[EP] Apochela – Hannibal

Tantôt brûlant, tantôt planant. « Hannibal » navigue entre les époques, entre les émotions.

Apochela - Hannibal EP

Nouveau groupe rennais formé des cendres d’anciennes formations bretonnes (Quiet Heartbeats et Wankin Noodles), Apochela est pourtant en marge de la scène locale. Ici, il n’est pas question de musique pop ni d’électronique, bien au contraire. Et les quatre musiciens le prouvent avec un premier EP où se confrontent stoner et rock psyché, entre 90s et 60s.

D’entrée de jeu, on sent qu’Apochela ne ménage pas ses instruments respectifs sur ce premier morceau, éponyme. L’intro est rentre-dedans, pas de temps pour un échauffement. La guitare, la basse et même la batterie sont blindées de saturation. Alors qu’on s’attend à une voix rauque, à la limite du cri, le chant se fait clair, très travaillé, apportant une esthétique originale au groupe. Le refrain arrive, et l’influence de groupes comme Queens Of The Stone Age se fait ressentir. On croirait ce passage tout droit sorti de l’album Lullabies to Paralyse (2005). Certaines sonorités font en effet écho au morceau « Little Sister ».

Deuxième morceau, « Self-Confidence (Will Be The End Of You) », toujours aussi pêchu. Un coup de larsen et ça martèle à nouveau. La basse et la guitare jouent à l’unisson. Le son est gras, lourd. Le ton est agressif,  jusque dans les paroles, sonnant comme un jugement dernier pour prétentieux. Ce morceau est certainement le plus stoner de l’EP. Il semblerait que les quatre garçons d’Apochela aient pas mal de Kyuss dans leur mp3 (un des meilleurs représentants du genre). Les riffs de guitares et de basses rappellent aussi Black Sabbath sur l’album Paranoid (1970). Mais là encore le chant reste étonnamment clair, parfois presque lyrique. Il y a un côté Jack White dans la voix, mais également un petit air de glam rock des années 70 dans les montées aigues en falsetto (à la fin du morceau notamment).

Nous sommes ensuite transportés au cœur des années 60 de The Doors, avec la ballade psyché, « Dive & Ride ». On y retrouve des orgues analogiques (véritables leitmotivs dans cet EP) qui ont su faire le bonheur de la bande de Morisson, 50 ans auparavant. Le refrain est extrêmement enivrant, on a effectivement envie de « plonger » avec eux ! Ce morceau possède un certain potentiel cinématographique ; il nous entraîne dans plusieurs phases en seulement quelques minutes, même le pont apporte quelque chose de différent. Il sonne presque comme un tango : il y a quelque chose de très langoureux à ce moment précis. Ce que va confirmer le solo de guitare final, où le son de distorsion très chaleureux apporte presque une touche de sensualité à cette chanson.

Voilà (déjà) le dernier morceau qui se profile : « Down With The Sickness ». Ma préférence de ce 4 titres. La guitare y retentit comme une sirène, une alarme. La basse est urgente, menant une véritable course poursuite avec la batterie. La tension est forte, on sent qu’à tout moment cela peut imploser. Cela me rappelle certaines chansons de Favourite Worst Nightmare des Arctic Monkeys, comme « This House is A Circus » ou « If You Were There Beware ». Puis, quand vient l’explosion, sur le refrain, on s’imagine facilement commencer à faire du headbanging, presque inconsciemment, au rythme de la batterie. La fin du morceau clôture parfaitement cet EP : un passage acoustique avec des chœurs nous rappelant leur petit côté américain façon redneck, un peu comme leurs cousins éloignés les Eagles of Death Metal.

Apochela nous livre ici un EP tourné vers différentes époques, mixant (entre autres) des orgues des années 60, et des riffs de guitares empruntés au stoner des années 90, sans jamais sonner anachronique. « Hannibal » est une production énergique, puissante mais tout autant envoutante. Après un tel premier EP, on attend vraiment de voir ce que peut donner ce groupe par la suite, notamment sur scène. Nul ne doute que leur musique doit prendre tout son sens dans une salle de concert, bien plus qu’à travers des écouteurs !

crédit : Ousseynou Cissé
crédit : Ousseynou Cissé

« Hannibal EP » d’Apochela est disponible depuis le 20 septembre 2013, uniquement en numérique sur bandcamp.


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