[Live] Festival les inRocKs 2014 – Casino de Paris – Jour 1

Mardi 11 novembre, première journée parisienne du Festival des inRocKs 2014. Le Casino de Paris est la première des salles à ouvrir ses portes pour cette édition, alors que dans le même temps, de l’autre côté de la Manche et pour son inauguration hors de nos frontières, l’événement s’exporte à Londres. Alors que 3 groupes français partent à la conquête de la Scala, deux Anglais et une Suédoise ont ainsi la mission d’ouvrir une semaine complète de concerts dans la capitale française.

Woman's Hour - crédit : Valentin Chemineau
Woman’s Hour – crédit : Valentin Chemineau

Le début de cet édition a été étonnamment laborieux, avec le show réalisé par le duo Oceaán. Fouillis et décousues, les expérimentations électroniques des deux Anglais ont peiné à trouver une oreille attentive dans une salle encore bien clairsemée. Jouant dans les landes obscures et minimalistes d’un James Blake, Oceaán souffre malheureusement de ses délires vocaux un peu trop en retrait et parfois inaudibles.

Insuffisant pour porter un R’n’B bien plus exigeant sur le papier. Le son imposait plus une ambiance de fond qu’un véritable de concert. Le duo n’a pas vraiment su prendre l’espace qui lui était attribué, et le set assez réduit en termes de temps ne laisse finalement pas plus de souvenir qu’une première partie timide précédant des sets au contenu plus écrasants. Ce qui frappe immédiatement, c’est surtout le manque d’apport de leur présence sur scène lors d’une prestation reposant en majorité sur des bandes sonores pré-enregistrées, laissant à quelques beats et percussions la lourde tâche d’essayer de vraiment faire du live.

Le deuxième concert de la soirée a été assuré par le groupe britannique Woman’s Hour. Originaire de la petite ville de Kendal en Angleterre, la formation a sorti cet été son premier album, « Conversations ». En activité depuis 2011, le quatuor est déjà habitué aux salles parisiennes, ayant accompagné Metronomy au Zénith, Ana Calvi au Trianon et Angel Olsen à la Flèche d’Or. C’était donc au tour du Casino de Paris de découvrir leur pop rêveuse, parfaitement bien menée par la chanteuse Fiona Burgess. Pendant près d’une heure, ses caresses vocales se sont mêlées à des synthétiseurs planants et aux doux riffs de guitare de son frère William, le tout au milieu d’une mystérieuse forêt de pyramides grises dressées en guise de décor.

Une atmosphère onirique qui fait agréablement penser à leurs compatriotes anglais de The XX et au groupe américain Beach House. Pourtant, en milieu de concert, le groupe s’est attaqué à un tout autre registre en reprenant « Dancing in the Dark » de Bruce Springsteen, revisité de manière étonnante dans leur style dream pop. Le reste de leur setlist a permis de redécouvrir les chansons de leur premier effort avec les arrangements prévus pour la scène, de la touchante berceuse électronique « Our Love Has No Rhythm » à des morceaux plus catchy comme le single phare « Conversations » ou les ravissants « Her Ghost » et « To The End », avant de clore de manière plus dansante sur « The Day That Needs Defending ». La très prenante ligne de basse de Nicolas Graves n’a pas faibli et est parvenue à emporter tout au long du concert, tandis qu’on profitait du très spécial mais non moins amusant pas de danse de Josh Hunnisett, très remuant derrière ses synthétiseurs.

Après un court entracte, la scène a été remodelée pour accueillir la reine de la soirée : Lykke Li. La chanteuse suédoise est venue défendre son 3e album, “I Never Learn”, sorti au cours de l’année. Une œuvre qui a acquis une place prédominante dans la setlist du concert, même si tous les albums ont été représentés. La sorcière nordique était entourée d’une large équipe de musiciens, tous vêtus d’un noir sobre mais élégant. L’ambiance froide et mélancolique du dernier album a été fidèlement retranscrite sur scène, mais sous ses airs déprimants, l’artiste sait parfaitement élever sa musique vers une pop certes glacée mais prenante et majestueuse. Une orchestration de qualité, conjuguée à une voix électrisante et maîtrisée avec une facilité déconcertante, justifie la stature imposante prise par Lykke Li sur la scène internationale. Les récents singles « Gunshot » et « No Rest For The Wicked » sont d’une pureté rare.

C’est néanmoins durant « Just Like a Dream » que l’émotion est à son comble, si belle et si triste à la fois. Les histoires racontées sont émouvantes, pour ne pas dire dépressives, mais impossible de ne pas partager la bonne humeur de l’artiste ainsi que son énergie très communicative. Elle rit elle-même de la noirceur de ses titres, ne manquant pas d’ironiser en parlant de musique “joyeuse”. On dit parfois que ce sont les chansons mélancoliques qui rendent les gens heureux. C’est peut-être ce qu’entend démontrer Lykke Li, avec ces morceaux qu’elle appelle “power-ballads”, à l’image du déroutant « Never Gonna Love Again ».

Lykke Li a tout d’une diva dans son jeu de scène d’une très grande classe. Bien qu’un peu distante, voire hautaine face à son public, son investissement et son sérieux sont indéniables pour obtenir un set plus que saisissant. Ses guitaristes n’ont cependant peut-être pas mérité les piques de la chanteuse qui leur a simplement demandé d’arrêter de jouer au milieu d’une chanson sous prétexte qu’ils « sonnaient mal » (pour atténuer ses propos vulgaires). On ne saurait cependant nier un son parfois médiocre pendant les différents sets, notamment pour ce qui sortait des micros des différents chanteurs, trop aérien et pas vraiment propre.
Ses principaux tubes ont pourtant permis quelques moments de chaleurs, comme « Get Some » et l’inévitable « I Follow River » que le public a chanté sans l’aide de l’artiste et sans aucune peine.


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Charles Binick

Journaliste indépendant, chroniqueur passionné par toutes les scènes indés et féru de concerts parisiens