[Live] La Route du Rock 2017, jour 2

L’édition 2017 de la Route du Rock était ensoleillée et traversée de concerts tantôt décontractés – voire flegmatiques-, tantôt ébouriffants et débordant d’une énergie sauvage. Si d’autres artistes ont su nous captiver avec des prestations hiératiques, ces trois soirées chargées ont également eu leur lot de déceptions, voire de ratages. Retour sur les temps forts et les temps faibles du deuxième jour de cette 27e édition globalement réussie.

Future Islands – crédit : Cédric Oberlin

Article par Maxime Antoine et Sébastien Michaud
Photographies par Cédric Oberlin et Luis Amella (amdophoto)

Back to the roots pour ce premier concert du samedi, avec les Anglais de Cold Pumas. Les racines en question étant à chercher du côté du début des années 80, à l’époque de la sortie du premier album de New Order. Le groupe de Brighton offre en plein jour une prestation sérieuse, mais manquant peut-être un brin de personnalité. La faute sans doute à ces guitares faisant habilement, mais trop souvent la jonction entre « Movement » et le « Unknown Pleasures » de Joy Division. Et comme un des gratteux ressemble vaguement à Ian Curtis… Bref, on recherchera plus facilement la singularité de Cold Pumas chez son chanteur, un barbu adepte du total « non-look », manquant très nettement de charisme, mais faisant également office… de batteur ! Respect, donc.

De retour au festival après une première prestation remarquée en 2013, les New-Yorkais de Parquet Courts n’ont pas déçu. Ce groupe possède un vrai son, imprégné de post-punk, où surgit parfois avec insistance l’ombre de Television, mais sa capacité à varier les rythmes et humeurs de ses compositions est réellement bluffante. Un post-punk à géométrie variable, tantôt nonchalant tantôt énervé, et souvent sous enrobage pop à l’image de ce « Human Performance » irrésistible, exécuté vers le début du set et qui aura même réussi à nous faire oublier l’hideuse chemise bariolée du chanteur-guitariste Andrew Savage…

Le concert d’Arab Strap, sans doute le plus connu des groupes à se produire sur la petite scène des Remparts, était très attendu par une bonne partie des festivaliers. Côté son, c’est irréprochable, les sonorités électriques se mêlant à merveille au rock éthéré et lent du groupe qui égrène ainsi des compositions mélancoliques et suspendues. Le charme fonctionne pour visiblement presque tout le monde, mais nous laisse sur le bord de la route tant leur prestation ne nous paraît jamais réellement décoller. Beaucoup de maîtrise dans ce set froid et un peu sans âme qui ne parvient aucunement à nous faire entrer dans son univers ou à nous émouvoir : une déception donc, mais visiblement pas partagée.

De retour au Fort Saint-Père trois ans seulement après sa première apparition, Temples a délivré devant une foule archi-compacte une prestation solide ; le chanteur-guitariste James Bagshaw dévoilant au passage une nouvelle coupe de cheveux sans doute destinée à enterrer définitivement sa réputation de clone de Marc Bolan. Comme on pouvait s’y attendre, le groupe ouvre le show sur « Certainty », tube certifié issu de son dernier album en date, « Volcano », puis enchaîne ses hymnes rétro-psyché-pop avec une maîtrise proche, pour les esprits les plus grincheux, du pilotage automatique. Seule vraie surprise, en fin de set, la présence de « Open Air », titre que le groupe n’avait apparemment pas l’intention de jouer au départ. La belle grosse machine huilée a donc toujours une âme. Ouf…

C’est ensuite au tour des Écossais de The Jesus and Mary Chain d’investir la grande scène. Ah, il est loin le temps où les frères Reid s’empoignaient backstage au point de faire craindre l’annulation de leur concert, où les amplis étaient poussés à 11, et où leurs performances, dos au public, dépassaient à peine les 30 minutes… C’est pile à l’heure, et sous un volume sonore d’abord étonnamment sage que déboulent sur scène les inventeurs de la noisy pop. 32 ans après la sortie de leur mythique premier album « Psychocandy », les frères Reid ne distillent peut-être plus un parfum de chaos, mais leur son a remarquablement traversé l’épreuve du temps, tout comme la voix de Jim, tenant durant tout le set la dragée haute aux strates de guitares en fusion du frangin. Opérant dans l’ombre et les fumées artificielles, comme à son accoutumée, le groupe confirme son retour gagnant dès le 3e morceau « Head On », une des pépites de « Automatic », puis gagne progressivement en puissance et en épaisseur , laissant les fans se noyer définitivement dans les rêveries soniques de « Some Candy Talking », « Just Like Honey » ou « Reverence », titres appartenant à l’histoire avec un grand H et occasionnant même pour  les gamins de 20 ans, venus en curieux, un sourire béat. Grand Moment.

