Ce mardi 4 novembre, La Bouche d’Air offrait un écrin intime et chaleureux pour le retour sur une scène nantaise du curieux voyageur de la pop française, Frànçois Marry. Venu nous présenter son dernier opus, Âge Fleuve (sorti en mars dernier), Frànçois and the Atlas Mountains a transformé la salle Paul Fort en une bulle onirique, une exploration contemplative d’une existence en questionnement.

Sur scène, derrière les trois musiciens en parfaite symbiose, se dessine une scénographie aussi poétique qu’énigmatique : un œil immense, mi-clos, se devine sous un long drap paupière en velours, d’une texture chair. Une vision suspendue entre l’éveil et le grand sommeil, métaphore parfaite de cet album qui observe, rêveur, le temps qui passe et la relation à l’autre.
Le concert s’ouvre sur les notes du tendrement mélodique et doucement mélancolique « Pas lents dans la neige », posant d’emblée une atmosphère feutrée, presque ouatée. La voix de François, claire et apaisante, nous invite à ralentir. Suit « Le fil », véritable bijou de dream pop romantique, une pièce sublimée aux senteurs chaleureuses et évocatrices qui confirme la direction introspective de l’Âge Fleuve.
Mais Frànçois Marry est aussi un homme de rythme, un explorateur de grooves solaires et voyageurs. La soirée bascule en douceur avec « Jamais deux pareils », incroyable synesthésie des émotions où des rythmiques empruntées à l’Afrique centrale viennent porter une poésie pop gorgée de vie. Le trio est magnétique. La bassiste Laure Sanchez (également entendue auprès de Voyou et Anna Majidson) et le batteur Colin Russeil (Radio Elvis, Mademoiselle K, Gaëtan Roussel) forment une section rythmique d’une précision millimétrée.
Cette alchimie est palpable sur « Adorer », aux fières couleurs pop rock tropicales, portées à deux voix par François Marry et Laure Sanchez, soutenue par la batterie métronomique de Colin Russeil. Le public est captif de cette lente transe, à la fois berçante et songeuse.
François dessine la trajectoire d’une pop contemplative et observatrice, unique dans le paysage français, riche de mots bien choisis et d’émotions libres et libérées. Cette chanson française, à la fois remuante, vivante et touchante, trouve un autre sommet avec le plaisant et réconfortant « Aïeul inconnu ». Il nous raconte cet album qui « flotte à travers le temps qui court », à l’instar de ce morceau : « Party ». Une pièce onirique, psychédélique et d’une élégance folle, qui semble suspendre le vol de la salle Paul Fort.
Le rappel est un moment de grâce. D’abord, une reprise d’une douceur aquatique filante : « L’homme à la rivière », traduction sensible du « River Man » de l’immense et regretté Nick Drake. François Marry, généreux, teste ensuite pour la première fois sur scène ce qui sera le prochain single : le délicieux « Briller dans la nuit ». Une chanson écrite à Berlin, qu’il dédie en hommage « à ces gens qui brillent la nuit en s’inventant des identités incroyables ».
Le concert se termine dans une communion douce. Pour le dernier morceau, François invite le public à chanter avec lui. Quatre mots, répétés comme un mantra réconfortant sur le tendre et chaloupant « Soyons les plus beaux ».
On repart de La Bouche d’Air bercé, comme après un songe éveillé. Quel curieux voyageur inclassable que ce François Marry !















