[Interview] FYRS

FYRS, récent projet nantais brillamment conduit par Tristan Gouret, fait couler beaucoup d’encre et de larmes. De joie et de bonheur bien sûr. Frissons garantis à l’écoute de ce cocon musical et vocal qui a certes cherché ses (dé)marques à sa genèse. Mais qui a rapidement retrouvé sa voix et sa voie pour nous embarquer et nous envelopper dans des compos singulières et envoûtantes. On ferme les yeux pour mieux s’ouvrir à une musique excitante, stimulante, virulente par ses gammes travaillées et orchestrées. Par ses univers linéaires et déstructurés. Par ses tempos qui ont chaloupé notamment les rives de La Loire l’été dernier au festival Tempo Rives. La musique de FYRS n’a peur de rien, est audacieuse, sait où elle va et où elle veut nous mener. Elle nous prend par la main, aujourd’hui, demain, le futur lui appartient. Tears for FYRS.

crédit : Maxime Gouret
  • Bonjour Tristan, parle-nous de la genèse de ton projet. Tu l’as commencé pour le live avec deux musiciens, Tom Geffray et Zaho de Sagazan toujours présents aujourd’hui ?

J’ai lancé FYRS publiquement en 2019, mais travaillais dessus depuis 2017, à la suite d’une année de césure à Bristol en Angleterre. Je joue avec deux musiciens en live et en effet Tom m’accompagne toujours à la batterie et joue séparément avec Zaho qui mène désormais son propre projet, quelque chose qui va devenir important je pense. Ce choix d’émancipations respectives est intervenu durant les iNOUïS au Printemps de Bourges, en 2020.
Un choix commun, issu d’une longue réflexion. Dès le départ, il y a eu un truc très fort entre nos deux voix. On nous a très vite accroché l’un à l’autre, là où le projet n’était pas un duo ou trio mais bien un projet solo. J’ai pensé FYRS en 2017 sans anticiper ce truc-là. C’est devenu au-dessus du projet sans que l’on puisse avoir forcément le contrôle et ça prenait une trop grosse place dans ma créativité en studio et sur des choix artistiques aussi. Cela devenait de plus en plus fort. Ma musique n’était pas écrite pour cela (un duo de voix), je l’ai écrite en imaginant des questions-réponses avec des chœurs et pas forcément une autre voix en avant. J’aurai pu continuer sous cette formule, mais elle ne me ressemblait pas et je ne me sentais pas à l’aise avec.
Aujourd’hui je travaille avec Étienne, un ami et claviériste nantais qui apporte une autre sensibilité et une interprétation plus proche de ce que j’avais imaginé. J’aime aussi ce qu’il dégage sur scène.

  • Justement, le point d’entrée de ton projet était-il plutôt l’instrument ou la voix ?

Les deux, avec un univers peut-être plus musical au début, mais j’ai pris de plus en plus confiance sur la voix. Je voulais vraiment essayer d’être crédible dans l’écriture et la prononciation de l’anglais. Le but était d’essayer de trouver un bon équilibre « musique/chant ».

  • Tu souhaitais apporter ta couleur à tous les niveaux ?

En effet, j’ai besoin d’imaginer un peu tous les panels du projet, des visuels à la musique et aussi surtout d’avoir un contrôle sur sa bonne direction artistique ou autre. Je mets beaucoup de moi-même dans FYRS et je parle très souvent de sujets très personnels. J’ai donc besoin que le projet soit en totale cohérence avec ce que je suis. Il est aussi justement important que je sois aussi en cohérence avec mes partenaires et leur compréhension du projet est primordiale. J’ai senti que je pouvais à certain moment, sans me rendre compte, m’écarter de la vision que je m’étais fixé. Le choix de revoir la composition scénique était une manière pour moi de remettre en place le projet.

  • Nous sommes bien d’accord que tout cela a été une progression et non une frustration ?

Cela a été compliqué dans un premier temps, mais m’a permis de mettre encore une fois les choses au clair. Aujourd’hui, je suis complètement en phase avec ce que je présente aux gens. J’ai eu très peur que les gens ne voient plus d’originalité dans le projet. C’était quelque chose qui m’angoissait. Mais on parle encore une fois de la réception du projet auprès des gens et tu ne peux pas en avoir le contrôle total, il faut apprendre à s’en détacher.

  • À quand remontent les premiers pas sur scène ?

Lors d’un concert organisé par la structure Trempo (espace d’émergences musicales à Nantes) où j’ai répété pendant 6 mois avec mes deux musiciens, il avait fallu leur laisser un dossier pour un événement interne. J’ai été choisi et ce fut ma première date fin 2019. J’avais même fait des mini affiches que j’avais collé un peu partout à Nantes, c’était vraiment en mode DIY. C’était trop cool, le concert était finalement complet je crois. On m’a dit qu’ils avaient même dû refuser des gens. J’avais réussi à inviter Lola de chez VIA (tourneuse), grâce à Pierre, le saxophoniste du groupe INÜIT qui a travaillé au son sur les deux premières vidéos que j’ai sorti et qui est par la suite devenu mon producteur. Le concert a fait un peu parler et a aidé le dossier que j’ai envoyé ensuite aux iNOUïS.

