[Live] La 8e édition de la Corde Raide fait vibrer Pontchâteau sous un soleil de plomb

C’est sous un soleil radieux de ce vendredi 1er mai que nous posons nos valises à Pontchâteau pour la 8e édition du Festival de la Corde Raide. Dans un cadre naturel des plus agréables, le site brille par son organisation impeccable : des espaces aérés, bien définis, où il fait bon flâner en bordure du Brivet en attendant les premiers accords. L’ambiance est au beau fixe, prête à accueillir la très belle programmation de cette deuxième soirée.

The Last Internationale © Fred Lombard
The Last Internationale © Fred Lombard

Hop Crushers : l’Irlande s’invite à la Taverne

La lourde tâche d’ouvrir le bal ce vendredi soir revient au duo Hop Crushers, et le défi est relevé avec aisance. Sur la scène semi-couverte de la Taverne des Ombrières, la rencontre entre Fernanda Kostchak (violon, chant) et Guinou Jahan (guitare, chant, stomp) fait immédiatement des étincelles. Visuellement, le ton est donné : Fernanda aborde une élégante robe à damier noir et rouge, tandis que Guinou, boucles d’oreilles pendantes et voix délicieusement éraillée, pose les fondations d’un irish blues marin redoutable d’efficacité.

Le duo nous embarque pour une balade sauvage sur les terres verdoyantes irlandaises et écossaises. Et l’envie de sauter et de danser en se tenant par les petits doigts (tradition oblige) s’empare rapidement du public. La violoniste se mue en véritable headbanger sur des classiques de la musique irlandaise, avant de nous offrir de sublimes relectures, de l’incontournable « The Fisherman’s Blues » (The Waterboys) à un vibrant hommage à Sinéad O’Connor avec « Factory Girl ». Une ouverture de soirée endiablée.


Sanseverino : le gavroche a le blues

Changement de décor. Nous nous dirigeons vers la grande scène du Dôme des Cordes pour retrouver un habitué des scènes hexagonales : Sanseverino. Éternelle casquette de gavroche vissée sur la tête et guitare « dragon » en bandoulière, l’artiste est venu nous prouver qu’il a bel et bien le blues. Accompagné d’un batteur, d’un contrebassiste et, surtout, d’un impressionnant saxophone basse, il délivre un set teinté de blues rock, sans pour autant renier ses irrésistibles influences jazz manouche.

Fidèle à lui-même, Stéphane Sanseverino oscille entre poésie prolétaire – citant l’esprit de Zola avec un ton de titi parisien revendiquant le « zéro travail » – et un côté provocateur assumé. Les bons mots fusent, de l’hilarant « La Saint-Valentin, c’est la Toussaint du slip » (« Freddy ») aux messages militants lancés avec malice (« Touche pas au grizzly » en taclant les vêtements en poils d’animaux). Musicalement, c’est un régal : un solo de sax basse d’anthologie, une étonnante et brillante reprise du « Riders on the Storm » des Doors, jusqu’au retour à ses classiques fédérateurs comme l’inusable « Maigrir ». Sanseverino fait mouche, jonglant entre l’humour, le militantisme et une virtuosité jamais prise en défaut.


One Rusty Band : funambules du boogie et du washboard

Retour à la Taverne des Ombrières pour une claque visuelle et sonore avec One Rusty Band. Si la scène, légèrement en contrebas, frustre un peu les spectateurs des derniers rangs pour profiter pleinement des prouesses de tap dance (claquettes), l’énergie débordante du duo balaie vite ce léger bémol.

One Rusty Band, c’est avant tout un duo de choc et de charme. D’un côté, Greg Garghentini, l’homme-orchestre version dirty blues : voix éraillée (assortie à de magnifiques rouflaquettes toujours aussi musicales !), harmonica, cajon et guitare singulière fabriquée à partir d’un radiateur. De l’autre, Léa Barbier au chant, qui enchaîne claquettes, cascades, pirouettes et washboard avec un entrain et un sourire communicatifs.

Sur scène, Greg distille un boogie-funk poisseux tout droit sorti du bayou, en parfaite symbiose avec sa partenaire. Léa se révèle éblouissante, alternant équilibre en claquettes et un irrésistible numéro de clown avec un tambourin sur la tête sans les mains. On nous glisse dans l’oreillette par leur attachée de presse qu’elle a même suivi un stage de claquettes à Barcelone il y a moins de six mois – comme si une mise à niveau était nécessaire ! La complicité entre Greg et Léa est immense, palpable et nous embarque avec délectation sur les routes des festivals. Leur préoccupation environnementale trouve un écho poignant sur le titre « Dust Bowl », mais c’est bien avec un sourire radieux qu’ils nous quittent, nous laissant repus de cette dégustation musicale aussi savoureuse que leur « Po Boy Blues ».


The Last Internationale : New York enflamme Pontchâteau

Pour clôturer notre séjour dans cette folle journée, place au rouleau compresseur new-yorkais The Last Internationale sur le Dôme des Cordes. Emmené par le guitariste Edgey Pires et l’incroyable vocaliste et multi-instrumentiste Delila Paz (notamment armée de sa magnifique guitare noire mate), le quatuor (deux hommes, deux femmes, avec une section rythmique basse-batterie implacable) vient achever un public déjà conquis.

Vêtue de blanc, Delila Paz s’impose en véritable diva du rock moderne. La voix est stratosphérique, rappelant parfois les intonations viscérales de Janis Joplin. Le set démarre de manière tonitruante avant de laisser respirer des moments plus psychédéliques et mélancoliques, sentant bon le Mississippi et rendant hommage aux grandes voix du blues.

Mais The Last Internationale, c’est aussi un engagement chevillé au corps. Les discours politiques s’enchaînent avec sincérité, exhortant la foule à ne pas se laisser brimer ni briser par les puissants et à chérir sa liberté. Le concert se transforme alors en une communion totale, hautement physique. Pour le dernier morceau, la magie opère : tout le public s’accroupit en cercle autour de la chanteuse descendue dans la fosse, avant que plusieurs spectateurs ne soient invités à monter sur scène pour un final en apothéose et un salut collectif.

Ce 1er mai à Pontchâteau aura été une fête incandescente, naviguant entre la ferveur irlandaise, la poésie bluesy, le groove acrobatique et la fureur rock new-yorkaise. Vivement la prochaine édition !


Retrouvez le festival La Corde Raide sur :
Site officiel

Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques