Jeudi soir, la salle micro de Stereolux affichait complet pour célébrer la sortie de Gorgones, le premier album du duo AlGhar. Une soirée aux émotions brutes, magnifiée par l’ouverture lumineuse de Juliette Magnevasoa et portée par une scène nantaise plus soudée que jamais.

Il y a des soirées qui résonnent bien au-delà des murs d’une salle de concert. Ce jeudi soir à Stereolux, la configuration même de l’événement portait en elle une dimension exceptionnelle. Fruit d’une belle collaboration entre La Soufflerie, le Pannonica et Stereolux, cette carte blanche offerte au duo AlGhar marquait l’aboutissement d’un long travail d’accompagnement de la scène locale. Après des années de concerts et de résidences de création à travers ces différents lieux de la métropole (dont Trempo et Mixt, la salle nantaise s’est transformée en un écrin parfait pour célébrer ce bouillonnement créatif. Le public ne s’y est pas trompé, répondant présent pour ce moment de partage rare.
Le voyage suspendu de Juliette Magnevasoa
Pour ouvrir le bal, c’est Juliette Magnevasoa qui s’avance sur scène. Chanteuse folk originaire de Madagascar et ayant grandi au Pays basque, elle livre dans son plus simple et pur appareil une performance d’une douceur désarmante autour des titres de son premier EP, Guitare nouée sur corps étanche. Fidèle au titre de son premier disque solo, c’est à la force de sa sublime voix, de sa guitare folk et de son immense joie de vivre qu’elle nous livre, en français, en malgache ou en espagnol, ses racines multiculturelles et son histoire, depuis ses premières années à l’orphelinat. Avec une poésie qu’elle fait sienne, elle transforme ses fêlures et ses doutes en un message d’espoir et d’amour absolu pour la beauté de la vie.
Mais la magie de cette délicieuse chanson à texte réside aussi ce soir, particulièrement, dans sa mise en espace. Soudain, des chœurs dissimulés parmi nous, dans le public, s’élèvent pour l’accompagner. Le concert devient alors spatial et profondément spécial. La foule se mue en un épicentre hypersensible, apaisé et attentif, laissant éclore les premières émotions vives d’une soirée qui s’annonce inoubliable.
AlGhar, l’adelphité en fusion
Lorsque AlGhar investit la scène, c’est un véritable vent de sororité et d’adelphité qui souffle sur Stereolux. Emmené par Laurène Nour Pierre-Magnani (à la basse, au chant et à l’écriture) et son complice Neige Arnaud (à la batterie et aux chœurs), le duo vient défendre Gorgones, son tout premier disque. Accompagnées par les envolées d’Élodie Robine au violon alto, les deux musiciennes naviguent avec une aisance déconcertante entre soul, jazz, poésie et militantisme.
Leur musique est un métissage audacieux où des percussions et voix inspirées du maloya rencontrent des structures nourries par le jazz, voire le jazz progressif. AlGhar oscille perpétuellement entre chants de passion et chants de révolte. Mention spéciale au titre « Rumeur », véritable incarnation cathartique de la colère populaire face au poids écrasant des inégalités sociales.
La soirée prend une tout autre dimension lorsque la scène se remplit peu à peu de guests, transformant le set en une « énorme kermesse » jubilatoire. La liste des invités donne le vertige : Clothilde Arthuis à la guitare, Rozann Bezier au trombone, Serge Rozumek aux saxophones alto et soprano, Max Nooj au rap, Élodie Guillotin à la danse, viennent épaissir le son, rejoints par une chorale magistrale. Sur scène, les voix de Solenne Schumann, Laurence Le Baccon, Nolwenn Vert, Magalie Bihanic, Marie Spiler, Marylou Canuet, Marie-Caroline Jansens-Mauris, Julia Charler et Mayomi Moreno s’unissent en un seul souffle.
D’une introduction a cappella bluffante – jouant sur les intonations, les vibrations et le souffle – au vent de folie furieuse qui s’empare de « Châtelet », l’intensité ne redescend jamais. Les grands moments de communion chorale sur « La Fuite » ou « Alorka Jae » viennent parachever cette démonstration éclatante de la force du collectif, avant une conclusion magnétique sur l’immense et solaire « Samanji ».
En quittant la salle micro, une évidence s’impose : AlGhar se révèle définitivement comme un ovni insaisissable de la chanson francophone. Une matière musicale riche et engagée, qui, si elle brille sur Gorgones, reste avant tout une expérience organique à vivre pleinement en live.
Retrouvez AlGhar sur :
Site officiel – Bandcamp





















































