[LP] Guts – Hip Hop After All

Guts est l’exilé qui fait rêver. Il est parti à Ibiza, loin de tout sauf du soleil et de sa passion : la musique. Rappelez-vous, Guts est celui qui avec Mambo a sorti Beach Diggin’ Volume 1 & 2, deux compilations de sons ensoleillés servis sous forme de tapis volants vers un nirvana couleur arc-en-ciel. Il revient cette rentrée avec « Hip Hop After All » chez Heavenly Sweetness. Seize titres, ou plutôt seize pièces comme dirait Hocus Pocus ; une heure de bonheur et d’évasion dans des rythmes tropicaux, des raps suaves, des contrées où il fait chaud et où le rhum est bon marché. C’est une anthologie, que dis-je, une consécration du hip-hop. À l’écoute, on pense à A Tribe Called Quest, Guru ou encore à De La Soul. C’est un âge d’or qui revit, qu’on rénove, qu’on décape pour lui rendre sa première jeunesse. « Hip Hop After All », vous l’aurez compris, c’est du tout neuf et en plus ça déchire.

Guts - Hip Hop After All

L’ensemble de l’album est une petite pépite qu’on écouterait bien en boucle afin d’en extraire la substantifique moelle. Le début est messianique. On sait où on est tombé. « Hip Hop First Of All ». Un cuivre bien embouché suivi par des percus tropicales : entrée dans l’univers du Guts. Antichambre des mélopées, la canopée s’élève vers des hauteurs ancestrales, l’homme se fait de la place et installe le décor qu’il va squatter le long de l’album.

Puis c’est un véritable festival. « Open Wide » nous touche pour son beat et la voix envoutante de Lorina Chia. Musique militante qui s’insinue dans nos tempes. Rap s’aventurant dans la lenteur. Je n’en dis pas plus, écoutez, pour moi c’est une prunelle, une cerise…

Tout l’album ne sera que ça : messages d’espoir, de reconnaissance, de gratitude. L’essence de la musique en ressort grandie, anoblie par un travail toujours plus carré, solide et complexe. Guts est le héros d’une musique qui colle à un style de vie : sa musique est littéralement la coolitude. Rappelez-vous, son album « Paradise For All » sorti en 2012, tout est dans le titre. Le mec est un hippie des temps modernes qui distille de l’arsenic – de l’art sonique.

Alors oui, ça ne marche pas à tous les coups. « The Forgotten » ne prend pas sur moi par exemple. Mais prenez celle qui suit, « Go For Mine ». À la cool la petit flûte, ça rape tranquillement. Et là on se dit que n’importe quel rappeur rêverait de se faire faire un beat par le Guts. C’est juste le paradis sur terre, sa musique emplit vos sens et c’est comme si le rap devenait automatique, à la manière de ces tarés de Breton et autres. Ca colle, ça rentre dans les cordes. La même pour « As The World Turns » qui tranquillement s’insère dans la bande-son sans soucis, au calme.

On suit l’épopée fantastique avec un « Man Funk » d’enfer. Petit riff de guitare qui passe dans l’axe. Des chœurs enflammés et une voix suave pour Leron Thomas.

Je me permets de rappeler ici la devise de son label Heavenly Sweetness : “A Parisian label spreading colourful music for the soul”.
« A Glimpse Of Hope ». Toujours tranquillement, c’est la pause au sein d’un univers mouvant. Tout est là, la soul, la couleur ; un esprit sain grâce à une musique saine.

Suit « Forever My Love ». Musique si douce, c’est onirique et plein d’inspiration, ça file comme de l’eau douce le long d’une berge ponctuée de saules pleureurs. Et nous on est là au calme, les tracas de l’autre rive évidemment.

« It’s Like That ». Goûtez-moi cette basse, ce cuivre, ce flow de Dillon Cooper et le piano qui suit. Ambiance jazzy des années 2010, on remet au goût du jour la crème de la crème d’années révolues. « Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques », disait un certain poète. Le bonheur sur terre, « je m’appelle cool killer » : la classe.

