons, mais d’être objectifs et de peindre des situations. C’est un peu le cas, dans « Bleu cobalt ». L’idée n’était pas de dire « Vous êtes tous des trous du cul, avec votre smartphone en permanence vissé sur le nez ». Mais au contraire, c’était de mettre au regard cette relation entre deux personnes, et comment le téléphone peut nuire à cette relation. Je trouve intéressant de décrire les choses avec une certaine finesse, de ne pas être dans de grands traits qui sont un peu trop souvent utilisés par les médias, par des chaînes comme BFM ou je ne sais quoi. Je pense que la culture est nécessaire, elle fait passer un message, elle fait évoluer les mentalités, elle crée le dialogue entre les personnes. Et je crois que ce n’est pas toujours un cadeau, que d’offrir des choses prémâchées, des choses simplistes, alors que les relations humaines sont éminemment complexes. Les simplifier sans cesse, ce n’est vraiment pas un cadeau. De ce point de vue là, notre musique est engagée, nous sommes engagés, en portant un message que nous pourrions qualifier d’humaniste.

crédit : Nicolas Plessis & Elliot Jlvt – Collectif Cela
  • Qu’est-ce que nous pouvons vous souhaiter pour la suite ?

Ronan : Nous espérons comme tout artiste, être écouté, que l’on parle de notre EP. Nous faisons de la musique pour la partager, pour en parler, pour en discuter. Et bien sûr, la défendre bientôt sur les routes.

Thomas : Nous aurons quelques dates avant septembre, mais plus dans des cafés concerts. Et nous partirons vraiment en tournée en septembre.

Ronan : Nous ne voulons pas mettre la charrue avant les bœufs, nous sommes en train de peaufiner le live.

Thomas : Tout cela est très chronophage. Avec LABOTANIQUE, nous sommes très attachés à tout faire par nous-mêmes. Heureusement, nous avons autour de nous, une équipe de plus en plus solide et soutenante. Mais en tant que groupe émergent, nous devons faire nos preuves et plus simplement sur la musique, mais aussi dans notre capacité à pitcher notre projet, à faire du réseau, à produire d’autres contenus que la musique. J’ai réalisé le clip du morceau « Générique », Ronan a réalisé la pochette de notre disque. Nous prenons le temps de faire les choses bien, parce que c’est nécessaire. C’est très important pour nous que le public perçoive notre sincérité.

Ronan : Je reviens à ta question sur le rôle des artistes, et bien pour faire de jolis projets, pour la création, il y a besoin de temps. L’accélération permanente de notre société n’est pas forcément facile pour les artistes. Mais je pense à un musicien que nous aimons beaucoup, qui s’appelle Flavien Berger, qui a sorti un super album (NDR son titre est « Contretemps »), enfin, personnellement, je pense que c’est le meilleur album sorti en 2018 ! Ça s’entend qu’il a pris le temps, pour construire son propos, pour composer sa musique. Il le dit même dans une chanson : « J’vais pas vous faire un album en deux jours ». Prendre le temps, c’est un gage de qualité, en somme ; arrêter de courir tout le temps. Malheureusement, c’est ce que nous voyons de plus en plus dans notre société, notamment sous l’impulsion des réseaux sociaux. En fait, ce n’est pas parce que nous en faisons plus tout le temps, que nous profitons plus du temps justement.

Fin

Depuis notre entrevue, LABOTANIQUE a fièrement sorti son EP « 47e parallèle », et vu notamment la radio FIP, playlister le titre « Ma ville a son charme », ce qui, mine de rien confirme que ce duo a décidément ce petit quelque chose de spécial. Début mai, Ronan et Thomas ont présenté pour la première fois, leur live dans le cadre du festival Les 48h de l’agriculture urbaine de Nantes, et embarqué les chanceux et chanceuses présents ce jour-là dans un délicieux voyage musical entre le végétal et l’urbain. Il nous tarde d’embarquer à notre tour en leur compagnie, et pourquoi pas lors de leur tournée d’automne annoncée que nous ne manquerons pas de mettre en lumière sur indiemusic.


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