[LP] Soft Error – Mechanism

Nommé d’après un célèbre type de bug informatique, le jeune duo islandais Soft Error dévoile en toute discrétion un premier album dans lequel les sonorités aériennes du krautrock croisent les synthétiseurs rétro-futuristes de la synthwave, avec une touche de modernité salutaire.

Bien peu d’informations circulent au sujet d’artistes se cachant derrière le pseudonyme « Soft Error » si ce n’est les noms Tim et Rupert, et qu’ils n’en sont pas à leurs premières instrumentations puisqu’ils auraient été compositeurs pour le théâtre, la télévision et le cinéma. Il n’y a également aucune vidéo ou photographie à leur sujet. Mais qu’importe, la musique d’un artiste parle pour lui et leur amour des années 80 est surement ce qui se dégage le plus fort de « Mechanism » et ce, dès la première écoute. Les codes de ce fantasme sonore des années 80 qu’est la synthwave se trouvent pleinement digérés, tout en bénéficiant d’un rafraîchissement efficace et réalisé avec minutie. Les notes sont rarement de trop et les accords grandiloquents et célestes de certains morceaux comme « Bad Habbits » ou « Silberblick » tournoient avec somptuosité dans l’espace, rappelant les travaux de Wendy Carlos sur « Tron ». Nimbées d’une certaine mélancolie, les nappes synthétiques s’étirent vers des latitudes d’une grande beauté.

« You Caught Up », premier single paru sur le Web, distille une recette reprenant des gimmicks de pop-music, qui s’accordent agréablement au bain artistique de « Mechanism » après plusieurs écoutes, malgré un résultat plus convenu. La richesse du projet se retrouve sur des morceaux comme le nerveux « Turncoat » ou le pianistique « Southend After Everyone Has Left », d’une insoutenable fragilité. On croise même des accords de guitare légèrement krautrock sur fond de sonorités chiptune avec « Motorbath », à considérer surtout comme une curiosité agréable.

En seulement neuf morceaux, Soft Error parvient à développer un monde sonore cohérent et singulier. Si la référence à John Carpenter est inévitable (comme si tout ce qui touche à la synthwave était inextricablement imbriqué à l’œuvre musicale du cinéaste), elle s’arrête aux origines des sonorités puisque le travail des Islandais s’oriente vers des régions plus lumineuses et symphoniques, se rattachant davantage aux compositions de Cliff Martinez. Puisant dans une discographie personnelle assez vaste et pleinement maîtrisée, les deux artistes derrière Soft Error nous invitent à voyager dans les plus belles heures des années 80, tout en emboitant le pas vers l’avenir, avec une impressionnante conclusion baptisée « Everybody Runs », dans laquelle les claviers et les boites à rythmes s’emballent avec harmonie, dans une liesse synthétique éblouissante.

« Mechanism » de Soft Error est disponible depuis le 6 janvier 2017 chez Village Green.


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Etienne Poiarez

Étudiant en master d’information-communication à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle. Éternel adepte de Massive Attack et passionné de cinéma, d'arts plastiques et de sorties culturelles.