Oui, c’est ça que je voulais dire, Guts a la classe. Pour moi, sa musique est élégante et majestueuse. Rien ne vient de nulle part, tout a un point de départ et un point d’arrivée, chaque musique vient comme une pièce du subtile puzzle qu’il nous a concocté. Arrivée de « Want It Back ». Vous êtes plongé dans un bain, somptueuse musique qui vous apaise comme jamais. La voix de Patrice, le champion. La discrète guitare s’invite aux chœurs écoliers. Doux sédatif que ce piano qui s’immisce dans nos tympans. « Pimpant, j’injecte un funky clap dans vos tympans » disait un autre poète. Toujours un message d’espoir, à la manière de « Open Wide ». « Why be less when you can be more ? » dit cet autre poète. Détendez-vous au son de cet hymne.

Pour « Enlighten », je suis moins persuadé. Cody Chestnutt lui aussi d’une renommée certaine. Je ne goûte pas trop son flow. Le refrain ne me chauffe pas trop.

« We Are All Africans » est par contre très bon. Tropical de chez tropical. L’instru me dit quelque chose mais aucune idée de ce que c’est – un son de BK-One sans aucun doute en fait. Je vous le joins, c’est du très bon.

Dans son utopie florissante, Guts nous guide à travers un monde jamais entièrement parcouru et plein de découvertes plus chaleureuses les unes que les autres.

« Innovation » en featuring avec Masta Ace. Un début très funk expérimental qui pourrait être du Mandré.

L’écho disparaît progressivement, le son émerge et là c’est la claque. « If you don’t what this is then it’s best to listen ». Flow de malade à mon humble avis, très belle voix qui se pose à l’exact endroit où on l’espère. Refrain exceptionnel avec une instru du tonnerre de Brest. Guts nous emmène très loin, c’est génial.

« Come Alive ». Elle revient, toujours aussi sympathique et pleine d’amour. C’est notre amie Lorine Chia (phrase à lire avec une voix de forain évidemment). Nous sommes au paradis du hip-hop. La pesanteur n’est plus la même, nous voguons tranquillement d’îles en îles, gentiment perdus.

« Looking For The Perfect Rhodes ». Le calme du sonar, le chœur titubant, synthé qui se réveille parmi les décombres d’une soirée trop arrosée. Ego trip instrumental qui tue tout.

« Roses ». À l’ancienne, un petit son des familles comme on les aime. On la croit rapide mais c’est plutôt le slow de la dernière chance ! Leron Thomas est sur le retour : « That’s gonna be a good night ». Toute la famille vient danser, vous êtes enfin arrivés à Ibiza et les deux petits apéritifs de bienvenue vous ont donné envie de suivre le mouvement. Paisible atterrissage, décollage peinard. Tout est bien qui finit bien, c’est le moment de remettre la chose au début, de la faire perdurer, de la rendre éternelle. Vous êtes chez Guts.

Un album riche somme toute. Guts au top de sa forme, des contributions riches de sens, une production qui casse la baraque et de quoi faire perdurer l’été tout au long de l’année. Pour ceux qui aiment le soleil sans le trouver dans le paysage, poursuivez Guts où qu’il aille, c’est un ersatz ultra performant qui fait parfaite illusion. « Hip Hop After All » vous donnera chaud, vous habillera pour l’hiver, vous fera plus sourire que Rire & Chansons (et on sait tous que c’est pas facile)…

Bref, allez chez votre marchand de journaux, allez à la Fnac, sur internet, et procurez-vous tout ça. Faites honneur à cette géniale musique qui voit le jour. Pour ceux qui souhaiteraient continuer l’aventure, un petit making of de sept minutes à peine vous attends !

Et sinon, Guts passe prochainement en concert à La Maroquinerie. Soyez en sûrs, j’en serai !


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