À la croisée du rock psychédélique et du post-punk, Odd Limbs dévoile « Walking on Light », un premier album dense et abrasif à souhait.

Avec ce premier long format, le quintette montréalais frappe fort, tant le contenu proposé ici est un concentré de ce qui se fait de mieux sur la scène rock indé francophone. Fondé en 2012, Odd Limbs fait déjà preuve d’une grande maturité, autant dans la forme que dans le fond, en mêlant avec brio les genres, passant du (space) rock psychédélique au rock alternatif, sans briser la cohérence entre les pistes ou se perdre dans une technique bancale. Après un seul maxi, « EP1 », paru il y a déjà deux ans, qui installait les bases de son univers, Odd Limbs confirme toute la richesse sonore de son répertoire.
Paru chez le label très DIY Cuchabata Records, « Walking on Light » dévoile une dizaine d’inédits auquel s’ajoute « History of Black and White », issu du précédent EP. Sans chercher à bouleverser les codes du garage psychédélique, du post-punk ou du rock indé, Odd Limbs s’en empare pour accoucher d’une œuvre forte, riche en compositions versatiles.
« It’s An Alarm », entame l’écoute à coup d’alarme incendie avant que ne retentisse un rock psyché, à la fois bruyant et mélancolique, au son noisy, montrant alors une belle capacité du groupe à réinventer, avec sa fantaisie propre, les sonorités d’un genre.
Pour s’en convaincre, il suffit de se laisser emporter par les résonances psych-garage de « Blame it on the Supernatural », où les guitares déchargent des riffs à la fois sauvages et planants. Le groupe canadien va jusqu’à proposer quelques balades délicieusement hallucinées comme « It’s our Time ». Le titre éponyme, quant à lui, délivre à travers l’enchevêtrement instrumental, un ensemble mélodique très aérien, évoluant sous les auspices du rêve et de l’espoir. Le groupe enchaîne, avec une pleine maîtrise de ses moyens techniques, les morceaux solaires et percussifs.
C’est ainsi qu’on retombe dans la déchirure sonore qui caractérise Odd Limbs avec « Shadow Drops » ou des titres comme « One Arm Man » et « Liars », prolongements tonitruants de cette fureur inhérente à l’imaginaire punk qui imprègne le son du groupe. Les cinq musiciens augmentent la pression en jouant un rock lourd et oppressif qui s’effiloche au fil du disque, à travers des arrangements lo-fi. La nature crue et rêche de leur son se mêle avec efficacité à un psychédélisme 60’s. On se laisse enfin emporter dans une spirale post-punk des plus jouissives intitulée « Spiritualized ». La folie monte en flèche au cours de cette longue plage dans laquelle les guitares semblent prises d’hystérie. Le quintette dessine les contours d’une créature musicale dantesque, portée par la symbiose entre le chant et l’architecture labyrinthique des notes et des rythmes.
Alors que le sempiternel débat autour du « rock indé » est constamment reposé, il suffit d’écouter Odd Limbs pour embrasser toute la virtuosité du genre, refusant d’emprunter les chemins balisés de la création pour nous livrer un voyage exaltant. Tout en étant immédiatement accessible, « Walking on Light » résiste aux écoutes répétées. Il se révèle ambitieux et ne s’égare jamais, malgré une multiplicité des approches du rock. Et si certaines sonorités paraissent surannées, on ne peut que saluer ce premier long format prometteur !

« Walking on Light » de Odd Limbs, sortie le 10 octobre 2015 chez Cuchabata Records.