Craig Lounders – Berlin Countdown

À 23 ans, Craig Lounders est sans conteste le plus allemand des DJ parisiens. C’est dès l’âge de 15 ans que son amour pour la musique électronique commence à se concrétiser. Ses premières créations lui permettent de mixer dans les clubs du Nord de la France d’où il est originaire. Il décroche quelques résidences dans des boîtes locales mais cela ne lui permet pas de s’affirmer sur la scène électronique française. Très vite attiré par l’effervescence musicale de la capitale, il décide de s’installer à Paris afin d’assouvir ses ambitions artistiques. C’est là qu’il affine la production de ses morceaux et continue sa quête de textures sonores inédites qui  apportent une nouvelle profondeur à sa musique.

Craig Lounders - Berlin Countdown

Influencé par les frères Kalkbrenner, Craig Lounders se rapproche davantage de Paul que de Fritz pour le soin accordé aux lignes de basse et son goût pour les rythmiques percutantes. Le jeune homme alterne entre une minimale aux arrangements vaporeux et une techno industrielle agressive. Sa musique est entièrement dévouée au culte du beat, de la puissance et de l’énergie des clubs. Il réussit à capturer l’atmosphère délicieusement oppressante des plus grands temples techno d’outre-Rhin. C’est d’ailleurs le label allemand TRXX / Raise – tête chercheuse du média Plasmapool – qui repère Craig Lounders et fait entrer le français dans la cour des grands.

Berlin Countdown, c’est une virée nocturne dans la capitale allemande, comme un rêve bercé par les murs d’enceintes du Berghain.

Le disque s’ouvre sur « Level Up », morceau étriqué et chaotique qui nous plonge immédiatement dans une transe débridée. Le gars nous fait comprendre d’emblée qu’il est là pour malmener nos sens et faire transpirer son audience. La musique pénètre instantanément nos corps en liesse et pulse rapidement dans nos veines.

On s’envole ensuite avec le génial « Skybird ». D’abord très grave, la track nous projette vite en l’air, vers des sphères musicales inexplorées. L’écoute se mue en un voyage introspectif marqué par le martèlement frénétique des percussions et la profondeur abyssale des basses. Entre ciel et terre, le rythme s’accélère jusqu’à cette pause contemplative au milieu du morceau. L’artiste laisse alors les accords de synthétiseur onduler comme autant de vagues majestueuses . Mais très vite, il pousse les potards de plus belle pour achever cette épopée onirique. L’accentuation des basses s’accompagne d’une profusion de notes espiègles à en perdre la tête. Une des perles de ce disque.

Avec son ambiance downtempo « Sunrise War » berce lentement nos oreilles attentives. L’écho languide de la mélodie serpente habilement entre une ligne de basse ronde et intense.

Le quatrième extrait, qui donne son titre à l’opus, est plus classieux et moins animal. Craig Lounders s’éloigne quelques instants des hangars réfrigérés de la techno, réduit les BPM et nous emmène dans la chaleur d’une musique lounge aux accents tropicaux. Sur « Berlin Countdown », il délivre une deep house cérébrale sublimée par une boucle mélodique aussi efficace qu’élégante. Morceau hypnotique qui rappelle certains titres de Rone.

Mais après ce bref interlude plus posé, l’esthète ne peut refouler son amour des basses bien grasses comme le prouvent « Epic Jugement » et « Robot Orgasm », deux titres aux loops angoissants qui pourraient constituer la bande-son idéale d’une danse tribale improvisée. Ces répétitions ad libitum de motifs musicaux inquiétants se poursuivent sur « Technotroniq », titre bestial et entêtant.

Nous poursuivons avec « Dishonour », véritable fugue vers un ailleurs digital. Paisible, le morceau est emmené par le râle ouaté d’une mélodie accusatrice. Un titre qui s’immisce au cœur de notre cortex pour y déposer un voile mystérieux. Illustration des regrets qui suivent la trahison, cette composition vaporeuse dérange autant qu’elle apaise. Elle introduit à merveille « Lost in the Clouds », épopée onirique aux harmonies célestes.

L’EP se termine sur « Bad Trip 3 » : hymne techno brutal dont les modulations incessantes font froid dans le dos.

Avec Berlin Countdown, Craig Lounders tape fort et distille une techno bestiale qui touche en plein cœur. Mélangeant les registres et les ambiances, la production est toujours très soignée. Un album que je vous conseille vivement si vous ne craignez pas les bons vieux acouphènes de sortie de concert.

Craig Lounders

« Berlin Countdown » de Craig Lounders, est disponible depuis le 28 octobre 2013 chez Raise Recordings.

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beatport.com/release/berlin-countdown/1172373

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