[Clip] [Exclusivité] Alexandre Delano – La nuit les couleuvres

Le Clermontois Alexandre Delano est devenu par la force des choses une personnalité singulière de la nouvelle chanson française, celle qui de Dominique A, en passant par La Féline, jusqu’à La Maison Tellier a ouvert d’autres façons de chanter le français. Depuis un premier long format « Eau » en 2015, il construit une saisissante discographie sous son propre nom, même si l’histoire a débuté bien avant à travers l’aventure du label Kütu Folk et du fameux Delano Orchestra.  À quelques heures de la sortie de son album « La nuit les couleuvres », il fait l’honneur à indiemusic de présenter en exclusivité l’étonnant clip autour du single qui a donné son titre à ce petit bijou d’élégance, de romantisme et de poésie.

Le clip de « La nuit les couleuvres » est une bonne manière de pénétrer l’intimité de ce nouvel album éponyme, tant ce morceau et son incarnation cinématographique illustrent les contrastes émotionnels saisissants d’intensité, qui jalonnent la tracklist. L’atmosphère de cette mise en scène minimaliste et faussement tendre est foncièrement chargée en symboles. Elle résonne malicieusement avec les paroles du morceau, qui évoque de manière romanesque ce lien à l’autre, cet être idéalisé et fantasmé, véritable moteur d’une subtile soif d’absolu, de liberté et de beauté. Il y a ainsi comme toujours, chez Alexandre Delano, cette capacité à mettre à distance le réel à travers le geste artistique : par ce sens du détail qui prend soudain le premier plan (que ce soit dans l’écriture, et comme ici dans la vidéo), par ce souffle romantique qui passe aussi bien par la plume que par l’intention, par cette pudeur qui laisse le sens en suspens, ménage l’implicite comme l’explicite. Le fil narratif prend même une légère et surprenante direction gothique, dans cette ambiance nocturne champêtre en clair-obscur, parfaitement accompagnée par le travail sur l’image. Une nouvelle fois, c’est l’inévitable team Biscuit Production qui est à la manœuvre, elle qui prend décidément une place de plus en plus significative dans la dynamique de la scène musicale indé auvergnate à l’image des réalisations pour Morgane Imbeaud et Matt Low (qui se réunissent d’ailleurs avec Alexandre Delano, sous l’entité collective Bleu Nuit).

Ce clip met également en lumière la complicité musicale qui a nourri l’album d’Alexandre Delano : ce que la musicienne Samantha Julien a amené à l’esthète auvergnat dans cette nouvelle étape de sa quête artistique (symbolisé par le personnage énigmatique d’Olga), concrètement au chœur et à la batterie, mais plus généralement dans l’esprit de l’album. Ce disque est ainsi une œuvre touchante et généreuse, mettant en mouvement une belle collection de tubes fragiles, captivants et alternatifs, qui n’auront certainement pas les honneurs des grands réseaux commerciaux de radio (le single « Les radios françaises »), mais seront à l’inverse de véritables bonheurs sensibles à déguster devant le poêle cet hiver. Il montre que la chanson peut être une expression foncièrement humaine, alliance fusionnelle entre le littéraire et le sonore, dans cette manière de mettre en mots et en son l’existence, dans ce qu’elle a de plus ordinaire comme de plus romanesque. Le chemin musical de ce LP est basé sur une créativité à fleur de peau, dopée au minimalisme, aux arrangements fins et renouvelés entre acoustique et synthétique (où les oreilles attentives pourront reconnaître ici et là, la touche de fidèles complices d’Alexandre Delano). Comme souvent, dans ce type d’exercice sur le fil, la magie opère grâce au travail de mix, orchestré ici par les doigts de fée et les oreilles du talentueux Fabien de Macedo (dont notre rédaction avait déjà repéré la pertinence dans des disques aussi différents et captivants que les premiers albums de Geysir et de Mind The Beatz ou encore « Monde sensible » de Mesparrow). Toujours difficile de trouver le ton juste pour conclure la chronique d’un disque comme « La nuit les couleuvres » sans tomber dans les poncifs et le convenu, alors autant laisser la place aux paroles de son créateur, qui en dise beaucoup plus long et ouvrent tellement de possibles.

« Encore, encore
J’ai peur quand ça s’arrête
Je veux te prendre
Bien tout perdre, mais tout prendre
Pour le temps qu’il nous reste »

« La nuit les couleuvres » d’Alexandre Delano, sortie le 18 octobre 2024 chez Bleu Nuit, via Inouïe Distribution.

Il sera en concert le 19 octobre 2024 aux Vinzelles à Volvic (63) pour la release Party de ce 3e album, le 13 novembre au Sémaphore à Cébazat (63) pour une Nuit Bleue en compagnie de Matt Low, de Morgane Imbeaud et de leurs invités, et le 22 janvier 2025 à la 2Deuche à Lempdes (63).


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Laurent Thore

Laurent Thore

La musique comme le moteur de son imaginaire, qu'elle soit maladroite ou parfaite mais surtout libre et indépendante.