  • Bon accueil du live donc chez Trempo (base dans les Pays de la Loire) suivi des iNOUïS qui identifient le projet et qui accrochent… Un vrai coup de cœur de leur part ?

Coup de cœur, je ne sais pas ! Mais ils ont adhéré. Quand on est allés au Chabada pour les sélections régionales, on en a discuté avec l’équipe, pour nous il n’y avait pas vraiment un souhait de compétition ou d’aller chercher quelque chose, j’étais déjà tellement heureux d’être là et on sentait un fort attrait pour deux autres projets. À aucun moment, je ne pensais que cela allait le faire. Et ça a été la surprise, les trois projets sont passés. Il y a eu une mini effervescence et cela a aidé pour qu’on passe en nationales même si je pensais que le projet n’était pas le plus logique pour passer aux iNOUïS du fait de l’anglais.

  •  C’est à ce moment-là que tu as compris ce hiatus dans le projet et son live ?

Je l’avais déjà senti dès les premiers concerts. Mais je l’ai laissé de côté un temps avec des dates qui s’enchaînaient et des interviews qui impliquaient de corriger le tir sur l’objectif du projet et sa composition. C’était un peu fatigant et me demandait beaucoup d’effort et surtout ne me permettais pas de me présenter sous un bon angle. Au final juste après il y a eu la crise sanitaire et Peut-être que cela a aidé à faire la transition plus facilement, en tout cas c’était peut-être le meilleur moment pour le faire, en me focalisant sur une vraie démarche créative.
J’ai écrit le premier EP en mars 2021. Cet EP était là pour me ressembler pleinement. Je voulais quelque chose de réfléchi et d’un minimum impactant, même si par rapport au live des gens allaient peut-être moins s’y reconnaître. C’était un risque à prendre mais je voulais vraiment retrouver ce truc en moi.

  • Concernant tes clips vidéo, as-tu également une fibre cinématographique ? Qu’on peut aussi retrouver sur scène.

Tout est pensé. Sans être psychorigide, je voulais que tout soit pensé avant de lancer le projet… « The Swirl of Love » a été le premier clip à sortir même si je n’avais pas pensé à lui, car c’est un titre très descriptif et ce n’était pas simple pour moi de le retranscrire visuellement. Mais je n’avais pas le contrôle sur ce morceau et il a plu très vite. Les gens ont identifié cette chanson comme le morceau phare du projet.  Ce fût donc stratégiquement logique qu’il soit produit en premier. Un autre est en cours. Avec le Covid, cela prend malheureusement plus de temps.

J’ai aussi beaucoup d’idées pour le live, pour partir dans des univers différents. Je suis très influencé par des artistes comme Sufjan Stevens, notamment avec ce concert à Austin City Limits où il joue ainsi que son groupe avec de grandes ailes dans le dos. Un truc de fou dans un univers très coloré avec des chansons sur les oiseaux. Bon, c’est peut-être extrême parce que lui a peut-être plus les moyens d’aller chercher des trucs farfelus, mais en tout cas cela m’inspire énormément, c’est un véritable luxe que de pouvoir transporter les gens dans un univers fort.

  • Quelle est ton actu ?

Je suis actuellement en transition de tourneur et je travaille sur le deuxième EP. Je cherche à m’entourer un peu plus sur cette sortie là pour pouvoir impacter un peu plus. Être dans une bonne lignée. Faire des dates en 2022… pour cet EP, j’ai eu le temps d’écrire beaucoup de morceaux, aller plus loin dans le songwriting avec une plus grosse base guitare-voix. Idée d’aller plus loin dans la folk, en tout cas dans l’écriture. J’aime beaucoup par exemple « Red White and Black » de Jesca Hoop…

J’ai envie peut-être d’assumer ce truc de « singer-songwriter » qui a envie de raconter une histoire en anglais… et que FYRS puisse être exporté, devienne un projet européen, compréhensible à l’étranger, qui touche un maximum de personnes.

  • Aurais-tu aussi des envies d’écrire des musiques de films, de documentaires… ?

Quand on est artiste, on a très peu de repères, on n’a pas forcément de bases très sûres. Je me suis dit dès le départ que le projet devait être réfléchi pour avoir de quoi rebondir. Et pour savoir à un moment où aller sans perdre le fil, sans avoir de mal à se relancer. Pour la suite, il y a déjà des idées d’album, ça, c’est une certitude et je me suis dit aussi que ça pourrait être cool de faire des musiques de film… Pas forcément quelque chose comme Woodkid, de très orchestré, mais plutôt comme dans le film Little Miss Sunshine, une musique identifiable et présente pendant tout le film. C’est cette musique-là, presque uniquement instrumentale, que j’aimerais beaucoup faire… Ou être comme un Yann Tiersen qui crée dans son studio un truc hyper organique. Ou encore comme Other Lives, ce groupe de l’Oklahoma, très cinématographique, créant une atmosphère un peu western, que je cherche un peu aussi dans certaines compositions.

« Lost Healing » de FYRS est disponible depuis le 26 mars 2021 chez A.F.O.M.


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