Dans les tréfonds de l’Internet, inépuisable source de merveilles pour quiconque s’y jette (le tri sélectif en plus), Jemima Coulter était cachée sous des artistes renommés et floutée par des boosters publicitaires. Mais une fois retrouvés et péchés dans les mailles d’une curiosité acérée, des créateurs de cette envergure émotionnelle ne méritent pas l’anonymat que peut vite engendrer Bandcamp. Outre sa désarmante modestie qui définit son plus beau charme, cette Anglaise originaire de Bristol fait l’effet d’une bombe à retardement, charmeuse et mélancolique, rafistolée dans les années 90 et façonnée par la naïveté et l’espoir que tout reste à faire.

Chaque musique possède ses confluents. Qu’ils soient volontaires ou purement objectifs, leurs eaux convergent vers quelque chose d’unique, vibrant dans un estuaire musical où la seule échappée serait les rives qui le délimite. « Lampside » nage entre deux époques, le début des années 90 et des années 2010. En côtoyant les résonances de synthés molletonnés que l’ex-Genesisi Phil Collins célèbre dans son sublime album, « Both Sides », l’EP provoque une soudaine et irrésistible aphasie qui se prolonge sur treize minutes bien trop courtes. L’ouïe se développe ainsi à vitesse grand V et est partagée entre la nostalgie des albums patriarcaux et la modernité toujours plus essayiste qui nous émeut aujourd’hui.
Effectivement, la structure de l’EP, en particulier sur les jeux de tons vocaux (qui sont d’ailleurs masterisés par Ed Tullett), rappelle sans contexte l’électronique folk de Bon Iver. Des touches jazz seront aussi de la partie, avec les effluves de cuivres et des percussions qui s’apparenteraient à ceux de djembés. Tel un échafaudage sonore, les trois titres se construisent émotionnellement dans leur ensemble, et le sublime morceau éponyme sert de point gravitationnel autour duquel nos électrons sentimentaux se resserrent au fil de l’écoute.
À tout juste 19 ans, Jemima Coulter témoigne d’une maturité artistique exemplaire, surtout quand nous savons que tout reste encore à faire. Son évolution sera plus belle encore et ne pourra que la hisser vers les confins merveilleux de ses aimants confrères. « Ma musique est définie par les textures et le nombre de couches qu’elle comprend », nous confie Jemima. « Je suppose que cela vient de l’intention de ne pas vouloir être trop précieux avec la production. C’est ma manière d’être expressive, de ne pas me soucier du son à proprement parler – de l’acoustique, du mélange et de l’enregistrement. La plupart des morceaux sont improvisés. » L’authenticité des textures dont parle Jemima fait tout le charme de l’EP ; ce charme insolent de l’instantané, de l’insouciance et d’une modestie à toute épreuve.
« Honnêtement, je fais de la musique pour moi-même, comme une façon de naturelle de traiter ma vie et parce je l’aime comme elle est. Je pense que je ne pourrais pas composer pour une autre raison, parce que l’intérêt personnel façonne ma musique comme ce qu’elle est. » Miroir artistique, thérapie, ou même hygiène de vie, la musique ne se dissocie pas de Jemima. Elle vit la musique, elle est la musique. Sans prétention ni trip mégalo, son art est un besoin primaire. Comme pour boire ou manger, « Lampside » est sa première digestion. Somptueuse et prometteuse digestion.

« Lampside – EP » de Jemima Coulter est disponible depuis le 4 juillet 2016. Autoproduit.
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