[LP] Demeure & Jardin – To Stand Like A Rainbow

Si vous me lisez de temps à autre, vous avez déjà pu croiser la house sous antidépresseurs de Lény Bernay, aka Jardin, un producteur belge qui ressuscite à lui seul les plus belles heures de l’underground des 80’s. Le voilà de retour, et en très bonne compagnie. L’éternel raveur s’associe pour la seconde fois avec Martin Deck-Roussel, aka Demeure, producteur et artiste sonore, afin de littéralement dynamiter les codes de l’expérimentation électronique. En treize titres, nous voilà plongés dans les contrées vaporeuses et alambiquées de leur électro abstraite, baptisée « To Stand Like A Rainbow », une cassette parue chez le tout jeune label Hylé Tapes.

Demeure et Jardin - To Stand Like A Rainbow

Si nous trouvons parfois que les expérimentations sont aujourd’hui lugubres et bruitistes, force est de constater que ces musiciens nous embarquent vers d’autres latitudes. Nous nous enfonçons dans une matière sonore dense, où les nappes s’affranchissent de toute normativité, où les voix se métamorphosent et se distillent ça et là dans le mix, devenant indiscernables, revenues à l’état de note. On savoure les synthés rétrofuturistes de « Rainbow Knife », qui ne sont pas sans rappeler une compo de John Carpenter sous ecstasy. On observe avec plaisir se déployer dans l’espace les vagues resplendissantes de « New York Is Burning », qui font jaillir un climat cinématographique tout simplement envoûtant – et je pèse mes mots. On imagine fort bien la musique se greffer sur les images dystopiques de La Grande Pomme en ruine. Et que dire de la dernière mélodie, baptisée « Entropia One », qui retourne complètement votre esprit, avec ses percussions minimalistes et ses nappes venteuses, qui symbolisent à merveille cette atmosphère industrielle dans laquelle nous restons perchés pendant cinquante minutes !

Jardin et Demeure nous proposent un voyage cinématographique étiqueté 80’s, mine de rien. Même dans l’improvisation, l’esprit du compositeur n’est pas un disque dur totalement vierge. Il existe encore, y compris dans le dénuement le plus complet, des patterns qui le guideront dans ce magma sonore, à mi-chemin entre l’indus et l’ambient. « To Stand Like A Rainbow » n’est évidemment pas conçu pour toutes les oreilles ; même si, en matière d’expériences sur le son, on y croise des éléments tous publics, qui rendent la bête plus accessible.

Les deux artistes s’abandonnent à la déconstruction intensive, cassant et mutilant, à mi-chemin entre l’avant-gardisme et le nihilisme le plus potache, les anfractuosités sonores de leurs matériaux de base ; sons concrets, prise live, etc. Ils n’ont clairement pas peur de s’enfoncer dans l’entropie, pour dessiner les contours d’une zone morte, dans laquelle nous nous baladons avec eux. Charmant, effrayant et entêtant. Le projet a pour but d’illustrer l’exposition Jouissance Architecture, une performance de décomposition accélérée des matériaux entre leurs mains ; béton, sable, bois, etc. De ce chaos émergeront des formes indistinctes, sculptures de la société en plein crash.
Physique ou immatériel, la déconstruction est totale, l’art également.

Demeure et Jardin

« To Stand Like A Rainbow » de Demeure & Jardin, disponible depuis le 4 mars 2016 chez Hylé Tapes.


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