Difficile pour les affreux jojos rigolards de The Black Lips de passer derrière un concert aussi massif et maîtrisé, et l’échec de leur prestation n’en est peut-être qu’à tempérer tant nous étions encore sous le coup de l’émotion – et à moitié sourds – après le concert des Écossais. Néanmoins, on ne pourra nier que les Black Lips passent à côté de leur concert et nous avec, tant le son était inaudible. Pensant tout d’abord souffrir de l’effet « mur » du concert précédent, nous nous approchons de la scène et des enceintes, mais rien n’y fait, même de près ce n’est là qu’un fatras inaudible de guitares garage à volume pas suffisamment fort pour qu’il s’y transmette une quelconque énergie, et la voix est complètement noyée dans le tout. On entend mieux les gens qui râlent autour de nous que la musique qui sort des amplis, et rapidement, même les rouleaux de PQ joyeusement lancés par le groupe ne savent raviver la flamme et maintenir un intérêt en chute libre pour un groupe dont on avait pourtant d’excellents souvenirs sur scène. Sans doute la plus grosse déception du festival, mais qu’il est difficile d’attribuer totalement au groupe tant la part technique du désastre semble importante.

Heureusement ce soir-là, le festival a encore quelques cartes à jouer pour nous remonter le moral et nous convaincre de rester encore un peu sur place avant d’aller dormir. Future Islands tout d’abord, dont on retrouve avec plaisir la chanteur fou Samuel T. Herring quelques années après la tournée du premier album. Si le second disque était moins réussi, sur scène la magie opère toujours, grâce à la force des compositions, qui reposent toutes sur la même formule gagnante d’une section rythmique post-punk vraiment prodigieuse et de nappes de synthé mélodiques et mélancoliques, alliance sur laquelle Herring vient greffer sa voix hors du commun et sa présence scénique polarisante. On adhère ou non à sa démarche de gorille blessé et à ses inflexions de voix rauques et plaintives, mais pour peu qu’on y soit sensible, difficile de décrocher ses yeux de la scène de tout le concert tant le bonhomme est à la fois touchant et captivant. Le public, dont une bonne partie semble ne pas connaître le groupe ou ne jamais les avoir vus sur scène avant, semble en tout cas conquis. Et lorsque le groupe décide enfin de nous gratifier de son tube intemporel « Seasons (Waiting on You) », un peu d’allégresse vient se greffer à cette musique pourtant pleine de détresse et de fragilité.

Après une pause d’une heure pas franchement bienvenue, Soulwax s’installe sur la grande scène avec un imposant dispositif. Des néons, trois cages en noir et blanc et des stroboscopes viennent servir d’écrins rutilants pour leurs musiciens, dont la force de frappe est incarnée par les trois batteurs qui triangulent le tout. Leur dernier album, « From Deewee », est en effet tout entier dédié à cette configuration instrumentale, et le show qu’ils ont concocté pour le défendre sur scène est particulièrement impressionnant. Une fois encore, comme la veille avec Helena Hauff, toute fatigue est instantanément oubliée lorsque la machine se met en marche ; les cages s’ouvrent, les lumières clignotent et les batteurs font feu. Cascade ininterrompue de claviers et de basses funky matraqués sur des rythmes infernaux par les trois batteurs qui se relaient ou jouent à l’unisson, le concert nous emporte dans un irrésistible tourbillon de groove insensé et mécanique, volontairement maximaliste, mais peut-être un brin trop clinique et trop parfait, comme si la transe de Can était jouée par les robots de Kraftwerk, avec le soupçon de modernité de formations actuelle qui s’efforcent de recréer l’énergie et la dynamique de la techno avec les moyens analogiques et de vrais instruments. Mais contrairement à un Blood Sport qui improvise largement et nous emmène dans une transe fiévreuse bercée d’expérimentation et de soif de l’inconnu, les baroudeurs de Soulwax savent exactement où ils vont et où ils veulent nous emmener, et si le tour de manège vaut largement le détour, la route est un peu trop balisée et le show juste un petit peu trop parfait, un petit peu trop déshumanisé.


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