En ce jeudi 18 décembre, alors que Nantes s’emmitoufle dans les brumes de fin d’année, Le Ferrailleur est devenu le théâtre d’une messe rock clair-obscur. Entre la mélancolie théâtrale de Drama King et l’incandescence électrisante de Dead Chic, retour sur une soirée où le temps s’est suspendu au bord de la Loire.

Drama King : le sacre de la mélancolie
La soirée s’ouvre sur les teintes automnales de Drama King. Sur scène, le quintet (trois hommes, deux femmes) installe d’emblée une atmosphère cinématographique. On commence par une balade introductive, bientôt suivie d’une seconde, plus fragile encore, dont le rythme s’accélère comme un pouls qui s’emballe.
Le leader Kevin Gourdin, véritable « Drama King » au charisme évoquant un Eddie Vedder qui aurait troqué Seattle pour le quai des Antilles, pose une voix profonde sur des nappes d’orgues solennelles. La complicité est là, évidente, entre un bassiste et un guitariste totalement habités, et les chœurs suraigus de la chanteuse qui viennent lacérer la texture sonore. Entre deux morceaux, on trinque à la bière, on se détend, avant que l’incantation ne reprenne : « C’est maintenant que ça commence ». On retiendra ce final en forme d’hommage fraternel : une reprise a cappella de « Dirty Old Town », l’âme des Pogues s’invitant à la fête pour clore ce set avec une humanité désarmante.
Dead Chic : l’élégance du chaos
Place ensuite aux quatre grands échalas dégingandés de Dead Chic. Pour leur dernier concert de l’année, le supergroupe né de l’union entre Andy Balcon (Heymoonshaker) et Damien Félix (Catfish) a transformé le club en un cabaret fiévreux, quelque part entre la poussière du Mississippi et le bitume londonien.
Andy Balcon est une force de la nature. En marcel noir, les yeux injectés d’une fureur sacrée évoquant le terrible Undertaker, il manie son micro par le manche avec une gestuelle « mercurienne ». Sa voix ? Un alliage de la rugosité de Tom Waits et du lyrisme sépulcral de Nick Cave. À ses côtés, Damien Félix — rebaptisé « Jurassic Félix » par son acolyte — est un sorcier de la six-cordes, les doigts enrubannés de scotch noir, en transe totale sous des lumières rouges ou bleutées.
Le set est un voyage contrasté. On passe des « Fleurs séchées » (moment de grâce en français) à l’énergie brute d’un rock électrique. Sur « Ballad of Another Man », le groupe joue avec l’obscurité, ne laissant percer que des rais de lumière furtifs sur des rythmiques aux effluves latines. Puis vient l’acmé : un solo de guitare acoustique d’Andy Balcon — l’instrument paraissant minuscule entre ses mains de géant — rejoint par le groupe pour un cri déchirant, un « Good God » hurlé à la face du monde.
L’humour n’est jamais loin, notamment lorsque le claviériste Mathis Bouveret-Akengin et le batteur Damien Ferbus s’éclipsent le temps d’une pause improvisée, laissant le duo originel face au public. On sourit devant la promotion du dernier album Serenades and Damnation, « vegan et sans gluten », dont un exemplaire est lancé dans la foule par Andy avec une désinvolture punk (« Si ça percute quelqu’un, ce n’est pas mon problème » dit-il non sans humour).
Mais c’est la fureur finale qui emporte tout. « It’s okay, because it’s fucking Christmas », lâche Andy avant d’enchaîner les dernières chansons. Le solo de batterie et de clavier final finit d’embraser Le Ferrailleur. Dans un dernier regard, on lit toute l’admiration et le respect que se portent ces musiciens, scellés par un immense câlin collectif. Une sortie de scène en apothéose pour un groupe qui n’en finit plus de nous hanter.




















































































