On le dit tout de suite, voir My Bloody Valentine en concert est l’une des expériences les plus extrêmes que peut vivre un amateur de musique.
Le cadre pour cette occasion est parfait : Le Bataclan, moyenne salle parisienne à taille humaine, pour voir un groupe au culte gigantesque. Rappelons que My Bloody fut ce genre de bands comme il n’en existe que quelques uns par décennie, dans la mesure où, qu’on aime ou qu’on aime pas, ils ont su créer un genre nouveau (le shoegaze) et proposer un nouveau son radicalement différent qui influencera tous les rockeurs à venir.

Passons rapidement sur la première partie, French Cowboys. Si une visite sur le Myspace des ces anciens Little Rabbits s’était avérée plus qu’engageante, leur prestation scénique, dans une formule guitare + basse, était elle plutôt brouillon, assez loin de la qualité des compos entrevues sur le net.
Puis arrivent les Irlandais. Déjà, chose rare, on vous distribue gratuitement des boules quies à l’entrée. Ca n’est jamais bon signe, et surtout cela signifie que vous allez être méchamment secoués dans les heures à venir. Le mur d’ampli présent sur scène confirme cette sensation. Avant un show de My Bloody Valentine, on se sent comme dans la file d’attente du Space Mountain. On sait que c’est une mauvaise idée, qu’on va s’en prendre plein la tête, mais on reste attiré et excité par l’aventure qui nous attend.
Car plus qu’un simple concert, c’est une aventure sonore intense et cathartique, culminant jusqu’à 130 décibels (l’équivalent d’un avion au décollage).
Ce mur du son, composé de couches d’effets sonores produits par les musiciens (pas moins de 9 pédales d’effet pour le seul Kevin Shields !) renvoie une sensation aliénante, qui donne l’impression d’être ivre et désorienté, saoul de son et de larsens.

« Loveless » fut une prouesse sonore, quelque chose de jamais entendu. « MBV », leur album sorti cette année après 20 ans d’attente, le fut forcément moins, les bidouillages de studio permettant facilement à notre époque de se rapprocher de leur son.
En revanche, recréer ce son en live est un toute autre affaire, que les Irlandais réussissent à merveille.
Il est étonnant de voir comment la chanson parvient à naitre au milieu de ce magma d’apparence difforme, comment la brume devient lumineuse. En enlevant ses bouchons, on parvient même à entendre de multiples nuances supplémentaires, moments de grâce de courtes durées, puisqu’il faut les remettre aussitôt. Au milieu de ça, le batteur ressemble à une sulfateuse en transe, envoyant les roulements de batterie sur des tempos affolants.
Chose troublante, l’impassible Kevin Shields, cerveau du groupe, semble chanter dans le vide, sa voix étant à peine audible dans cette fureur. On entend à peine plus la chanteuse Bilinda (visiblement une constante dans leurs concerts). On finit par se rend compte que dans cette musique, la voix n’est qu’un instrument comme les autres, davantage une mélodie ondulante, dans le même esprit que ces guitares shoegazes, plutôt qu’un chant classique.
Les chansons des trois albums sont interprétées, ainsi que des titres extraits de leurs premiers EP, de quoi contenter les fans acharnés et les convertis les plus récents.

Ce périple dans l’univers sonore de My Bloody Valentine (quel nom sérieusement ! Qui dit mieux ?) s’achève avec le clou du spectacle : leur premier single publié en 1988, l’excellent « You Made Me Realize », au milieu duquel se glissent 5 minutes de larsens totalement hallucinés (un passage surnommé l’Holocaust), qui plongent le spectateur en transe.
Clairement, cette expérience peut autant rebuter que fasciner, et s’adresse avant tout à un public averti. Mais pour ceux qui acceptent de se prendre au jeu, il y a un avant et un après.