[Live] Classe Mannequin, Baston et Sheraf au Joker’s Pub

Jeudi 18 février dernier, avec une température frisant les 0°, le froid ne poussait pas tout un chacun à mettre le nez dehors. Pourtant, nombreux furent ceux qui l’auront eu assez creux en répondant à l’invitation d’une programmation rock dopée à la sueur, aux décibels et à l’envi, savamment concoctée et proposée par le Joker’s Pub.

Sheraf par Fred Lombard

Article écrit par Fred Lombard et Sébastien Michaud

Devenu, en l’espace de deux ans, l’un des lieux incontournables du centre-ville angevin et le seul café-concert à proposer une programmation régulière aussi éclectique qu’exigeante, le Joker’s Pub accueillait trois défenseurs de la scène rock française, au sens large du terme : la power pop décomplexée des Nantais de Classe Mannequin, le psych surf trippant des Rennais de Baston et le garage psyché nyctalope des Angevins de Sheraf.

Du côté de Classe Mannequin d’abord, les quatre lascars, sur scène, jouent vite et bien. Alternant périodes math rock inspirées et passages indie rock énergiques parfois plus noisy mais toujours immensément mélodiques, la formation nantaise déborde d’humour, de bonne humeur et d’énergie pour rallier un public disparate, mais déjà communément emballé par sa proposition instrumentale. Le jeu qu’on découvre est très cohérent et enthousiaste, porté par un chanteur amusé et un batteur aux frappes très rapides.

Classe Mannequin par Fred Lombard

En bref, on parlera d’un set énergique et franc, faisant la part belle à une alternance de passages instrumentaux aux compositions très nerveuses et agitées et de titres chantés avec urgence, désinvolture et passion. Du côté des pistes, on sent tout autant l’âme comique du projet : des titres marrants, à l’instar de ceux de leurs concitoyens de Papaye, dans le ton d’un concert nourri de dérision, d’« Étoile de sapin » à « Candy Panda », en passant par le noisy « Fakir » et le dément « I Don’t Mind ». Allez les voir !

Puis, c’est au tour de Baston de mener la danse. Venu les bras chargés de vinyles et de CDs de son premier (mini) album, « Gesture », le trio rennais signé chez l’excellent Howlin’ Banana Records va nous proposer sa définition personnelle du psych surf. Emmenés par un chant nonchalant allongé au delay, autoritaire et orageux, et surpris par une guitare jouée sans distorsion et très aérienne, nous serons portés par le jeu massif, maîtrisé et constant de la formation guitare-basse-batterie bretonne.

Baston par Fred Lombard

Des motifs récurrents et glissants qui nous porteront tout au long d’un set pacifique (et c’est là tout le paradoxe du projet), dont les mélodies emportées se révèleront chaloupées et dansantes. Il y a décidément comme un goût de Black Angels chez Baston.

En ces temps troublés où les djihadistes s’invitent aux terrasses des cafés et dans les salles de concerts, où les plages du sud de l’Europe se transforment en mouroirs, où les avocats d’escrocs se réjouissent de leurs futurs non-lieux, où les plus sympas et jolies nanas sont déjà toutes systématiquement prises, il convient de faire front, de faire le dos rond, de serrer les dents et de reprendre une lampée de bière à la santé des mecs de Sheraf… (C’est une image ; n’essayez jamais de serrer les dents en buvant de la bière). Voilà un gang ayant choisi le bon camp : celui des beautiful branleurs, capables de vous faire oublier durant quarante minutes que tout semble perdu d’avance.

Sheraf par Fred Lombard

Le combat n’est plus dehors, mais dans la salle. Les blousons en jean estampillés Sheraf remplacent ce soir les banderoles du peuple qui gronde, et le chant-mantra de Tucker se substitue aux porte-voix. Combien étions-nous pour eux, en fin de soirée, face à la scène du Joker’s, à manifester pour le droit aux acouphènes et aux hochements de tête, les yeux mi-clos ? Entre 90 et 110, selon les organisateurs. Même chiffre pour la police des mœurs rock’n’roll, qui ne dressera au final aucun procès-verbal. Oui, pour eux, Sheraf a respecté la loi : guitares napalm, basse tellurique, batterie martyrisée, pogos sporadiques pour certains et hypnose collective certifiée pour les autres. On a même eu droit à quelques couplets de Johnny Cash pour meubler en fin de set, au moment où la guitare de Stw faisait des siennes… Improvisé, chaotique, bancal : parfait. Rajoutez à cela un chant aux frontières de la cold wave et une bonne louchée de psyché pour ne pas sonner exagérément groupe de bikers bourrins, et le tour est joué… Sheraf sait se faire glauque comme la mort, violent comme la vie et planant pour ceux dont les aspirations oscillent entre l’une et l’autre. Son nouvel EP s’intitule « Bloody Town » et, si le cœur vous en dit, il ne vous coûtera pas tellement plus cher qu’une pinte de blonde…


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Sébastien Michaud

Journaliste radio sur Angers depuis une vingtaine d'années et auteur de biographies rock aux éditions du Camion Blanc.