[Live] Youth Lagoon au Ferrailleur

Il y a de ces soirées où la magie opère spontanément. Ce jeudi 5 juin, Le Ferrailleur, sous l’égide de Stereolux, accueillait l’un des trésors de l’indie américaine, Youth Lagoon. Une date attendue par les connaisseurs, promesse d’une plongée dans l’univers éthéré et atmosphérique de Trevor Powers. Il en résulte une soirée de contrastes et d’émotions pures. Après une ouverture assurée par le trio indie pop nantais Talba, la scène a laissé place à un état de grâce musical rare.

Youth lagoon © fred lombard
Youth Lagoon © Fred Lombard

Venu présenter son nouvel album, « Rarely Do I Dream », paru en février dernier chez Fat Possum, Trevor Powers et ses musiciens – Logan Hyde (batterie, guitare et parfois clavier) et Sonny Blix (basse) – ont offert bien plus qu’une simple représentation. Dès les premières notes, l’ambiance est posée : apaisante, détendue. On assiste à une leçon de musique, à une subtile démonstration de cette alchimie entre rythme et mélancolie, servie par des arrangements analogiques d’une précision chirurgicale. L’utilisation d’un vieux radiocassette, par exemple, vient injecter une texture sonore lo-fi, granuleuse et terriblement vivante.

Parfaitement en place, le groupe fait preuve d’une remarquable générosité. La voix intime de Trevor, souvent derrière son clavier, agit comme un baume. On navigue avec délice entre indie pop, dream pop et folk intimiste, le tout traversé de fulgurances shoegaze absolument magnifiques. Le trio américain ne se contente pas de jouer ses morceaux ; il les transcende, créant un pont suspendu entre l’intimité la plus totale et une passion dévorante. Le moment fort de la soirée restera cette version sublime de « 17 ». Trevor Powers l’entame seul, en piano-voix, avant que la basse, la guitare et les machines n’emplissent la salle la salle d’une chaleur et d’une ferveur d’une rare intensité.

Le set progresse fluidement, glissant vers un psychédélisme hypnotique et électrisant. Le point de bascule est autant sonore que visuel : lorsque Trevor se saisit d’une batte de baseball couleur sang, le concert prend une autre dimension, plus habitée, presque chamanique. Le public, conquis, offre une acclamation nourrie qui sera récompensée par un rappel inattendu : un titre folk bluegrass d’une beauté mélancolique à couper le souffle. Le calme avant la tempête finale, un décollage poignant et puissant qui évoque autant Mutemath que Nation of Language ou Volcano Choir, illustrant une dernière fois l’impressionnante palette musicale du multi-instrumentiste de Boise, Idaho.

Jeudi soir, au Ferrailleur, Youth Lagoon a offert un moment de musique suspendu, un voyage sans aucune fausse note. De la confession feutrée à la catharsis sonique, Trevor Powers a prouvé qu’il était l’un des artisans les plus doués et sincères de sa génération. Un rare et total sans-faute.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques