[Interview] Donna Blue

Duo glamour tout droit échappé d’un film en noir et blanc façon Godard, Donna Blue vient de sortir son deuxième album « Into The Realm of Love » aux sonorités de films d’espionnage sixties et à la douceur gainsbourienne. Gracieusement accueillis au Hasard Ludique quelques heures avant leur lever de rideau, nous nous installons finalement avec Danique van Kesteren et Bart van Dalen dans les sièges près de la petite ceinture de Saint-Ouen. Entre deux mains qui se tiennent et des yeux complices, pendant près d’une heure, le tandem retro d’Amsterdam nous a parlé d’amour, de cinéma et d’autoproduction. Résumé des faits !

Donna Blue © Carolina Moreno
  • Bonjour Danique et Bart et bienvenue à Paris ! En ce moment, nous assistons à un véritable retour en force d’artistes néerlandais sur le devant de la scène, dont vous faites partie aux côtés de Cosmic Crooner, Sarah Julia et Tramhaus. Qu’est-ce qui, selon vous, encourage cette exposition inattendue de talents venus des quatre coins des Pays-Bas à travers toute l’Europe et bien au-delà de ses frontières même ?

Bart : C’est intéressant que tu abordes Cosmic Crooner car c’est un ami de longue date. Nous nous retrouvons assez souvent dans les mêmes concerts. Le pays est assez petit comme l’est, de fait, cette scène musicale. Tout le monde a joué dans les groupes de telle ou telle personne.

  • Vos morceaux ont ce pouvoir rare de nous projeter au cœur de fictions cinématographiques d’une époque désormais lointaine, à la manière d’un thriller psychédélique ou d’une histoire d’amour tourmentée virant au drame sur une plage huppée de la côte méditerranéenne. Quelle est votre relation au cinéma et à la musique des sixties ?

Danique : Nous aimons beaucoup regarder des films ensemble et comme je suis photographe, je suis bien évidemment très portée par tout ce qui touche au domaine de l’image. Je suis sensible à l’incarnation visuelle de la musique que nous produisons ensemble, c’est l’essence même de notre processus de composition. Nous regardons un film et nous nous imaginons alors la musique qui pourrait l’accompagner. Nous aimons rendre une forme d’hommage à ce vieux cinéma qui se voulait accessible et plus expérimental, et également imaginer les coulisses de cette époque. Nous essayons de construire nos chansons comme de véritables films. Indéniablement, ce cinéma des années 60 est très inspirant lorsque nous créons.

  • L’un de vos titres le plus streamé sur les plateformes, « Paradis », est en français. Quelle relation entretenez-vous avec la langue française et plus largement avec notre culture ? Qu’est-ce qui fait selon vous le charme de notre langue ?

Nous aimons la langue et sa musicalité, il en ressort toute une attitude et une énergie particulières. Le français est plus rythmique et a aussi une connotation très romantique. Une des premières chansons que nous avons composées est « Sunset Blvd », quand nous étions en vacances ici. Nous écoutions FIP depuis notre hôtel et nous rêvions d’entendre un jour nos chansons sur cette antenne. C’est chose faite ! Notre musique n’est pas très diffusée aux Pays-Bas, mais en France, elle a su trouver son audience, ce qui est particulièrement gratifiant pour nous !

  • Votre nouvel album « Into The Realm of Love » sortait le 8 mars dernier. Nous pouvons le traduire en français par « Au royaume de l’amour ». Ce second disque qui vient deux ans après « Dark Roses » est-il le prolongement musical naturel de votre manière de vivre et de ressentir l’amour ?

Je pense que c’est le cas. Nous sommes ensemble depuis si longtemps qu’avec cet album, nous avons essayé avant tout de nous amuser et d’être libres, de laisser venir l’inspiration naturellement.

Donna Blue © Carolina Moreno
  • Avec toute la richesse instrumentale dont déborde cet album hors du temps et hypnotique, nous imaginons assez aisément que vous n’étiez pas seuls pour l’enregistrer. De qui vous êtes-vous entourés et comment se sont déroulées les sessions en studio ?

Cela peut sembler surprenant mais nous avons tout produit ensemble, du mixage jusqu’à la prod ; c’est chouette d’aller en studio, mais pour nous, tout est fait à la maison !
L’été dernier, nous nous sommes isolés en Normandie avec un studio portable et avons finalisé le tout chez nous aux Pays-Bas.

  • Un des morceaux vous a-t-il d’ailleurs demandé particulièrement de préparation pour retranscrire les idées que vous aviez en tête ?

« The Hunter » a connu six versions différentes, c’était un travail ardu que de parvenir à le finaliser. Certaines de nos chansons prennent des semaines, voire des mois à se concrétiser.

  • Durant l’enregistrement d’«Into The Realm of Love », quels albums n’ont pas quitté votre platine vinyle ?

D’abord, l’album « Classical Current » de Laurindo Almeida dont les arrangements ont été particulièrement inspirants pour notre album.

Nous pourrions aussi citer Lee Hazlewood dont nous sommes fans des compositions ! Pour continuer, il y a Donovan, les Kinks, Vanishing Twin et nous aimons tant votre frenchy Theo Lawrence et ses airs country !

« Into The Realm of Love » de Donna Blue est disponible depuis le 8 mars 2024 chez Snowstar Records.


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Carolina Moreno

Carolina Moreno

Photographe et artiste visuelle basée à Paris